L’apprentissage nouvelle version

Il fait partie de l’arsenal mis en place pour mener la guerre au chômage des jeunes. Encore. Sauf que les actions en faveur de l’apprentissage ne devraient plus se contenter de convaincre les bénéficiaires sur le plan financier. L’accent devrait également mis sur l’accompagnement.

Il s’agissait déjà d’une priorité du gouvernement Sarkozy. Une priorité réaffirmée par le président Hollande, l’apprentissage faisant partie des nombreux leviers soutenus ou nouvellement créés pour lutter contre le chômage des jeunes (avec les emplois d’avenir, le dispositif Objectif formation-emploi, le contrat de génération...).
Un soutien dont témoigne déjà le Contrat d’objectifs et de moyens (Com) Apprentissage 2011-2015 en Midi-Pyrénées, soit une enveloppe de 100 millions d’euros assumée à parité entre le Conseil régional et l’État. De quoi porter le nombre d’apprentis à 22.414 d’ici trois ans, c’est-à-dire à 5.000 de plus qu’en 2009.

Un accompagnement renforcé

L’effort commence d’ailleurs à porter ses fruits, le nombre d’apprentis ayant augmenté de 19% entre la rentrée 2011 et 2012. Reste à convaincre les acteurs d’aller plus loin. A commencer par les entreprises. Selon le ministre délégué à la formation, Thierry Repentin, un plan devrait voir le jour au printemps prochain. Un plan assorti de « moyens financiers et fiscaux supplémentaires ». En région, dans le cadre du programme d’investissement d’Avenir, 500 millions d’euros seront par ailleurs affectés à l’alternance. Quant aux Chambres consulaires et aux organisations professionnelles, elles restent plus que jamais mobilisées pour convaincre les dirigeants de miser sur l’apprentissage, le Medef Midi-Pyrénées étant par exemple sur le point de lancer un serious game destiné à les amener à intégrer plus d’alternants.

Restent les jeunes, qui doivent être, eux aussi, plus largement orientés vers cette voie. Or là aussi, les actions se multiplient pour les sensibiliser au fameux triptyque « diplôme-métier-emploi ». Avec pourtant une nouveauté, qui signe peut-être une rupture avec les anciens dispositifs : la plupart des projets mis en place par l’État, comme la Région, comporte désormais un volet « accompagnement ». C’est le cas notamment d’une partie des projets innovants qui ont été sélectionnés et soutenus par l’État et le Conseil régional (voir les encadrés).
Car il ne suffit pas d’amener les jeunes à l’apprentissage, il faut aussi et surtout qu’ils aillent jusqu’au diplôme. Or d’après le Cereq, 20% des apprentis ne vont pas au bout de leur contrat. Ils font ainsi partie des 6.500 jeunes Midi-pyrénéens qui sortent chaque du système scolaire sans qualification, mais aussi, pour bon nombre, des 16%* de demandeurs d’emploi de la région qui n’exercent aucune activité...
Ingrid Lemelle

* Selon les chiffres d’octobre 2012.

[(

L’apprentissage en Midi-Pyrénées

18.842 apprentis
783 formations
315 diplômes différents, du CAP au niveau Bac +5 (diplômes d’ingénieurs, Masters)
62 CFA ou sections d’apprentissage
85,6 millions d’euros de budget régional)]

La Mission locale et la Chambre des métiers envoient des ambassades

C’est un programme déjà effectif, dont le diagnostic est en cours. L’analyse des résultats permettra de mieux cerner les aspirations des jeunes et les secteurs d’activité qui témoignent le plus de besoins. Il s’agira alors de cibler les entreprises qui correspondent aux projets des jeunes, voire, d’adapter le mode de formation.
La Mission Locale de Toulouse et la Chambre des métiers et de l’artisanat de Haute-Garonne ont imaginé des cohortes d’ambassadeurs de l’apprentissage. Leur objectif est de plaider « la cause » auprès des jeunes des Missions et des entreprises. Chaque cohorte est constituée d’anciens apprentis issus des Missions, devenus jeunes salariés, et de chefs d’entreprise ravis d’avoir conclu des contrats d’apprentissage. Chacun témoigne dans sa catégorie pour évidemment susciter l’émulation. Les Missions et la CMA se chargent ensuite de la mise en relation des jeunes et des entreprises intéressées. Cette campagne de sensibilisation doit permettre la concrétisation d’une vingtaine de contrats d’ici à fin juin 2013. Selon Catherine Gavet, directrice de la formation à la CMA, cette opération devrait être reconduite.
N.M

Photo Hélène Ressayres ToulEco.

