Serge Lemaître, directeur de Pôle emploi Occitanie : « Nous allons changer de monde »

Très dynamique depuis plusieurs mois (plus de 30.000 emplois créés en Occitanie en 2019 dans le secteur privé, selon l’Urssaf), le marché du travail se présentait sous les meilleurs auspices pour 2020. Un mouvement brutalement stoppé par la crise sanitaire.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur la demande d’emploi ?
L’évolution sur le premier trimestre est restée négative, puisque le nombre de demandeurs d’emploi tenus de rechercher un emploi, que ces derniers aient ou non exercé une activité (catégories A, B, C), a continué à reculer : de - 0,1% sur le trimestre, et de - 2,6% sur un an. Les statistiques pour le seul mois de mars témoignent en revanche d’une forte hausse du nombre de demandeurs d’emploi : de + 6,6% pour la catégorie A, et de + 28% pour les catégorise A, B, C, soit 15.600 personnes de plus qu’en février. C’est du jamais vu depuis la création du suivi statistique en 1996 ! Cet accroissement s’explique néanmoins davantage par une très nette diminution des sorties, pour reprise d’emploi ou formation par exemple, que par les nouvelles inscriptions. À ce stade, nous n’observions d’ailleurs pas encore de licenciements économiques.

Et sur les offres ?
Là, l’impact a été très net puisque leur nombre s’est effondré du jour au lendemain ! Nous sommes passés de 1450 nouvelles offres d’emploi en moyenne par jour à 350 les premières semaines du confinement. C’est remonté à 450 offres par jour en avril, mais les entreprises se focalisent plus sur leur survie que sur leurs recrutements, qui ont diminué d’environ 70%.

Certains secteurs ont-ils mieux résisté que d’autres ?
Les offres d’emploi ont diminué dans tous les secteurs, mais il est vrai que certains ont continué malgré tout à embaucher. La santé bien sûr, l’agriculture, le transport, la logistique, la sécurité...

Est-ce de bon augure pour les mois à venir ?
Il reste aujourd’hui très difficile de savoir comment le marché de l’emploi va évoluer car les situations sont très disparates d’un secteur à l’autre, d’une entreprise à l’autre... L’aéronautique souffre par exemple d’un problème de commandes, et on peut imaginer qu’il n’y aura pas de retour à la normale avant quelques années. Ce qui va impacter bien sûr de nombreux sous-traitants, dans l’industrie comme dans les services. Le tourisme, qui pèse énormément en Occitanie, peut à l’inverse redémarrer assez vite. Le BTP a déjà repris ses activités, mais dans des conditions complexes et coûteuses en raison des mesures de sécurité. Le secteur de la santé devrait se voir conforter dans les mois à venir. L’agroalimentaire peut aussi se redresser petit à petit...
Ce qui est certain en revanche, c’est que nous allons faire face à une vague de licenciements économiques. Les mesures prises par le gouvernement et la Région ont permis de contenir cette vague, d’éviter des licenciements et de maintenir l’activité de nombreuses entreprises, mais toutes ne pourront pas résister. On l’a vu dès la sortie du confinement, certains grands groupes ayant annoncé des plans sociaux. Mais il y a surtout beaucoup de PME qui souffrent en silence...

Vous vous préparez donc à un surcroît d’inscriptions ?
Oui et nous réorganisons nos forces et nos compétences en interne pour pouvoir répondre à l’une de nos premières missions, qui consiste à assurer rapidement les entretiens de première inscription et l’indemnisation des demandeurs d’emploi. Notre stratégie nationale est également en train d’être revisitée. Nous étions jusqu’alors attendus sur notre capacité à accompagner d’un côté des personnes très éloignées de l’emploi et, de l’autre, des entreprises qui faisaient face à une pénurie de main-d’œuvre. Or nous allons changer de monde. Nous allons notamment nous retrouver face à des personnes très qualifiées et autonomes dans leur recherche d’emploi... Notre offre de services va forcément évoluer en fonction des besoins.

Difficile de relever le défi qui s’annonce avec une grande partie de votre personnel en télétravail et des agences accessibles sur rendez-vous, non ?
Nous sommes parvenus à assurer la continuité de nos activités pendant le confinement et les agences ont effectivement rouvert leurs portes le 18 mai dernier, sur rendez-vous ou pour répondre à des situations d’urgence. Mais notre métier reste avant tout un métier de contact. Notre objectif est donc que les demandeurs d’emploi comme les entreprises puissent revenir rapidement et librement en agence. La première activité qui va être systématisée en présentiel sera d’ailleurs l’entretien de première inscription, qui est une étape très importante. Reste que les services en ligne que nous avions commencé à déployer ces dernières années ont démontré leur pertinence pendant et après le confinement. Ils vont certainement évoluer avec les besoins. Quant au télétravail, qui existait déjà partiellement pour une partie de nos collaborateurs, il va lui aussi probablement se développer au sein de la direction régionale. D’autant que 82% de nos salariés seront équipés à fin juin.
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

Photo DR.

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Article réalisé dans le cadre du hors-série annuel « Qui recrute dans votre région ? », en vente en kiosque ou sur notre boutique en ligne.

La demande en avril...

À fin avril, l’ensemble des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi Occitanie, sans emploi ou en activité réduite, et tenus de rechercher un emploi (catégories A, B, C), étaient au nombre de 597.790, soit un volume en hausse de 3,4% par rapport à mars 2020, et de 2,7% par rapport à avril 2019.
Le nombre de personnes relevant de la seule catégorie A (sans aucun emploi) a, quant à lui, progressé de 23,9% entre mars et avril 2020.

Source : Pôle emploi - Direccte Occitanie.

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