Emploi : une rentrée déprimée

Elles seront près de 200 à participer au forum Rencontres et recrutements, organisé par Pôle emploi le 17 octobre prochain à Toulouse. 200 entreprises qui souhaitent recruter. Malgré la crise. La plupart, avec de grandes difficultés...

Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a diminué en juillet et août dernier à Toulouse. Le signe d’une reprise du marché du travail ? Interrogée début septembre, Annie Blaquié, directrice territoriale de Pôle emploi en Haute-Garonne, voulait y croire : « On observe certes une bascule des demandeurs d’emploi de catégorie A (sans aucun emploi) vers une reprise d’activité à temps partiel ou à temps complet. Quant au recul du nombre d’intérimaires (15.500 en Haute-Garonne à fin juin), il est moins marqué dans le département qu’aux niveaux régional et national (- 2,6% sur un an, contre respectivement -4,8% et -5,2%). Il ne s’agit bien sûr que de frémissements qui demandent à être confirmés, mais ce qui est certain en revanche, c’est que la croissance de l’emploi reste insuffisante pour faire reculer le chômage. »

91% des offres dans le tertiaire

« Croissance » ? Oui. Car en dépit de l’augmentation de la demande d’emploi (+9,3% entre juillet 2012 et 2013) et d’une diminution des offres (-15% sur un an), l’évolution du nombre de salariés reste positive en Haute-Garonne. Selon l’Urssaf, entre le premier trimestre 2012 et le premier trimestre 2013, ils auraient ainsi progressé de 1,3%, la palme revenant à l’industrie dont les effectifs ont progressé de 2,4%. « L’aéronautique est sans conteste générateur d’emplois, notamment en intérim, mais le secteur représente proportionnellement peu d’opportunités pour tirer à lui seul la croissance du marché », nuance Annie Blaquié, qui rappelle que 91% des offres collectées dans le département émanent du secteur tertiaire. Ingénieurs et techniciens restent à ce titre toujours autant demandés par les entreprises de conseils et de services en ingénierie informatique (les effectifs y ont progressé de 0,9% au cours du premier trimestre).

En témoigne la société Eurogiciel. « Le marché de l’aéronautique est porteur, le ferroviaire et l’énergie sont en croissance, nous avons donc besoin de recruter, de continuer à grandir », explique son directeur général, Hugues Morel. Sauf qu’à l’instar des besoins exprimés par quasiment toutes les entreprises de son secteur, Eurogiciel recherche des profils très spécialisés et expérimentés. Des profils pénuriques que l’entreprise est désormais contrainte à chasser : « Nous passons notamment par les réseaux sociaux pour avoir des contacts directs avec les candidats, prenons une quinzaine de personnes en alternance, sans compter les partenariats que nous avons avec les grandes écoles comme l’Enac ou Supaéro. »

Des postes mais peu de candidats

La chasse est également ouverte dans de nombreux secteurs, pourtant beaucoup plus accessibles en termes de qualifications. C’est le cas des entreprises de services à la personne. Bien qu’impacté par le ralentissement économique, le secteur continue en effet à proposer de nombreux de postes en cette rentrée, période clé de l’activité. Des temps partiels pour l’essentiel, souvent en CDI, qui suscitent cependant toujours peu de candidatures. Une situation pénalisante pour le développement de certaines sociétés, à l’image du Toulousain Vivéo Services, dirigé par Bruno Basset (lire ci-dessous).

Les professionnels de l’hôtellerie restauration embauchent eux aussi, mais pour faire face au turnover, la filière peinant toujours à fidéliser ses salariés. « Il y a des postes à pourvoir ponctuellement, mais avec un mois de juin pourri, qui a généré des pertes de chiffre d’affaires, et la hausse de la TVA prévue en janvier, les recrutements seront peu nombreux dans les prochains mois, sauf peut-être pour les cuisiniers, de plus en plus difficiles à recruter, les écoles n’en sortant pas assez actuellement », rapporte Willy Bardin, le président régional du Synhorcat, le deuxième syndicat de la profession. Quelques rares enseignes du secteur, à commencer par la restauration rapide, continuent à afficher des créations nettes d’emploi. Avec cinq ouvertures de restaurant prévues d’ici la fin de l’année, Subway prévoit par exemple de créer une cinquantaine de postes. « Le marché est déprimé c’est vrai, mais nous parvenons à tirer notre épingle du jeu, et puis nous minimisons les risques grâce aux deux mois de période d’essai qui permettent de bien jauger les capacités des salariés fait aussi celles du restaurant », déclare Benoît Boudène, agent de développement de l’enseigne en Midi-Pyrénées.

