Ils ont entre 16 et 25 ans, ils sont apprentis, étudiants, avec ou sans emploi, avec des parcours divers. Ils s’appellent Fredo, Delinda, Alexandra. Ou encore Flore, recalée faute de Master : "Peu importe mon âge, mon professionnalisme et tous les arguments que je peux mettre en face : on m’a dit, un Master et c’est tout !" Yann, lui, est venu du Brésil avec ses diplômes qui n’ont pas la côte auprès des employeurs de l’Hexagone. "On demande de l’expérience mais j’ai besoin d’un travail pour avoir de l’expérience. Au Brésil, si tu cherches aujourd’hui, tu trouves demain", déplore-t-il. Bassma elle, enlève parfois son voile pour passer des entretiens. "Je m’en fiche, je veux bosser", dit-elle simplement. Leur point commun à tous.
Ils ont livré ces témoignages lors d’une journée dédiée à l’insertion professionnelle à Toulouse, à l’initiative du Medef Occitanie. L’événement s’est tenu le mercredi 6 mai dans un format participatif : au travers de débats en petits groupes, suivis de restitutions orales, puis d’un jeu de plateau en binôme (un jeune - un professionnel), une vingtaine de jeunes aux profils volontairement contrastés ont pu exprimer leurs incompréhensions et leurs attentes face à un marché du travail dont les portes restent souvent désespérément closes.
Deux mondes qui se cherchent
Les professionnels font part eux aussi de leur incompréhension face à des problèmes qui perdurent. Zakia Choujaa, ingénieure à la CFA de Blagnac, pointe les offres d’emploi « à rallonge » qui découragent les candidats potentiels. "On a encore une approche très technique des postes, le savoir-être n’est pas assez pris en compte. Au final on recrute toujours le même type de profil ; il faudrait ouvrir ses chakras !" Florence Bar-Ledieu, directrice générale de la même CFA, souligne les écarts entre les attentes de entreprises et celles de la jeune génération "qui a besoin de liberté de mouvement". Mathilde Toqueboeuf, avocate, renchérit : "beaucoup d’entreprises peinent à s’adapter à la souplesse que cherchent les jeunes."
"Avoir un emploi pour la vie, ça ne nous intéresse pas du tout", confirment les intéressés, lucides sur leurs propres angles morts. Pierre arrive en entretien avec des attentes salariales, construites sur ce que ses formateurs lui ont annoncé, qui ne correspondent pas à la réalité du terrain. "Au moins, dans le public, on sait à quoi s’attendre", note Flore. Mais derrière la rémunération, c’est bien la question des conditions de travail qui se pose sur la table et préoccupe les participants. "Nous les jeunes, on a surtout besoin de se faire respecter et de se faire entendre", résume Delinda.
L’éléphant dans la pièce, c’est un chiffre : en Occitanie, selon le Medef, un jeune sur cinq est un Neet, sans activité. "Un jeune sans avenir, à qui la société ne promet rien" s’indigne Olivier Faron, vice-président du Medef national en charge du pôle Compétences, formation et jeunesse, présent lui aussi à cet événement inédit. "On entend souvent que les jeunes ne veulent pas travailler. Pourtant, vous en voyez un seul ici qui ne le souhaite pas ?". En parallèle des propositions faites par son président Patrick Martin, le syndicat patronal veut "casser les stéréotypes" pour tenter d’agir sur les causes profondes. Et la première étape est peut-être de se comprendre.
Marie-Dominique Lacour
Photo : Un jeu de l’oie en binôme pour illustrer le chemin vers l’emploi... lui aussi semé d’embûches et de rebondissements.
