Les seniors, une opportunité pour l’entreprise ?

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Serge Guérin, sociologue et professeur à l’École Supérieure de Gestion de Paris, est un spécialiste des enjeux du vieillissement. Auteur de « La société des seniors » et « De l’État providence à l’État accompagnant », il prépare avec le toulousain Thierry Calvat un ouvrage sur « Le pouvoir du Care ». Ce concept anglo-saxon repose sur la prise en compte des vulnérabilités de chacun. Un modèle de management plus humain au service de la performance en entreprise. Serge Guérin était l’invité ce jeudi 10 juin d’une conférence-débat organisée par la mutuelle SANTEVIE à Toulouse. L’occasion de faire le point avec lui sur la situation des seniors en entreprise.

A partir de quel âge est-on un « senior » en entreprise ?
Pour l’entreprise, quelqu’un de plus de 45 ans est senior. C’est la réponse donnée par 64% des directeurs de Relations Humaines. Et dans 11% des cas, les DRH donnent même 35 ans comme limite d’âge. On constate en tout cas, qu’à partir de 45 ans, on ne forme plus les gens. Une personne qui perd son emploi après 45 ans a trois fois moins de chances d’avoir une réponse à l’envoi de son CV. Et le taux d’activité des 55/64 ans est de 38% seulement alors qu’il se situe au-dessus de 80% pour les moins 45 ans. L’âge est aujourd’hui le facteur le plus discriminant en France, devant l’origine sociale ou ethnique.

Pourtant, les seniors peuvent être une force pour l’entreprise ?
Bien sûr. Il faut en finir avec cette dévalorisation de leurs apports. Ils ont une expertise, une capacité de recul, un tissu relationnel étendu. En outre, aujourd’hui, plus de 55% de la consommation est réalisée par les plus de 50 ans. Par exemple, un tiers des jouets sont achetés par des seniors. De plus en plus de services s’adressent à des personnes qui ont pris de l’âge. Or, qui mieux que les seniors peut avoir une bonne vision de ces marchés, des attentes de cette clientèle. Une entreprise qui n’emploie plus de seniors s’éloigne de sa capacité à répondre à la demande, se déconnecte de son marché.

Remettez-vous alors en cause la logique de l’âge, qui prévaut en cas de plans sociaux ?
Avant de réduire la masse salariale, l’entreprise doit se poser la question de son ouverture à d’autres marchés, comme cela s’est fait dans la sidérurgie, qui a vendu son expertise autrement. Puis, si cela est inévitable, un autre modèle peut se substituer au départ systématique des plus anciens. C’est le cas en Suède où on réduit en proportion de la répartition démographique car on sait qu’un jeune avec qualification a toujours plus de capacité de rebond.

Concrètement, quels conseils donnez-vous à un senior en recherche d’emploi ?
Il doit activer son réseau et ne pas se contenter de répondre à des petites annonces. Et surtout, il faut qu’il se mette en capacité de faire des propositions aux entreprises auprès desquelles il postule, qu’il utilise son expérience pour ouvrir l’entreprise à d’autres opportunités. Mais il n’y a pas de solution miracle malheureusement.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Serge Guérin, sociologue et professeur à l’École Supérieure de Gestion de Paris.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Les-seniors-une-opportunite-pour-l-1318