La logistique soumise à de nouvelles logiques

Article diffusé le 21 janvier 2013

Porteur, le secteur de la logistique a néanmoins bien des difficultés à pourvoir ses besoins. La faute à un déficit d’image, mais également à la politique de gestion des ressources humaines de nombreuses sociétés régionales, tant en matière de formation, de management ou de salaires. Le point avec nos invités.

Le secteur pèse forcément dans une région qui importe beaucoup. La logistique, et plus largement le transport, rassemblent ainsi près de 22.000 emplois dans plus de 2.500 entreprises en Midi-Pyrénées. Un secteur qui recrute, même en période de crise, mais avec toujours autant de difficultés...

Près de 7.000 offres en un an

Une situation que confirme Marc Lacaille, directeur de l’agence Pôle emploi de St Alban-Castelginest, spécialisée dans le secteur de la logistique : « Nous enregistrons un mouvement très fort d’offres d’emploi, surtout sur les métiers de magasiniers et de préparateur de commande. Entre octobre 2011 et 2012, nous avons par exemple collecté 6.666 offres pour 4.494 demandeurs d’emploi inscrits sur ces métiers qui sont donc par définition »en tension« . Ce sont en revanche des métiers marqués par une forte saisonnalité, la proportion de CDD étant importante et la prégnance de l’intérim très forte. Reste que les difficultés de recrutement sont très variables d’une entreprise à l’autre et d’une activité à l’autre, la nature des fonctions occupées étant très différente selon que la société est par exemple spécialisée dans le froid, les colis légers... » Des entreprises essentiellement positionnées sur le marché de la logistique de distribution dans la région. « Hormis sur la logistique aéronautique, déjà très externalisée et confiée à des groupes d’envergure nationale, le marché est par ailleurs principalement occupé par des acteurs locaux, fait observer Philippe Bastien, le directeur régional de l’AFT-Iftim, organisme leader dans le secteur de la formation aux métiers du transport et de la logistique. Des entreprises qui recrutent essentiellement sur les métiers »de base« , emplois qui nécessitent presque toujours d’être mobile, ce qui contribue là encore aux difficultés de recrutement. »

Un offre de formation complète

Porteur, le secteur l’est également au niveau de l’Armée. « La logistique fait partie intégrante de chaque unité, le ratio étant d’environ 7 à 8 personnes en soutien logistique et administratif pour un combattant, précise le Chef d’escadron Jacques Carrière, chef du bureau Terre du CIRFA 31, le Centre d’information et de recrutement des forces armées. Chaque régiment du domaine logistique recrute ainsi deux fois par an 30 à 80 personnes pour assurer l’acheminement des ressources, le transport de matières dangereux, la maintenance, le soutien médical, le soutien de l’homme et le soutien au déploiement... »
L’offre de formation est par ailleurs très fournie en Midi-Pyrénées, couvrant tous les métiers du secteur, du niveau CAP à celui d’ingénieur. « Nous préparons principalement à des titres professionnels de préparateur de commande et d’agent magasinier, ainsi qu’au Bac +2 Logistique et au Bac +3, pour répondre à la nouvelle norme européenne », indique Philippe Bastien. La Chambre de Commerce et d’Industrie de Montauban, qui possède un centre de formation aux métiers de la logistique, prépare aussi les candidats mais « sur un positionnement volontairement complémentaire aux autres formations proposées en région, le centre préparant principalement à trois métiers : préparateur de commande, technicien en logistique d’entreposage et technicien méthodes d’entreposage », précise l’un de ses conseillers formation, Damien Vignon. Des formations, des débouchés, et pourtant de grandes difficultés à trouver des candidats.

Un besoin croissant en compétences

« Nous constatons que les entreprises expriment des besoins en compétences de plus en plus précis qui impliquent donc des besoins en formation plus diversifiés, évoque David Ducaud, directeur du développement Sud-Ouest de Horemis. Les Technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bouleversé tout la chaîne et laissé les sociétés démunies face à l’écart de formation. » « C’est le problème des titres professionnels, qui recouvrent souvent un spectre très large de compétences, mais aussi de la politique de formation des entreprises elle-même, nombreuses étant celles qui optent pour des formations courtes par souci d’économie », regrette Philippe Bastien. « A contrario, les titres professionnels offrent tout de même plus de souplesse que les diplômes de l’éducation nationale... », note Damien Vignon. Au registre des évolutions toujours, Damien Brossault, consultant du cabinet Menway observe « une concentration des opérateurs en même temps qu’une spécialisation sur des micro créneaux et une diversification des services périphériques à leur coeur de métier. Les évolutions, notamment sur le plan environnemental, font émerger de nouvelles pratiques, et du même coup de nouveaux besoins. L’interdiction du centre ville aux véhicules polluants, que la mairie de Toulouse vient d’acter, va par exemple impliquer l’organisation du »dernier kilomètre« et entraîner probablement de nouvelles compétences. »

