Formation professionnelle : Voie royale ou voie de garage ?

Plusieurs études récentes présentent la formation professionnelle comme LA formation « anti crise ». Afin de tenter de faire la lumière sur un modèle qui suscite toujours des réactions contraires,ToulEmploi a réuni plusieurs acteurs régionaux autour d’une table. Alors ? Voie royale ou voie de garage la formation pro ?

« Si votre enfant choisit une formation en alternance, il a deux fois plus de chances de trouver un emploi que s’il suit une formation théorique », déclarait, en février dernier, le président de la République Nicolas Sarkozy, lors d’une allocution télévisée. La formation professionnelle serait donc devenue le meilleur chemin vers l’emploi ?

Un plébiscite chez les jeunes

C’est en tous les cas ce que plusieurs études semblent démontrer, à l’instar de celle que vient de réaliser le CarifOref Midi-Pyrénées. Celle ci révèle que, sept mois après leur formation, 80% des jeunes apprentis de la région avaient déjà une solution d’insertion, soit en emploi, soit en poursuite de formation et que, dix-huit mois après, 60% d’entre eux étaient en emploi, dont une grande majorité en CDI. De quoi changer la perception des jeunes sur une voie longtemps considérée comme une voie de garage ? « Ce que nous observons, c’est que la proportion de jeunes de moins de 25 ans a beaucoup évolué à l’Afpa ces dernières années, au point de représenter d’ailleurs 25% de nos effectifs, ce qui est totalement nouveau », rapporte Isabelle Teyssandier, responsable de la communication à la direction régionale. