Vincent Aguilera, vous êtes le président de la CPME Occitanie, qui vient de lancer une expérimentation auprès de neuf TPE-PME régionales. De quoi s’agit-il ?
La CPME Occitanie a remporté un appel à projet du Fonds pour l’amélioration des conditions de travail, porté par l’Anact, afin de mener une Action de formation en situation de travail (AFEST). L’objectif est simple : faire de la situation de travail elle-même un levier structuré de montée en compétences, sans alourdir la vie des entreprises. En particulier celle des TPE-PME, dans lesquelles on apprend déjà beaucoup, mais souvent de manière informelle. C’est à la fois une richesse… et un risque si ces savoir-faire ne sont pas structurés et sécurisés.
En quoi cette démarche est-elle différente d’une formation classique ?
C’est une autre manière de former. Il s’agit d’apprendre en faisant, mais surtout en prenant le temps de réfléchir à ce que l’on fait, pourquoi on le fait et comment on pourrait mieux le faire. Cette prise de recul est déterminante. Elle redonne du sens au travail, aussi bien pour les nouveaux arrivants que pour les salariés expérimentés qui deviennent formateurs terrain et sont, du même coup, valorisés dans leur mission.
Apprendre sur le terrain est aussi parfois la seule manière d’acquérir certaines compétences indispensables à l’exercice d’un poste. Nous le constatons chaque jour : nos entreprises peinent à trouver des candidats correspondant exactement à leurs besoins spécifiques, et les formations existantes ne répondent pas toujours à ces attentes.
Quelles entreprises sont concernées ?
Neuf petites entreprises d’Occitanie participent à cette expérimentation qui s’étendra sur deux ans. Elles comptent entre quatre et une vingtaine de salariés et représentent des secteurs variés : bâtiment, viticulture, restauration, services, travail temporaire… Cette diversité est essentielle : elle permettra de produire des outils simples, concrets et surtout duplicables dans d’autres TPE-PME.
Quels sont les bénéfices attendus pour les entreprises ?
Il s’agit d’abord de permettre aux entreprises de mieux intégrer un nouveau salarié et de fidéliser leurs équipes. Ensuite, de sécuriser les savoir-faire clés et de professionnaliser la transmission interne. Mais nous souhaitons aller plus loin. L’AFEST est aussi un levier pour travailler sur la qualité de vie au travail, la reconnaissance des expertises internes et le dialogue social. Le projet repose sur une démarche collaborative, impliquant dirigeants et collaborateurs, avec une réflexion sur l’égalité professionnelle dans l’accès aux compétences.
Comment le dispositif est-il accompagné ?
La CPME Occitanie sera accompagnée pendant vingt-quatre mois par le cabinet Iccertis, qui interviendra dans chaque entreprise à hauteur de huit jours sur les deux ans et organisera quatre ateliers collectifs. Un suivi scientifique sera également assuré par une chercheuse du Conservatoire national des arts et métiers, garantissant la rigueur et l’évaluation des impacts.
Notre ambition est de produire, à l’issue de cette expérimentation, des outils méthodologiques simples et directement opérationnels, que les entreprises pourront ensuite s’approprier en autonomie, en Occitanie comme ailleurs.
Propos reccueillis par Ingrid Lemelle
Sur la photo : Vincent Aguilera, président de la CPME Occitanie. Crédit DR.