Un secteur stratégique

« Nous formons justement en ce moment, aux gestes et aux postures, des techniciens qui vont faire de la livraison à vélo, de même que les exploitants au niveau de l’organisation de la livraison », témoigne Philippe Bastien. « Des évolutions qui illustrent bien l’interdépendance du transport et de la logistique, souligne Marc Lacaille, de plus en plus d’entreprises de transport étant d’ailleurs amenées à réorganiser leurs activités sur la logistique. » « La logistique est vraiment en train de faire la différence et de devenir la colonne vertébrale de tout un ensemble d’activités », reprend Philippe Bastien. « Nous nous en sommes rendus particulièrement compte après la guerre du Golf, témoigne Jacques Carrière, ce qui a nous conduit à mettre en place une logistique adaptée,( acheminement des ressources, gestion des stocks, des itinéraires de déploiement, maintenance....). » C’est là que réside d’ailleurs tout l’intérêt de ce secteur stratégique : il y a encore beaucoup de choses à inventer !« , insiste Philippe Bastien. »C’est vrai, et il offre une grande diversité de métiers, eux même très différents selon l’activité de l’employeur, la logistique étant transverse à de nombreux secteurs, rappelle Marc Lacaille. 9 à 10% des emplois industriels relèvent par exemple de la logistique.«  »Airbus capte à ce titre une grande partie des promotions qui sortent chaque année de formations, illustre Damien Vignon. Les salaires et les avantages y sont certes plus intéressants qu’ailleurs....«  »Mais beaucoup en reviennent au bout de quelques années car les postes sont très spécialisés et offrent peu de possibilités d’évolution", indique Damien Brossault.

Des problèmes de fidélisation

Comment expliquer dans ce cas les difficultés exprimées par les recruteurs ? En matière de recrutement, mais également de fidélisation... « En plus du volume de recrutement nécessaire pour couvrir les besoins, c’est un secteur qui enregistre des écarts salariaux ou des avantages minimes qui peuvent avoir un effet immédiat sur le turn-over, de l’ordre de 30% en général », souligne David Ducaud. « 30%, c’est pour une entreprise qui va »bien« , la moyenne serait plutôt de 50% ! », estime Damien Vignon, qui évoque les problèmes d’horaires, de déplacement... Et de salaires ! « Une prime annuelle de 100 euros suffit parfois à changer la donne », fait remarquer David Ducaud. « Le problème dans notre région, c’est que nous avons, à l’exception de Danone ou d’Airbus, essentiellement une logistique de distribution, rappelle Damien Vignon. Les prestataires sont bien souvent choisi sur le critère du prix, ce qui leur laisse peu de marge de manoeuvre... » « Un problème qui favorise en partie l’intérim, très répandu, les intérimaires ayant alors les primes, congés... », ajoute Marc Lacaille. Et la mobilité ! « C’est très net dans ce secteur où un salarié peut aujourd’hui changer d’entreprise du jour au lendemain pour gagner 2 km sur son trajet travail-domicile ou 3 euros de plus par mois », observe Damien Vignon. « C’est vrai pour les postes d’ouvrier, mais beaucoup moins pour les postes Bac +2 sur lesquels on déplore peu de turn-over », nuance Philippe Bastien.

La formation comme solution ?

Former pour recruter et fidéliser ? Cette option est justement avancée par plusieurs de nos invités. « Nous travaillons beaucoup avec l’AFT-Iftim sur le recrutement des entreprises et la construction de plans de formation dans le cadre de Préparations Opérationnelles à l’Emploi, co-financées par Pôle emploi et l’Opca du secteur, signale Marc Lacaille. Mais économie oblige, les temps de formation sont il est vrai revus à la baisse... » « Je pense que le Contrat de professionnalisation serait plus efficace et constituerait un bon outil de fidélisation des salariés », estime David Ducaud. « Certainement, mais l’entreprise est très peu aidée dans ce cas », nuance Damien Vignon. Peu enclines à investir dans la formation initiale de jeunes recrues, les entreprises ne seraient pas non plus de grandes adeptes de la formation continue. « En matière de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), elles commencent à appréhender la notion de gestion de la pyramide des âges, mais pas encore celle des compétences », déplore Marc Lacaille. « Ce qui entraîne des problèmes de management, les jeunes se révélant aujourd’hui bien mieux formés que leurs collègues plus âgés », note Damien Vignon. « C’est vrai également sur les profils cadres », rapporte Damien Brossault.

Un secteur contraint à évoluer

C’est donc une véritable « révolution culturelle » qui semble se profiler, d’importants changements portés par des besoins croissants. « La tendance consiste actuellement de mailler le territoire, à créer de nouveaux entrepôts de proximité, notamment dans la perspective de la nouvelle éco-taxe kilométrique », observe Philippe Bastien. Plus de sites, et donc pus d’offres à pourvoir et... de candidats à trouver ! Or pour réduire leurs difficultés de recrutement et de fidélisation, tous nos invités s’accordent sur la nécessité pour les entreprises de changer de logiques. « Elles doivent anticiper davantage leurs besoins et, pour certaines, travailler leur image, car il s’agit d’un secteur où la réputation peut avoir des conséquences dramatiques, estime Marc Lacaille. Nous devons également faire connaître davantage les métiers qui, du niveau V au niveau I, offrent de réelles opportunités. » « Des opportunités d’intégration, le secteur se révélant très ouvert aux candidats motivés, et d’évolutions aussi, notamment pour ceux qui ont un niveau post Bac », insiste Philippe Bastien. Pour une partie de nos invités, des efforts seront également nécessaires en matière de conditions salariales. « Car il ne faut pas que les employeurs oublient que, quitte à avoir un travail mal payé, les candidats ont le choix avec plein d’autres secteurs, parmi lesquels certains beaucoup moins contraignants... », souligne Damien Brossault.
Ingrid Lemelle

Photos Hélène Ressayres - ToulEco.

Nous remercions l’agence A l’Impossible, située 55 rue d’Alsace Lorraine à Toulouse, pour son accueil.

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Source : https://www.toulemploi.fr/La-logistique-soumise-a-de-3059