Motivé, motivé, il faut se motiver

Orange se révèle tout aussi prudente. « Notre pyramide des âges est élevée, mais un peu moins d’un départ à la retraite sur deux est remplacé », confie Pierre Clément, directeur d’Orange Sud. « Et pour minimiser les risques, nous privilégions des candidats qui ont de l’expérience chez Orange et nous avons recours à l’alternance. »
La vigilance est également de mise dans le secteur de la banque assurance, bon nombre d’enseignes limitant actuellement leurs embauches aux remplacements (là aussi partiels). « Ce n’est pas notre cas », assure la directrice des ressources humaines du Crédit Agricole Toulouse 31, Florence Durand. « Entre l’accroissement de nos effectifs et le renouvellement des collaborateurs qui partent à la retraite, nous devrons recruter une centaine de personnes d’ici la fin 2014. Nous nous attachons avant tout à la motivation et au potentiel des candidats, de même qu’à leur capacité à s’inscrire dans nos valeurs. »

D’autres s’inscrivent également à contre-courant des tendances de leur marché respectif. Si les opportunités se font plus rares dans le commerce, « la grande distribution a le vent en poupe dans le commerce de proximité », déclare Philippe Brabant, directeur formation et recrutement Carrefour Proximité Sud-Ouest. Nous n’avons donc pas peur d’embaucher, d’autant qu’il y a du turnover sur les postes en milieu urbain. Pourtant, nous souhaiterions pérenniser ces postes afin d’asseoir la stabilité de nos magasins.« Dans un secteur en crise, Trecobat fait elle aussi exception. Grâce à sa spécialisation dans la construction BBC (Bâtiment basse consommation), la société columérine est en pleine croissance. Des embauches sont donc programmées, notamment dans le cadre de l’ouverture d’une nouvelle agence. Et en termes de profils, son dirigeant, Bernard Jegou, précise que la société n’a »aucune exigence particulière« . Seul critère, essentiel, la motivation : »Ce qui importe, c’est l’investissement, l’envie de faire progresser l’entreprise." Une attitude que les recruteurs estiment rencontrer trop peu souvent.
Dossier réalisé par Ingrid Lemelle, Nathalie Malaterre et Julie Rimbert

Crédits photo : Hélène Ressayres - ToulEmploi.

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Les services à la personne « jettent l’éponge »

« Je n’ai jamais été autant sollicité pour racheter des sociétés qu’en cette rentrée », confie Bruno Basset, dirigeant de Vivéo Services, spécialisée dans l’entretien, la garde d’enfants et l’assistance à domicile. Par des entreprises en difficultés financières ? « Non, juste des dirigeants qui jettent l’éponge... »

A l’origine entre autres de cette lassitude, des problèmes récurrents d’embauche. « Car malgré nos efforts, les professionnels du recrutement méconnaissent toujours autant nos métiers. Quant à leurs outils de sourcing, ils sont pour beaucoup dépassés. Résultat, d’un côté des entreprises qui ont besoin de recruter pour accompagner leur croissance, de l’autre des personnes qui pourraient être intéressées par nos missions, et aucune mise en relation satisfaisante... C’est usant sur la durée », rapporte le dirigeant.

D’autant que certaines mesures récentes ont également impacté l’activité du secteur (plafonnement des réductions d’impôts, hausse de la TVA, emplois d’avenir plus avantageux pour les associations). « Si la durée minimale du travail de 24h par semaine pour les CDI à temps partiel devait être appliquée en 2014, ce serait un nouveau coup dur, car elle est juste inapplicable sur mon secteur d’activité (aide au lever, au coucher, à la prise de repas, etc., ndlr) », s’inquiète Bruno Basset.
Un argument de plus pour ceux qui envisagent déjà de mettre la clé sous la porte ?

Sur la photo ; Bruno Basset, dirigeant de Vivéo Services. Crédits : Hélène Ressayres - ToulEmploi.
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Ils recrutent à Toulouse

Carrefour Proximité
Trente employés en libre service et adjoints de directeur de magasin (expérience dans la grande distribution requise).

recrute.carrefour.fr

Crédit Agricole
Une centaine de collaborateurs d’ici la fin 2014, essentiellement des commerciaux en agence.

www.ca-recrute.fr

Eurogiciel
Quatre-vingt dix ingénieurs en qualité industrielle dans le domaine du process, de l’assurance qualité fournisseur et environnementale, en management de projets, en technologies de l’information et de la communication et systèmes avioniques.

recrutement@eurogiciel.fr

Orange
Une trentaine de conseillers commerciaux en boutique pour réaliser de l’accueil client, de la vente et du conseil, de techniciens d’intervention et des chargés d’affaire.

orange.jobs

Subway
Une cinquantaine d’équipiers polyvalents et des responsables de l’encadrement.

www.subwayfrance.fr

Trecobat
Trois commerciaux et un conducteur de travaux expérimenté à Colomiers, et « dans quelques mois » un assistant administratif, un conducteur et un commercial dans le Tarn-et-Garonne.

www.trecobat.fr

Vivéo Services
Une cinquantaine d’assistants entretien, gardes d’enfant et auxiliaires de vie.

recrutement@viveo-services.com

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Source : https://www.toulemploi.fr/Emploi-une-rentree-deprimee,11684