ToulEmploi

Publié le lundi 25 juin 2012 à 18h00min par Ingrid Lemelle

Quand les frontières du bureau disparaissent…

Avancée ou danger ? Le travail sort quoi qu’il en soit progressivement des murs de l’entreprise. Un phénomène soutenu par l’essor des nouvelles technologies, mais aussi les salariés eux-même. Une petite révolution que rien ne semble pouvoir freiner…

Smartphones, PC portables, tablettes, cloud computing… tous ces outils ont profondément bouleversé notre manière de vivre et de travailler. « Leur multiplication et leur simplification, de même que la baisse des coûts de communication, ont fortement contribué à l’évolution des usages et des mentalités, observe Edouard Forzy, délégué général de La Mêlée, l’association des acteurs de l’économie numérique en Midi-Pyrénées. Un vrai changement culturel qui a entraîné le développement de nouvelles formes de travail. »

Davantage d’espaces collaboratifs

Une petite révolution boostée par la création du statut d’auto-entrepreneurs, choisi par plus de 38.000 indépendants en Midi-Pyrénées. Parmi eux, des hommes et des femmes qui ont expérimenté les avantages et les limites du travail à domicile, à commencer par l’isolement. Dans la région, comme sur le reste de la France, des lieux dédiés ont alors fait rapidement leur apparition, des espaces partagés dans lesquels chacun peut venir librement travailler. « Ces »tiers lieux« leur permettent de dissocier vie professionnelle et vie privée, d’échanger voire d’initier des projets avec d’autres indépendants, et de bénéficier également d’outils », note Edouard Forzy, La Mêlée ayant été à l’origine de la création de La Cantine en 2011, un espace de coworking qui déménagera prochainement rue d’Aubuisson à Toulouse. Des connexions wifi bien sûr, mais pas seulement. De nouveaux espaces de travail collaboratif émergent en effet en soutien de certains projets ou professions, auxquels ils apportent des outils spécifiques. Une fraiseuse numérique, une imprimante 3D ou une machine à découpe laser dans le cas de Fablab à Toulouse, une plate-forme qui permet à des personnes issues de communautés différentes de collaborer sur des projets innovants dans les domaines de l’architecture, du design, de l’art, de l’environnement… Autre exemple, un atelier de création géant, actuellement en réflexion dans l’agglomération toulousaine. « Généralistes ou spécialisés, il ne se passe de toute façon pas un jour sans que de nouveaux projets émergent. » D’autant que le phénomène ne se limite plus aux seuls travailleurs indépendants, mais concerne désormais aussi les salariés.

Des télétravailleurs plus productifs

Il prend alors la forme du télétravail, entré dans le code du travail en février dernier. Ses avantages sont là encore multiples. Meilleure qualité de vie, réduction du stress lié aux embouteillages, enrichissement lié au partage des connaissances, travail en réseau… des aspirations largement partagées par les « digital natives », ces jeunes de la génération Y (et bientôt Z !). Encouragées par le cadre législatif autant que par leurs collaborateurs, les entreprises commencent donc à percevoir le télétravail avec intérêt. Comme un levier en matière de gestion des ressources humaines, 85% des mises en place du télétravail en France étant d’abord motivées par l’amélioration de la qualité de vie des salariés selon une récente étude réalisée par Greenworking. Comme un moyen de rationaliser leurs coûts également, notamment immobilier (pour 34% des groupes interrogés). « Ce fut le cas pour IBM en région parisienne, qui a déménagé son siège dans des locaux beaucoup plus petits tout en continuant à augmenter son effectif. Ils les ont aménagés différemment, certains postes étant partagés par plusieurs salariés, et créé à l’inverse des bureaux de proximité, sortes de télé-centres réservés à leurs salariés. » Des salariés qui se révéleraient en outre beaucoup plus productifs… Greenworking estimant le gain de productivité des télétravailleurs à 22% ! Reste que le travail à distance n’est pas sans conséquence sur les organisations des entreprises, la confidentialité des données, les modes de management (les managers seraient d’ailleurs les plus rétifs à son développement). Sans menace non plus pour les télé-salariés que les nouvelles technologies rendent joignables à tout instant…