Un Passeport pour l’apprentissage délivré aux jeunes handicapés sensoriels

« Seulement 1% des jeunes handicapés sensoriels ont accès à un emploi aujourd’hui, ça méritait un coup de pouce », indique Anne-Claude Le Fer, responsable de formation à l’Institut des Jeunes Aveugles (IJA). Aussi, et en partenariat avec la Fondation Bon-Sauveur d’Alby, l’IJA a-t-il choisi de répondre à l’appel d’offres de la Région en proposant d’accompagner de jeunes aveugles, sourds ou en déficience de langage vers l’apprentissage.
Selon Patrick Vauclair, du Centre spécialisé pour déficients visuels (Bon-Sauveur) à Albi, ce parcours de 20 heures hebdomadaires s’organisera autour d’ateliers où seront dispensés les notions liées à la santé, à l’environnement, au droit du travail, où l’on apprendra à rédiger un CV et une lettre de motivation. Ensuite les jeunes rechercheront un contrat accompagnés d’un guide ou d’un interprète.
A l’été, une quinzaine de contrats devront avoir été signés. Les jeunes seront suivis jusqu’à leurs débuts dans l’entreprise et en centre de formation.
N.M

Photo Hélène Ressayres ToulEco.

L’École de la 2e chance, le tremplin vers l’industrie

La filière de l’industrie ne connaît pas la crise : elle table sur la création de 100.000 emplois par an jusqu’en 2020. L’École régionale de la deuxième chance Midi-Pyrénées (ER2C) ne veut pas rater le coche. « L’industrie est un acteur majeur de l’économie locale qui a des besoins mais qui rencontre des difficultés pour trouver des candidats, notamment de niveau V (câbleur, monteur…). De notre côté, nous avons du mal à la pénétrer car elle requiert des compétences spécifiques », explique Marc Martin, le directeur de ER2C.
Satisfait du premier partenariat noué il y a quelques années avec ERDF, l’école renouvelle ainsi l’expérience avec l’industrie. Cette fois ci, en collaboration avec la Région, la fondation Agir pour l’insertion et le soutien de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), ce projet devrait permettre à une dizaine d’élèves par an, sortis du cursus scolaire sans diplôme, d’accéder à des formations en apprentissage. « Nous identifierons les besoins des entreprises et nous analyserons les compétences des élèves pour mieux coller à la demande, et l’école assurera aussi un travail d’accompagnement avant l’apprentissage, pendant pour sécuriser le parcours et après par un suivi post-formation pour consolider l’insertion ».
A.S

L’ambassadeur comme trait d’union entre l’apprenti et l’entreprise

Le partage d’expérience est le maître-mot du projet de l’Institut de Formation Régional des Industries Alimentaires Midi-Pyrénées (IFRIA), qui scolarise quelque 120 apprentis dans la région. Au premier trimestre, ce CFA hors les murs accélère la communication autour de l’apprentissage de deux manières. La première est la mise en place d’un réseau « ambassadeurs entreprises ». « Nous allons sélectionner parmi les 250 maîtres d’apprentissage ceux qui seraient intéressés pour faire connaître les formations aux entreprises. Car ces dernières hésitent devant la complexité d’employer un apprenti », explique Jean-Marie Peyre, le directeur de l’IFRIA. Dans l’idéal, l’institut souhaite désigner un correspondant entreprise par département.
La seconde manière est d’étendre le réseau « ambassadeur apprenti » au cursus vente et aux BTS, déjà testée depuis plusieurs années sur une même classe dans l’enseignement supérieur. Le jeune ambassadeur, qui s’inscrit dans une démarche volontaire et sans aucune obligation de résultat, s’adresse aux élèves de son ancien centre de formation. « Qui est mieux placer qu’un ancien élève pour évoquer son expérience avec ses propres mots ? Sa parole est plus forte que la notre », ajoute le directeur.
A.S

Photo IFRIA. DR.

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Source : https://www.toulemploi.fr/L-apprentissage-nouvelle-version-3129