Les contrats aidés jouent-ils leur rôle de levier ?

Emplois d’avenir, contrats de génération, emplois francs... quels impacts ont, ou auront, ces nouveaux contrats aidés sur le marché de l’emploi en Midi-Pyrénées ? Le compte-rendu de la dernière table ronde ToulEmploi.

Le contrat unique d’insertion (CUI) a été récemment rejoint par de nouveaux contrats aidés : les emplois d’avenir depuis un an, les contrats de génération, lancés au printemps, et enfin les emplois francs, déployés depuis le début de l’été. Objectif, booster l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, et dans le cas du contrat de génération le maintien ou le retour à l’emploi des seniors, autrement dit donner un coup de pouce aux publics les plus touchés par le ralentissement économique. Mais avec quels impacts en Midi-Pyrénées ?

Un franc succès pour les emplois d’avenir

« Les premiers résultats indiquent que les employeurs s’approprient bien les possibilités offertes par les nouveaux contrats aidés », répond Bastien Beley, responsable du pôle entreprises, emploi et économie de la Direccte Midi-Pyrénées. « Nous dépasserons par exemple l’objectif des 3643 emplois d’avenir d’ici la fin de l’année, emplois qui bénéficient pleinement aux jeunes peu qualifiés puisque 80% sont titulaires d’un CAP/BEP. Les tendances en matière de contrats de génération sont conformes à celles enregistrées au national. Quant aux CUI, qui s’adressent à un plus large public, il existe là encore une vraie volonté d’accompagnement des publics en difficulté, notamment sur des contrats plus longs. » « Ce qui est important, c’est la complémentarité de ces dispositifs », poursuit Annick Sénat, adjointe au directeur des opérations de Pôle emploi Midi-Pyrénées. « Ils constituent pour nous de vrais leviers pour accompagner ceux qui ont le plus de difficultés. Le travail que nous menons avec nos partenaires nous a par ailleurs permis de mobiliser très largement les entreprises. » Parmi eux, les Missions locales. « Les contrats aidés sont venus compléter notre boite à outils pour aider les 50.000 jeunes que nous recevons chaque année dans la région », témoigne Eric Augade, animateur des Missions locales Midi-Pyrénées. « Des jeunes qui présentent souvent une qualification insuffisante pour trouver du travail, un frein que les emplois d’avenir permettent de lever. Ils sont, de plus, assortis d’une obligation de formation. Et l’accompagnement que nous assurons avant et après la signature du contrat limite les risques de rupture, qui sont d’ailleurs très faibles. Midi-Pyrénées est ainsi une des régions où les emplois d’avenir rencontrent le plus de succès. Quant aux emplois francs, nous avons livré 150 CV au Medef, nous attendons... Les contrats de génération sont eux aussi au stade de démarrage. »

Mais un attentisme sur les contrats de génération

Et pourraient connaître un coup d’accélérateur, sous l’impulsion notamment de la chambre de commerce et d’industrie de région Midi-Pyrénées. « Nous sommes en cours de signature d’une convention avec la Direccte pour informer et apporter un conseil individualisé aux entreprises de plus de cinquante salariés, prioritairement, intéressées par le contrat de génération », indique Aurélie Huby, chargée de mission RH alternance à la CCI de région. « Nous allons pour ce faire lancer un appel à propositions vers les cabinets conseil en ressources humaines afin de mettre en œuvre cet appui conseil individualisé. Nous avons pour objectif d’identifier et d’accompagner une quarantaine d’entreprises d’ici fin 2014. Pour l’instant, c’est plutôt l’attentisme qui l’emporte, mais ça démarre... » « Le problème, c’est que les accords de branches, en cours de signature, conditionnent le déploiement des contrats de génération dans les entreprises de plus de cinquante salariés », souligne Laurence Meinvieille, conseillère emploi-formation à Agefos PME Midi-Pyrénées. « Pour autant, il s’agit d’un contrat qui a été plutôt bien accueilli par les entreprises que nous avons rencontrées (plus de 300 depuis cet été), celles-ci le jugeant utile et attractif (l’aide est de 12.000 euros sur trois ans). Nous allons poursuivre notre accompagnement, à travers une trentaine de contrats appui-conseil qui permettront à l’entreprise d’obtenir un véritable diagnostique générationnel de ses effectifs et une aide dans ses différentes démarches, notamment vis-à-vis de la Direccte. Pour revenir enfin sur les emplois d’avenir, surtout conclus dans le secteur non-marchand pour l’instant (à environ 90%), nous commençons à enregistrer des plans de formation dans les entreprises du secteur marchand éligibles, autrement dit le sport et les services à la personne. Mais nous sommes là encore confrontés à un frein qui tient au public cible, c’est-à-dire les jeunes peu qualifiés lorsque la demande de nos adhérents porte essentiellement sur du personnel qualifié. »

