ToulEmploi

Publié le jeudi 24 septembre 2015 à 14h11min par Ingrid Lemelle

La réforme de la formation professionnelle : bilan et perspectives

Entrée en vigueur le 1er janvier dernier, la réforme de la formation professionnelle visait à rendre chacun acteur de sa formation en élargissant et en facilitant son accès à tous. Neuf mois après, quel est le bilan ?

Une réforme qui repense l’ensemble des règles encadrant, depuis près de trente ans, l’accès et le financement de la formation professionnelle. « Un vrai pari ! Un beau pari aussi, même s’il est bien évident que cela prendra du temps à se mettre en place », note Olivier Gérard, directeur d’Agefos PME Midi-Pyrénées. En cette dernière « rentrée des classes », ToulEmploi a réuni plusieurs acteurs de l’emploi et de la formation, pour faire un bilan. Neuf mois après l’entrée en vigueur de cette grande réforme, comment se met-elle en place ? Est-elle seulement connue et surtout, comprise ? Quels sont les freins et les leviers ?

La Région coordonne

Mais avant cela, petit retour sur les changements instaurés. « L’esprit de cette réforme est de remettre l’actif au cœur de la formation, qu’il puisse devenir ainsi véritablement acteur de son évolution professionnelle », rappelle Olivier Gérard. « Il dispose, pour ce faire, de plusieurs outils : le Compte personnel de formation (CPF), qui a remplacé le Droit individuel à la formation, le Conseil en évolution professionnelle (CEP) et, pour les salariés, l’entretien professionnel. Tout cela ayant également pour objectif de contribuer à renforcer le dialogue social au sein même des entreprises. » Le rôle des régions s’est lui aussi trouvé renforcé par la réforme. « La loi du 5 mars 2014 avait déjà transféré aux Conseils régionaux de nouvelles compétences en matière de pilotage des politiques de formation et d’orientation professionnelles », souligne Janine Loïdi, vice-présidente du Conseil régional Midi-Pyrénées, en charge de la formation professionnelle et apprentissage. « Celle de coordination des politiques d’orientation, de formation professionnelle et d’emploi, pour une meilleure cohérence des programmes de formation des régions, en concertation avec les Comités régionaux de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Crefop). Mais aussi celle d’information, avec le Service public régional de l’orientation (SPRO), l’ambition étant de répondre aux besoins de chaque citoyen en matière d’orientation tout au long de la vie. Deux instances qui sont évidemment directement concernées par la réforme : le Crefop en matière d’élaboration des listes régionales des formations éligibles au CPF par exemple, et le SPRO en termes d’information à apporter au public concerné. »

Les opérateurs « s’arment »

Une information qui semble être justement très attendue.
« La réforme est assez bien connue des bénéficiaires, rapporte Séverine Calmettes, manager au sein du cabinet Menway Talents. Ils ont notamment reçu leur décompte d’heures acquises au titre du Compte personnel de formation. Nous observons, en revanche, que la plupart ne savent pas ce qu’ils peuvent suivre comme formation. Du côté des entreprises, elles sont également au courant, mais nombreuses sont celles qui ont encore des difficultés à appréhender la différence entre entretien professionnel et entretien annuel. Donc notre ressenti, c’est que tout le monde est partant, mais qu’il existe une forte attente au niveau de l’information et surtout, de l’accompagnement. » Un enthousiasme que partagent les demandeurs d’emploi.

« Nous enregistrons une montée en charge des formations individuelles, qui incluent très souvent les heures du CPF », indique Daniel Cavaillé, correspondant régional formation à Pôle emploi Midi-Pyrénées. « Nous sommes en train d’armer nos conseillers sur tous les nouveaux outils (Pôle emploi a aussi pour mission d’assurer le CEP des demandeurs d’emploi NDLR), afin qu’ils puissent accompagner au mieux les reclassements. » « Le problème, c’est que la communication faite autour de cette réforme s’est limitée à dire »tous les actifs ont désormais droit à…« , et ce, alors même que les »règles du jeu« n’étaient pas encore totalement définies, et que sa mise en œuvre allait nécessiter un important travail de fond de la part des opérateurs, un travail qui n’est d’ailleurs pas terminé », fait remarquer Olivier Gérard. « L’autre souci, à mon sens, est d’ordre pédagogique. Car si les »règles« s’appliquent à tous, l’information ne peut pas être délivrée de la même manière à tout le monde. »

Les bénéficiaires « rament »

La lisibilité des formations éligibles au CFP, ou plutôt leur manque de lisibilité, apparaît aussi comme un obstacle. Régulièrement amendées, plusieurs listes ont en effet été établies depuis le début de l’année : l’une est nationale et concerne les actifs, l’autre est régionale et s’adresse aux demandeurs d’emploi, d’autres encore visent les personnes relevant des branches professionnelles. Toutes sont hébergées sur un seul et même site (www.moncompteformation.gouv.fr), et donc accessibles à tous. Pour autant, bon nombre de bénéficiaires se perdent dans ce dédale de listes, butent sur les informations à renseigner (à commencer par le « code APE ou NAF / branche professionnelle »), et finissent pas abandonner. « Pour les consultants, cette complexité est un frein considérable », témoigne Vincent Remazeilles, fondateur du réseau de portage salarial RH Solutions. « Car il faut bien être conscient qu’ils n’envisagent de se former que si ça peut les aider à décrocher rapidement plus de missions, ou à réussir une mission qu’ils viennent de signer, bref que si cette formation est un levier d’affaires. Or, dans les deux cas, il faut que cela aille vite, et que cela soit simple à mettre en place pour ne pas interférer avec leur préoccupation première, qui est de faire fonctionner leur activité ! En tant que dirigeant, j’en ai fait moi-même l’expérience récemment, en souhaitant apporter une compétence supplémentaire à l’un de mes collaborateurs. Une démarche qui n’a pas pu aboutir, faute de trouver la formation adéquate ou l’interlocuteur qui aurait pu nous aider. » « Former les professionnels de l’accompagnement me paraît à ce titre essentiel pour pouvoir apporter l’information aux bénéficiaires, mais aussi aux entreprises, qui manquent effectivement de temps », ajoute Séverine Calmettes. Et ce d’autant que le marché de la formation professionnelle repose encore essentiellement sur elles…

