L’artisanat occitan signe une année record avec 28.830 créations d’entreprises en 2024, soit une progression de 8 % en un an, selon le baromètre ISM-MAAF. La région se hisse ainsi au quatrième rang national pour le nombre de créations. Et cette vitalité concerne la majorité des secteurs, à l’exception du BTP qui recule de 3 %. L’artisanat de l’alimentation affiche la hausse la plus spectaculaire (de 17 %), suivi des services (+ 15 %) et de la fabrication (+ 9 %).
Derrière ces chiffres de création, ce sont autant d’ateliers, de commerces et de micro-entreprises qui génèrent des besoins en compétences. Le nettoyage des bâtiments, activité la plus dynamique avec 5230 nouvelles installations, recrute fortement et sur l’ensemble du territoire. Les soins de beauté (1810 créations) et la réparation automobile (+ 18 %) comptent également parmi les gisements d’emplois les plus visibles. À l’inverse, des métiers comme la maçonnerie, pourtant essentiels, enregistrent un fléchissement (de 8 %), reflet d’un secteur du BTP fragilisé.
Cette dynamique n’est pas uniforme. L’Hérault (6750 créations) et la Haute-Garonne (6360) concentrent le plus grand nombre de nouvelles entreprises, tandis que l’Aude (+ 23 %), la Haute-Garonne (+ 13 %) et les Pyrénées-Orientales (+ 12 %) affichent les croissances les plus fortes. Trois départements seulement sont en repli : l’Aveyron, les Hautes-Pyrénées et le Tarn-et-Garonne.
Un tissu artisanal en expansion… mais sous pression
Derrière l’élan entrepreneurial se cache cependant un autre enjeu, majeur pour l’emploi : celui de la transmission. Le baromètre recense 7060 entreprises artisanales dont les dirigeants ont plus de 60 ans, et qui pourraient être cédées dans les cinq prochaines années. Certaines activités sont particulièrement concernées, comme la réparation automobile, la maçonnerie, le commerce alimentaire sur les marchés ou encore le nettoyage de bâtiments. Autant de métiers qui risquent, faute de repreneurs, de voir disparaître des savoir-faire et des postes durables.
Or les reprises restent très minoritaires : moins d’une création sur dix est issue d’une transmission. Dans l’alimentation ou la fabrication, les taux montent à peine à 9 à 10 %. La grande majorité des nouvelles entreprises sont créées ex nihilo, souvent dans le cadre d’une reconversion professionnelle : près d’un entrepreneur sur deux a changé de métier pour se lancer dans l’artisanat, une tendance encore plus marquée dans la fabrication et les services.
Pour les acteurs économiques, l’enjeu dépasse la seule dynamique entrepreneuriale. Derrière chaque cession non réalisée, c’est un atelier qui ferme, un emploi qui disparaît et un territoire qui perd un pan de son identité économique. Comme le rappelle l’ISM, « lorsqu’un atelier ferme ses portes, ce sont des savoir-faire parfois rares qui s’éteignent avec lui » .
Ingrid Lemelle
Sur la photo : Les soins de beauté comptent parmi les gisements d’emplois les plus visibles selon le dernier baromètre ISM-MAAF. Photo Spabielenda - Pixabay.

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