Pour contribuer à son développement tout en évitant ces écueils, découvrir les bonnes pratiques et favoriser leur transfert au niveau régional, La Mêlée vient ainsi de lancer une « Commission télétravail ». Un groupe de réflexion constitué d’entreprises, d’experts, de gestionnaires de tiers lieux…
Ingrid Lemelle

Pour aller plus loin, « Les Midi-pyrénéens »coworkent« de plus en plus » à lire sur ToulEmploi

Photos :
Espace de coworking à Toulouse, La Cantine est également un lieu d’animation numérique, d’échanges et d’expérimentation des usages. Photo La Cantine.
Edouard Forzy, délégué général de La Mêlée numérique. Photo Hélène Ressayres – ToulEco.

Le télétravail en chiffres

1.370 euros
C’est le coût moyen à la mise en place du télétravail par télétravailleur
22%
C’est le gain moyen de productivité d’un télétravailleur grâce à la réduction de l’absentéisme, une meilleure efficacité et des gains de temps.
37 min
C’est le temps moyen gagné au profit de la vie familiale par jour de télétravail, le gain, en matière de sommeil, étant estimé à 45 min.
96%
C’est le taux de satisfaction liée au télétravail, télétravailleurs, manageurs et employeurs compris.

Source : Greenworking

EMA aménage les espaces en panne de sens ?

Bureau d’études spécialisé dans l’aménagement des espaces de travail, EMA répond à deux enjeux a priori contradictoires : concevoir des surfaces économiquement viables tout en améliorant des conditions du travail des salariés. Deux des associés toulousains de cette Scop, Jean-Julien Urbain et Michel Tosi, nous expliquent comment ils réussissent ce tour de force.


Quelles sont les nouvelles tendances en matière d’aménagement des espaces de travail ?
Jean-Julien Urbain : On voit les « flex offices » se développer de plus en plus. Ces espaces qui proposent moins de postes de travail que ce que l’entreprise compte de salariés, généralement peu présents du fait de leur fonction, commerciale bien souvent. Cette tendance est soutenue par des contraintes économiques, notamment à Paris, mais elle peut permettre de repenser plus largement les besoins des collaborateurs.
Michel Tosi : Oui, et on réalise alors que les outils dont on dote ses salariés comme autant d’éléments de reconnaissance, de type bureau avec vue, sont déconnectés des usages qui devraient pourtant être les premiers critères d’aménagement. Placer par exemple le bureau d’une assistante en deuxième niveau, c’est-à-dire bien souvent sans apport de lumière naturelle, pour réserver des espaces ouverts sur l’extérieur à des collaborateurs qui passent finalement peu de temps dans l’entreprise, ça n’a pas de sens. Il faut remettre les choses en ordre, poser systématiquement la question de l’empreinte humaine et de ses conséquences pour faire évoluer les conditions du travail.

Quels sont les impacts des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ?
J-J U :
Leur miniaturisation a entraîné une déspatialisation du travail, l’essor du coworking, du télétravail… télétravail qui, selon différentes études, augmenterait sensiblement la productivité des salariés. Les NTIC ont également contribué à la multiplication des savoirs et des échanges, ce qui pose bien sûr la question de la confidentialité mais favorise dans le même temps l’intelligence collective, l’enrichissement par frictions…
M T : … et donc la créativité, c’est-à-dire la véritable plus-value des entreprises ! D’où l’importance de mettre en place des systèmes ouverts, créateurs et apprenants, pour le collectif comme l’individuel, et de créer la structure qui va avec. Le rôle des NTIC est alors très important, pourvu qu’elles ne soit par réduites à leur simple fonction de « tuyaux », sans quoi elles sont uniquement sources de stress.


Justement, cette disparition des « frontières » de l’entreprise n’est-elle pas sans danger ?

J-J U : Si bien sûr, les TIC ont généré le nomadisme et le travail en fragmenté, c’est-à-dire interrompu par un minimum de 150 sollicitations (mails, coups de téléphone…) par jour. Le risque c’est donc le débordement, le stress, voire l’épuisement. Cela pose la question du droit à la déconnexion.
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

Sur la photo : Jean-Julien Urbain (à gauche) et Michel Tosi, deux des associés de la Scop EMA. Photo Hélène Ressayres- ToulEco.