Un minimum demandé de qualification

Le dirigeant de la société Vivéo Services, Bruno Basset, confirme : « Dans mon secteur, nous recherchons avant tout des compétences, nos activités et nos clients exigeant des qualifications. Les contrats aidés peuvent ainsi être un plus, mais pas un levier. A nos embauches, mais aussi aux candidatures que nous recevons, les contrats aidés, comme les différents dispositifs mis en place ces dernières années, restant sans effet sur nos problématiques de recrutement, et ce malgré d’étroites relations avec l’agence spécialisée de Pôle emploi ou encore les Missions locales. La manière dont nos métiers sont proposés et expliqués aux demandeurs d’emploi reste un problème : être auxiliaire de vie ou auxiliaire parentale est un vrai métier et non un petit travail précaire. Des sociétés telles que la mienne ont fait un gros travail de professionnalisation, mis en place la modulation du temps de travail, etc.. » « L’inadéquation en matière de qualification constitue effectivement un frein, dès lors notamment que les postes concernent l’encadrement d’enfants », observe Laurence Meinvieille. « Nous travaillons à ce titre avec Pôle emploi pour pré-qualifier une centaine de demandeurs d’emploi dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’embauche (POE), avec, comme objectif, la signature d’une cinquantaine d’emplois d’avenir d’assistant(e) de vie auprès d’enfants ou de personnes âgées. » « Avec une difficulté qui demeure... il faut que cette qualification soit reconnue par la profession et que les contrats proposés évoluent vers des temps pleins », souligne Annick Sénat. « Je serai très heureux de proposer des contrats à temps plein, le temps partiel étant dans mon cas subi et non imposé à mes collaborateurs, mais c’est vrai que tout le monde n’avance pas de la même manière dans mon secteur et que certains contribuent à entretenir une mauvaise image », déplore Bruno Basset.

Une défiance réciproque

« On peut aménager toutes les mécaniques possibles, la représentativité de certains métiers reste il est vrai problématique, pour le secteur des services à la personne mais aussi bien d’autres qui restent totalement méconnus », regrette Eric Augade. « Vous allez avoir l’occasion d’y remédier, le gouvernement ayant récemment fixé une feuille de route spécifique aux services à la personne », indique Bastien Beley, qui rappelle également les nombreuses actions mises en place pour palier le déficit d’image de certains métiers (visites d’entreprises, village de l’industrie...). « Cela prend du temps et puis, il ne suffit pas de former nos conseillers, Il faut poursuivre le travail de fond pour convaincre les demandeurs d’emploi... », note Annick Sénat. La question de la qualification ou de l’attractivité n’apparaît pas le seul frein au développement des contrats aidés. « Nous proposons à nos entreprises partenaires le contrat de génération dans le cadre de nos formations en alternance, mais elles sont pour l’instant très frileuses, notamment parce qu’il implique de conclure un CDI », rapporte Dominique Bisbau, directeur du groupe Vidal. « Je crains en outre que certains contrats de génération signés ne constituent qu’un effet d’aubaine pour les entreprises. » « Ils répondent en tous cas à une demande des partenaires sociaux, de même qu’à la problématique de l’emploi des seniors dans notre pays », rappelle Bastien Beley. « L’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi n’est certes pas toujours facile à trouver, mais il faut garder à l’esprit que ces contrats ont précisément pour objectif de donner des opportunités à des personnes qui, sans cela, n’intéresseraient pas les entreprises de prime abord. » « Et pour lesquelles ils sont souvent une première marche indispensable pour accéder au marché du travail », poursuit Eric Augade. « Ils leur permettent également d’acquérir une expérience professionnelle essentielle pour l’avenir. »

Une menace pour l’alternance ?

Bruno Basset regrette que l’Etat ait limité son aide dans le cas des emplois d’avenir : « A hauteur de 35% du salaire pour le secteur marchand, contre 75% pour le secteur non-marchand, alors que dans mon secteur, entreprises et associations font le même métier et embauchent les même profils ! Je ne comprends pas, sans compter que cela favorise une situation de concurrence déloyale. » « Ce dispositif ne cible pas un seul secteur, mais vise à soutenir le milieu associatif au sens large et le développement de services qui n’existeraient pas sans l’aide de l’Etat », rappelle Annick Sénat. « Il permet en outre à des demandeurs d’emploi d’acquérir des compétences qu’ils pourront valoriser ensuite dans le secteur marchand. » Des contrats aidés qui pourraient également menacer les autres voies de formation en alternance ? « Il ne faudrait pas que cette multitude de dispositifs ait un impact négatif sur l’apprentissage, surtout que cela s’ajoute à l’incertitude qui pèse actuellement sur l’évolution des aides apportées aux entreprises de plus de dix salariés », estime Aurélie Huby. « Ce qui est certain, c’est que la campagne a eu du mal à démarrer mais s’est finalement reprise avec un nombre de contrats d’apprentissage enregistrés, par les CCI, au même niveau qu’en 2012. » Les contrats de professionnalisation seraient en revanche en hausse cette année en Midi-Pyrénées, « mais leur développement est sans aucun doute freiné du fait qu’il n’existe plus aucune aide associée à ce dispositif », déplore Dominique Bisbau. « Certaines entreprises nous disent en effet préférer les emplois d’avenir aux contrats de professionnalisation », rapporte Laurence Meinvieille. « L’alternance ne s’adresse pas au même public, et nous ne sommes pas non plus dans le même volume : 500 emplois d’avenir environ dans le secteur marchand contre 12.000 contrats d’apprentissage par an en Midi-Pyrénées. L’attentisme observé sur l’alternance tient aussi à l’incertitude économique », estime pour sa part Bastien Beley. « A l’instar du BTP, qui connaît d’importantes difficultés alors que ce secteur est un gros formateur en apprentissage », abonde Annick Sénat. « Au-delà des dispositifs, il est certain que les entreprises restent très frileuses, les process de recrutement étant de plus en plus longs, et les problèmes de comportement de certains jeunes nous complique la tache... », conclut Dominique Bisbau.
Ingrid Lemelle

Crédits photos : Hélène Ressayres - ToulEmploi.

Réagir à cet article

Source : https://www.toulemploi.fr/Les-contrats-aides-jouent-ils-leur-role-de-levier,11847