ToulEmploi

Publié le lundi 6 novembre 2017 à 18h01min par Agnès Fremiot

A quoi ressemblera le lieu de travail de demain ?

Un collectif est en train de tenter d’inventer le lieu de travail de demain, un espace de coworking à la périphérie de Toulouse, couplé à une ferme. Amandine Largeaud, qui est à l’initiative de l’idée, nous présente son projet baptisé le 100e singe.

Amandine Largeaud, pourriez-vous nous expliquer la genèse de votre projet, le 100e Singe ?
Nous sommes un collectif de onze personnes, pour la plupart originaires de ce territoire situé à quinze kilomètres au sud-est de Toulouse. J’ai eu la chance, de mon côté, de partir travailler pendant dix ans sur des projets de transition sociale au Burkina Faso. À mon retour, j’ai constaté que le lieu que j’avais connu s’était transformé en village dortoir, avec une perte de lien social, et que la ville avait progressivement grignoté sur les champs. J’ai également remarqué que pas mal de mes connaissances étaient en grande souffrance à cause de leur job. Je me suis intéressée en parallèle à la révolution du travail : le désengagement des salariés, l’émergence du télé-travail, ou l’explosion des reconversions professionnelles. J’ai donc cherché une réponse. Il y a un véritable enjeu : 56% des actifs en Occitanie habitent la périphérie urbaine, et nous mettons aux heures de pointe 1h15 pour réaliser un trajet de quinze kilomètres, qui nous prend vingt minutes en temps normal.

Quelle est la raison d’être du 100e Singe ?
Notre projet est de redonner du dynamisme à la périphérie urbaine, tout en préservant son caractère rural et agricole. Nous souhaitons concilier le lieu de travail de demain et les champs. Nous allons donc créer un lieu pilote à quinze kilomètres de Toulouse, et à trois kilomètres du futur terminus de la ligne 3 du métro, à Labège. Nous allons proposer un espace de coworking, car il n’en existe pas dans la périphérie, alors qu’ils explosent en centre-ville. Il sera situé dans une ferme lauraguaise de 400 m2, au milieu de 7 hectares de champs. Et nous allons installer une micro-ferme maraîchère de 2 hectares où nous allons proposer des micro-parcelles de 5000 m2 pendant trois ans à des personnes en reconversion professionnelle dans le domaine agricole.

Pourquoi mettre des parcelles à la disposition des néo-agriculteurs ?
Nous entendons ainsi répondre à la demande des actifs non issus du domaine qui souhaitent s’y investir. 30% des repreneurs de terres agricoles sont des néo-agriculteurs, qui sont donc hors cadre familial et n’ont pas bénéficié de la transmission des compétences. C’est un véritable parcours du combattant pour s’implanter. Nous allons leur proposer de sécuriser leur parcours professionnel sans se déraciner, en mettant à leur disposition des outils, des formations et des terres. Dix personnes sont déjà intéressées par ce projet dans des domaines très divers de la production agricole (maraîchers, apiculture, écopâturage).

Où en est le projet aujourd’hui ?
Nous sommes déjà en capacité d’accueillir des coworkeurs. Six personnes travaillent dans l’espace dédié. Nous aimerions boucler notre plan de financement en janvier prochain. Nous avons lancé, dans cet ordre d’idée, une campagne de crowdfunding pour nous permettre d’accueillir les porteurs de projet en attente. Nous souhaitons aussi impliquer notre communauté de 1500 acteurs par ce biais. Nous devons réunir en tout 250.000 euros pour financer notre projet.
Dans une deuxième phase, nous proposerons également une table d’hôtes pour ouvrir ce lieu au grand public. Et à l’avenir, nous aimerions que le modèle essaime autour des grandes villes.
Propos recueillis par Agnès Frémiot

Sur la photo, le collectif de onze personnes à l’origine du 100e Singe avec sur la gauche Amandine Largeaud. Photo DR