Et les organismes s’adaptent

La preuve ? Sous l’effet combiné d’une diminution de leurs obligations de financement et de la difficile appropriation des nouveaux outils, le chiffre d’affaires des centres de formation aurait diminué de 20% cette année, en Midi-Pyrénées ( - 30% au national).
« C’est un énorme chamboulement, car l’impact est de différentes natures, déclare Anne Bibet, responsable formation à la CCI Midi-Pyrénées. Il est financier bien sûr, et ce n’est pas neutre… Il nous amène également à redécouper nos formations en modules courts, et donc à revoir notre façon de former. Et puis, dans le cas des chambres consulaires, cette réforme nous conduit à repenser notre offre de services, afin d’accompagner justement les entreprises dans la mise en œuvre des nouveaux dispositifs et la connaissance des cursus, qui sont certes complexes à appréhender… »

Françoise Hondagneu, responsable d’affaires à l’Afpa Midi-Pyrénées, rapporte une attente supplémentaire : « L’organisation et la lisibilité de l’offre sont deux préalables essentiels pour lever les freins. C’est un vaste travail que l’Afpa a initié il y a quelques années déjà pour répondre à la nouvelle loi en modulant ses parcours qui peuvent être personnalisés en fonction des profils des personnes, demandeurs d’emploi et salariés. Et en présentant son offre par objectif (débuter dans un métier, élargir ses compétences et accéder rapidement à l’emploi), pour plus de visibilité. C’est important, mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, nous constatons que nous devons aussi prendre en charge l’ingénierie financière… » En faire toujours plus donc, dans un contexte budgétaire extrêmement tendu. « Je pense d’ailleurs que parmi tous les chantiers et toutes les réflexions qui sont actuellement en cours, la politique tarifaire vis à vis des organismes de formation doit évoluer, car elle doit intégrer l’exigence de la qualité », déclare Olivier Gérard.

En attendant…

Hier semé d’embûches, le chemin permettant d’accéder à la formation professionnelle ne semble donc pas plus accessible aujourd’hui… Aujourd’hui peut-être, mais les choses pourraient pourtant évoluer rapidement. « Nous observons, de la part des acteurs de la formation, qu’il existe une vraie envie de travailler ensemble, rassure Janine Loïdi. Tous les partenaires du Service public régional de l’orientation vont notamment adopter prochainement une charte, qui définira notamment des objectifs en matière d’accueil, d’information et d’orientation. Nous allons également faire évoluer le positionnement des Maisons communes emploi formation (MCEF), et réinvestir le terrain afin de pouvoir délivrer l’information au plus près des bénéficiaires. Nous envisageons en outre de mettre en place d’ici la fin 2016, un guichet unique qui pourrait prendre la forme d’une Cité des métiers. Un lieu dans lequel demandeurs d’emploi, salariés, créateurs d’entreprise… pourront venir se renseigner. Enfin, en partenariat avec Pôle emploi, le Conseil régional continuera à investir dans la formation des demandeurs d’emploi, à laquelle il consacre, je le rappelle, un budget de 193 millions d’euros auquel nous venons d’ajouter 4,6 millions d’euros au titre du Compte Personnel de Formation. »

La fusion des régions pourrait peut-être, elle aussi, contribuer à accélérer le mouvement. En juillet, Languedoc-Roussillon faisait en effet partie des quatre premières régions à avoir signé avec l’État la convention relative à la coordination du SPRO. Quant au site d’information meformerenregion.fr, qu’elle a lancé en mars, il devrait servir aux deux régions dès 2016.
Ingrid Lemelle

Photos Hélène Ressayres - ToulEmploi.

1 Commentaire

  • Le 29 septembre 2015 à 15:29 , par Chapotard Isabelle

    En tant que dirigeant associé de la SARL « B to B Conseil » installée en Tarn-et-Garonne, mais surtout comme consultant et formateur, j’accompagne les entreprises dans le domaine du management et bien sûr la question de la réforme revient souvent : quoi ? qui ? pourquoi ? comment ? quand ? etc … Le flou existe dans toutes les entreprises.
    Le nez dans le guidon, les entreprises (comprenez les DRH) n’ont pas le temps de s’informer. Je rejoins les remarques faites dans votre article. J’ai constaté aussi deux points encore nébuleux : le salarié se demande quelles formations suivre ? Et les entreprises s’interrogent sur comment mener les entretiens professionnels ? (organisation, et contenu)
    Afin de répondre à leurs interrogations, je les accompagne dans un premier temps sur l’entretien professionnel : communication, formation, accompagnement terrain (si nécessaire), guide à l’usage du manager, guide à l’usage du collaborateur, … J’ai à cœur de fournir un travail de qualité et je vous avoue que j’ai consacré beaucoup de temps à comprendre puis à préparer les outils adéquat. Et pour simplifier le tout, chaque organisme a son propre Kit de Com : AGEFOS PME, DIRECCTE, Ministère du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, CCI, CarifOref, OPCALIA ….

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