Suicides : quelles sont les clés pour lutter contre le mal-être des salariés ?

Les suicides liés au travail ne sont pas un phénomène nouveau. Ce qui l’est en revanche c’est que certains décident désormais de se suicider sur leur lieu de travail, comme pour pointer le responsable de leur mal-être. Sur les 72 suicides déclarés depuis 2008 en accident du travail auprès de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) en France, 40 se sont ainsi produits au sein même des entreprises. Le point avec Jean-Claude Merlane, fondateur de la société toulousaine de conseil en management Merlane et administrateur national de SYNTEC Conseil en Management.

France Télécom, Thales, Renault, PSA… et récemment H&M, de plus en plus d’entreprises sont confrontées aux tentatives de suicides, voire aux suicides bien réels de salariés, comment expliquer cette accentuation du mal-être ?
Je crois qu’il y existe une trame de fond de souffrance au travail, accentuée par la crise que connaît notre pays. Cela renforce le sentiment d’angoisse et d’inquiétude des salariés, qui subissent par ailleurs davantage de pression de la chaine hiérarchique d’employeurs eux-mêmes soumis à la pression de rester compétitifs. Nous sommes arrivés à un stade où les personnes, à bout, cherchent ainsi des échappatoires, l’échappatoire extrême étant la tentative de suicide…

Certains sont-ils plus « exposés » que d’autres ?
Le malaise est actuellement très fort parmi les cadres intermédiaires, qui doivent « cascader » les injonctions des équipes dirigeantes au niveau de l’application. Ils se trouvent face à un paradoxe : demander ce qu’ils savent impossible. Les salariés de certaines grandes entreprises sont eux aussi plus exposés. Ils évoluent dans de grosses machines dans lesquelles ils ont le sentiment de n’être que des exécutants. Mais attention toutefois aux généralités !

C’est-à-dire ?
Aussi dramatiques que soient les suicides, et sans bien sûr nier l’accentuation du malaise, je pense en effet qu’il est dangereux de stigmatiser tel ou tel type d’entreprise, secteur ou mode de management. On assiste en ce moment à un amalgame qui ne reflète non seulement pas la réalité, mais peut surtout s’avérer contreproductif en matière de réponses à apporter. En tant qu’ancien clinicien*, je sais par expérience que les mécanismes qui conduisent au suicide sont toujours très complexes, personnels et liés à la multiplication de plusieurs facteurs, parmi lesquels figure parfois le travail. La réponse au mal-être doit donc tenir compte de toutes ces spécificités.

Quelles sont justement les clés qui peuvent permettre aux entreprises de verrouiller ces situations ?
La première c’est l’écoute, et par écoute j’entends l’écoute très attentive, celle qui permet de comprendre véritablement la raison du malaise et prend en compte sérieusement la dimension psychologique de l’individu. Ensuite les démarches à entreprendre sont assez classiques, la seule différence étant qu’elles sont alors appliquées à une problématique bien particulière. Après la phase de diagnostique, la constitution de groupes de travail qui aient l’opportunité d’être forces de propositions, des actions de formation ou de coaching… peuvent ainsi permettre de dénouer les problèmes. Il s’agit alors des solutions curatives, l’idéal étant bien sûr de faire du préventif !

A ce titre que pensez-vous du plan d’urgence pour la prévention du stress au travail annoncé récemment par le ministre du Travail, Xavier Darcos ?
Il s’agit simplement d’une incitation qui ne vise que les entreprises de plus de 1.000 salariés (ndlr : elles sont « invitées » à ouvrir des négociations sur ce thème avant le 1er février prochain), donc… Et puis vous savez, nombreuses sont les entreprises qui mettent déjà en place des mesures, actions... dans le cadre de la diversité, de la CGPME, du plan seniors… Des entreprises où il fait bien vivre ! Je crains qu’elles ne perçoivent la démarche comme une « punition », à l’instar d’élèves qui répondraient présents et seraient néanmoins punis pour l’absence des autres (sourire).
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

* Jean-Claude Merlane est titulaire, entre autres, d’un DESS de Psychologie Clinique et d’un DESS de Psychologie Sociale et Industrielle.

Sur la photo : Jean-Claude Merlane, fondateur de la société de conseil en management Merlane et administrateur national de SYNTEC Conseil en Management. DR.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Suicides-quelles-sont-les-cles-789