Manager différents corps de métiers de santé, voilà en substance le nouveau métier de pharmacien. Révolu le temps où il ne se préoccupait que de son officine et de ses préparateurs. L’apothicaire de Mme Bovary n’aurait aujourd’hui aucune chance de s’en sortir. Et quant à ceux qui restent persuadés que l’avenir se niche dans la para-pharmacie, ils courent aussi à la catastrophe. Cette analyse sans concession, c’est Lucien Bennatan, président du groupe PHR - Groupement de pharmaciens d’officine - qui la porte.
Le congrès PHR qui s’est tenu du 10 au 14 novembre 2010, a été l’occasion de dévoiler les a priori à oublier, et les nouvelles voies d’avenir. « Un pharmacien qui aujourd’hui n’a aucune formation en gestion d’entreprise est en péril. Je conseille aux étudiants de prolonger de quelques mois leurs études, pour acquérir un savoir-faire en management. Ils vont devoir raisonner en patron, et être demain des producteurs de service. » La pharmacie du futur ressemblera à une maison de santé pluri-disciplinaires, où le pharmacien mettra à disposition de ses clients une diététicienne, un infirmier, une podologue, une esthéticienne...
Chef d’orchestre de la santé
Si le pharmacien devient ainsi le pivot de différents corps de métiers, c’est qu’autour de lui tout a changé. Le secteur de la santé se porte mal, et les déremboursements massifs des médicaments ont provoqué une baisse des marges. « Contrairement à l’image que se font les pharmaciens, la para-pharmacie ne représente qu’un très faible pourcentage du CA, entre 5 et 15%, souligne Lucien Bennatan. Nous ne pouvons plus être de simples distributeurs, nous devons à la fois nous recentrer sur notre corps de métier, et nous développer à travers les services si nous voulons survivre. Être un acteur de la prévention, et du dépistage. »
En Midi-Pyrénées comme ailleurs sur le territoire, ce sont deux pharmacies qui ferment chaque mois. Elles souffrent souvent d’un mauvais emplacement, et d’une taille trop exigüe. Chaque année, environ 2000 étudiants espèrent devenir pharmacien. « Les études ne sont plus un aboutissement, mais un point de départ, souligne le président du groupe PHR. Je leur demande de ne pas rêver. Rien n’est acquis, tout est à construire et à réinventer. »
Virginie Mailles Viard
