Victoria Barham, vous avez mené votre carrière au Canada avec de fortes responsabilités depuis plus de dix ans. Pourquoi avoir tout plaqué pour venir à Toulouse ?
Il est vrai que ma décision a été assez rapide… Mais la vérité, c’est que je suis les aventures de TSE depuis plus ou moins ses débuts. Le défi que Jean-Jacques Laffont (le fondateur de l’école, NDLR) s’était donné était tellement immense et inimaginable que je le regardais avec fascination. Alors oui, j’avais encore des possibilités très intéressantes à Ottawa. Mais prendre la direction de TSE, c’est contribuer à l’excellence en Europe. C’est juste une aventure irrésistible (rires !).
Quel est votre projet pour TSE ?
Ma vision, c’est de construire une grande université d’enseignement et de recherche. Et pour cela, il faut déjà renforcer l’autonomie financière de l’institution. Donc le premier objectif de mon mandat c’est de développer les revenus liés à la formation avec davantage de cursus payants, et aussi un système de bourse pour en assurer l’accès à ceux qui n’en ont pas les moyens.
Donc, vous voulez transposer une partie du modèle économique nord-américain sur certaines filières ?
Absolument. Nous avons la possibilité de créer nos propres diplômes d’établissement. Nous allons donc les développer en version payante pour permettre de financer un enseignement de qualité. Actuellement, nos formations ne sont pas mauvaises, mais on peut offrir de tellement meilleures conditions aux étudiants. Toulouse et le Sud-Ouest méritent ce genre de choses.
C’est un modèle un peu atypique en France, non ?
Pas tellement. Les écoles d’ingénieurs et les écoles de commerce, comme TBS Education par exemple, développent déjà ces formations payantes et cela fonctionne très bien. Mais attention : pour moi, avoir des formations de grande qualité, ce n’est pas juste mettre de très grands chercheurs devant des étudiants. C’est aussi l’appui pédagogique aux étudiants qui rencontrent des difficultés, c’est l’accès à des programmes d’entrepreneuriat, la formation expérientielle ou encore la mobilité. Le savoir, ça se construit, et cela passe à travers toute une série d’expériences et d’opportunités.
Parlons chiffres. Combien coûteraient ces formations ?
Pour les nouveaux diplômes, qui seront mis en place dès la rentrée de septembre, on débuterait à 2750 euros en troisième année de Licence 3 et 6000 euros en Master 1 et 2. On est encore très en dessous de ce que demandent les écoles de commerce françaises…
Vous êtes-vous fixés un objectif de fonds ?
Déjà, à court terme, la perte de l’Idex va coûter à Toulouse la bagatelle de 5 millions d’euros par an. On ne réunira pas cette somme qu’avec des frais de scolarité. Pour rester compétitif dans la course européenne, rivaliser avec la LSE, Barcelone ou Bocconi, nous devons donc aussi développer la recherche partenariale et le mécénat. Certes, c’est un changement de paradigme, mais TSE a toujours été unique dans son business model.
TSE peut-elle convaincre dans cette voie ?
On ne se rend pas compte à Toulouse, de l’excellence même qui est portée par la TSE. On devrait tous être tellement fiers de cette école, de ce qu’elle a déjà réalisé dans ces travaux, et de ce qu’elle apporte à la région Occitanie. Et on est capable d’aller plus loin, il n’y a pas de doute sur cela. Il faut juste en avoir la volonté.
TSE a fait un énorme bond en avant à partir du moment où son directeur Jean Tirole a été nobélisé. Pensez-vous qu’il y a encore un futur prix Nobel dans les couloirs l’école ?
(Silence) Peut-être… La clé, c’est de continuer à chercher l’excellence. L’IA représente le grand enjeu de recherche de demain, et nous avons à TSE un groupe en mathématiques qui est capable d’être au même niveau qu’en économie. Donc il y a le Nobel, certes, mais on aimerait aussi être capables de recruter quelqu’un qui pourrait gagner la médaille Field. Cela fait aussi partie de nos objectifs.
Propos recueillis par Martin Venzal
Sur la photo : Vicky Barham est arrivée à TSE à l’automne 2025 - Crédits : Loïc Bourniquel - TSE
