ToulEmploi

Publié le lundi 15 janvier 2018 à 15h15min par Ingrid Lemelle

Premier emploi : les jeunes doivent être mieux armés pour aller au combat

70% des jeunes estiment qu’il leur sera difficile de trouver du travail. Des bancs de l’école aux portes de l’entreprise, de nombreuses actions sont pourtant mises en œuvre pour réduire la distance qui éloigne toujours deux mondes pourtant faits pour se rencontrer.

Se former pour travailler. Telle est bien la finalité des apprenants, qu’ils soient apprentis, étudiants ou adultes en reconversion. La réalité est souvent toute autre. L’accès au marché de l’emploi est en effet très difficile… et les postes souvent décevants. En cause, une mauvaise appréhension de la réalité des métiers et du monde de l’entreprise, et un « coupable » tout désigné : l’école !

Des jeunes totalement esseulés

Selon l’Observatoire du premier emploi, réalisé en 2017 par OpinionWay pour My Job Glasses, 68% des jeunes* estiment en effet que leur formation ne les a pas suffisamment armés. « Une large majorité d’entre eux considère aujourd’hui que les écoles préparent mal à la recherche d’un premier emploi et ne prennent pas suffisamment en compte la réalité de la vie active (66%), notamment en ne favorisant pas le développement des échanges avec des professionnels (57%) », soulignent les auteurs de l’étude. Des jeunes qui remettent finalement moins en cause les contenus et la qualité des formations, que l’absence ou la faiblesse des liens que l’école tisse avec l’entreprise. Pendant leur cursus, l’enquête ayant révélé que 54% des jeunes n’avaient jamais rencontré de professionnels exerçant leur métier avant leur premier emploi, et à la sortie.
Leur diplôme en poche, bon nombre se retrouvent ainsi totalement livrés à eux-mêmes. Si 4% déclarent avoir décroché leur premier job par l’intermédiaire de leur école, 53% ont en effet dû se débrouiller seuls : 23% l’ont obtenu suite à l’envoi de candidatures spontanées, 16% en ayant répondu à des annonces et 14% grâce à leur propre réseau de connaissances. À cette solitude s’ajoute une absence totale de préparation. D’anticipation même. Le Baromètre rapporte par exemple qu’un jeune sur deux n’avait pas décidé du métier qu’il souhaitait exercer un an avant son entrée sur le marché du travail… Ce qui pose clairement le problème de l’orientation. Et plus largement de l’accompagnement.

L’entreprise au cœur des dispositifs

Rapprocher le monde de l’enseignement de celui de l’entreprise est une démarche initiée de longue date par de nombreux organismes. Car cette proximité est sans conteste l’une des clés de l’insertion. Elle est par exemple à l’origine du succès des étudiants du Mastère spécialisé Ingénieur d’affaires industrielles de l’Insa Toulouse, qui se voient proposer plusieurs offres d’emploi avant même la fin de leur formation. Une réussite que Germain Dufor, le directeur du programme (classé parmi les meilleurs de France), attribue à deux facteurs : les cours sont assurés par des professionnels, et les élèves travaillent sur des cas réels pour le compte de sociétés qui le sont tout autant.
L’enseignement supérieur n’est pas le seul à se préoccuper de soigner ses relations avec la sphère économique. Les acteurs de l’accompagnement des publics en difficulté ont, eux aussi, compris qu’elles étaient déterminantes. Les entreprises sont donc sans surprise les partenaires privilégiés des Écoles de la deuxième chance), de l’École régionale du numérique, ou encore de la toute nouvelle École européenne de la transition écologique. Entre les deux, l’alternance conforte, à tous les niveaux de qualification et depuis très longtemps, la place de l’entreprise. Comme le trait d’union indispensable pour relier formation et insertion.

L’école sommée de placer ses étudiants

Ce n’est donc pas nouveau. Beaucoup de bonnes pratiques sont désormais largement partagées. Et cela va continuer, grâce par exemple à la « Dynamique pédagogique » engagée par Toulouse Institut national polytechnique. De nombreuses écoles font également évoluer leur pédagogie, afin de permettre à leurs étudiants d’être en condition réelle d’exercice de leur futur métier. Pour favoriser l’appropriation des enseignements aussi, à l’instar des expérimentations menées en ce moment par l’Afpa Occitanie en matière de « peer-to-peer learning ». De nouvelles passerelles sont par ailleurs créées pour relier le monde universitaire et le monde économique. Pourtant, il n’est pas certain que cela soit suffisant… Pour satisfaire les jeunes, du moins. Car ce que veulent les jeunes, c’est certes un emploi, mais surtout qu’on les aide à le trouver. Et ils estiment manifestement que c’est à l’école qu’incombe la responsabilité de les accompagner. Et ça, c’est totalement inédit !
« Nous avons interrogé les familles que nous accompagnons sur le champ de l’orientation pour savoir sur quels critères elles choisissent leur école. Or si la qualité de l’enseignement arrive en tête, le service orientation et insertion des étudiants suit de très près, cet aspect étant déterminant pour 83% des familles », rapporte Paul Courtaud, directeur général de Futurness, société de coaching en orientation scolaire et professionnelle. Un aspect capital. Donc différenciant. Pour répondre à cette attente forte, certaines écoles s’organisent. Le groupe IGS vient par exemple de mettre en place avec Futurness une plateforme d’accompagnement de ses étudiants : My Job Plan. Montpellier Business School a, pour sa part, étoffé les équipes de son carreer center. Vingt personnes dédiées à la préparation des jeunes ! Ce qui en fait certainement l’un des plus conséquents centres des grandes écoles françaises.

Préparer les jeunes aux compétences attendues par les recruteurs, les sensibiliser à la réalité du monde du travail, les doter des bons « outils » pour se positionner… Et désormais, les aider à s’orienter dès le lycée vers des filières conformes à leurs souhaits et leurs possibilités. Le spectre d’intervention des « éducateurs » s’élargit considérablement. Cela ne doit pourtant pas dégager les jeunes et leurs parents de leurs responsabilités. Celles de s’informer et de se questionner en amont, afin d’opter pour un cursus en toute connaissance de cause.
Ingrid Lemelle

* Étude réalisée auprès d’un échantillon de 1010 jeunes âgés de 18 à 30 ans, de tous niveaux de diplômes

Ce dossier est tiré de l’édition 2018 de notre hors-série "Les meilleures formations en Occitanie", distribué en kiosque en Occitanie, au tarif de 5 euros, et en vente sur notre e-boutique.

Sur la photo : Les jeunes sont en attente de davantage d’accompagnement en matière de recherche de premier emploi. Photo Fotolia Tijana.
Graphiques tirés de « Observatoire du premier emploi », étude OpinionWay pour My Job Glasses, mars 2017.