À la demande de son conseil d’administration, l’Apec a engagé une réflexion prospective de grande ampleur sur les transformations du monde du travail à l’horizon 2030. Initialement structurés autour de quatre « chocs », ces travaux ont progressivement intégré un cinquième axe. Impliquée, la direction de l’Apec Occitanie s’est volontairement positionnée sur la thématique du « travail transformé », approfondie lors d’une rencontre organisée à Toulouse en juillet 2025, réunissant entreprises, cadres et partenaires du territoire. Un sujet que tout le monde s’accorde à considérer comme majeur.
De nouvelles attentes
Selon l’enquête complémentaire réalisée en juin 2025, auprès de 3000 cadres et entreprises en France, cette évolution se traduit avant tout par une quête d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. « Le télétravail s’est fortement installé et il est aujourd’hui complètement ancré dans les pratiques des cadres. C’est même devenu un critère sur lequel certains sont prêts à changer d’entreprise », observe Cyrille Longuépée, directrice de l’Apec Occitanie. Cette nouvelle organisation redéfinit profondément les attentes vis-à-vis du management. Autonomie, confiance et pilotage à distance deviennent centraux, alors même que les cadres ne sont pas toujours suffisamment formés à ces nouvelles postures. À cela s’ajoutent les effets du flex office, souvent motivés par des logiques économiques et environnementales. « On vient désormais davantage au bureau pour travailler ensemble et retrouver ses collègues que pour occuper un espace personnalisé. Cela questionne le sens même de la présence au travail », souligne-t-elle.
Deuxième choc majeur : les évolutions technologiques, en tête des préoccupations des cadres. Sur ce terrain, l’Occitanie dispose d’atouts solides. « Toulouse et Montpellier s’affirment comme des pôles d’innovation dynamiques, souvent en avance de phase, tant sur le plan des activités que sur celui des organisations. La généralisation progressive de la semaine de quatre jours en est une illustration, avec des vertus à la fois organisationnelles et écologiques », note la directrice régionale, qui pointe l’imbrication croissante des différents chocs. Mais pour les salariés comme les employeurs, le futur du travail rime surtout avec intelligence artificielle. 35 % des cadres l’utilisent d’ores et déjà au quotidien, une pratique encouragée par de plus en plus d’entreprises…
Et de nouveaux défis
Si la transition écologique apparaît moins prioritaire au national, la réalité est sensiblement différente en Occitanie. « Les entreprises y sont plutôt en pointe, notamment dans l’industrie aéronautique — avec les enjeux de décarbonation et d’hydrogène — et l’agroalimentaire, à travers le développement des circuits courts », observe Cyrille Longuépée. Du côté de l’Apec, cette dynamique se traduit par une montée en puissance des métiers dits « verdissants ». « Les premières actions lancées dès 2023 n’avaient pas suscité un engouement massif, mais aujourd’hui, la demande d’information sur les métiers et les formations d’avenir est bien réelle. » La réduction des surfaces de bureaux, des déplacements et des consommations énergétiques témoigne également d’une prise en compte croissante de ces enjeux.
Autre défi structurant : le vieillissement de la population active, encore largement sous-estimé par les entreprises. Les cadres seniors restent confrontés à des préjugés persistants, en particulier hors des grands pôles urbains. « Lorsqu’on a plus de 55 ans et qu’on ne vit pas à Toulouse ou Montpellier, c’est souvent la double peine », alerte-t-elle. Et dans les métropoles, la concurrence avec des profils plus jeunes demeure forte… Difficulté à manager, manque d’agilité ou coût supposé : autant de clichés que l’Apec s’emploie à déconstruire, dans un contexte où les carrières s’allongent et où la logique de recrutement à long terme perd de sa pertinence.
Enfin, dernier choc intégré à la réflexion : l’évolution des postures en matière de diversité et d’inclusion. Les entreprises occitanes s’inscrivent dans une dynamique comparable à la tendance nationale, avec une prise de conscience accrue de la diversité comme richesse, notamment autour de l’égalité femmes-hommes et du handicap. « Elles ont aujourd’hui une ouverture d’esprit beaucoup plus grande qu’auparavant », note la directrice régionale.
Pour accompagner les entreprises face à ces transformations, l’Apec Occitanie privilégie un accompagnement de proximité, en particulier auprès des PME souvent dépourvues de services RH structurés. Webinaires, actions d’information et de sensibilisation constituent les principaux leviers mobilisés, notamment sur l’IA générative, l’organisation du travail ou l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle. « Un immense chemin a déjà été parcouru depuis 2020. Mais ce sont souvent les derniers kilomètres qui sont les plus difficiles à accomplir. Nous sommes là pour accompagner les entreprises dans cette dernière ligne droite », conclut Cyrille Longuépée.
Ingrid Lemelle
Sur la photo : Dirigée par Cyrille Longuépée, l’Apec Occitanie a engagé une réflexion sur la thématique du « travail transformé ». Crédit photo : Hélène Ressayres - ToulEmploi.
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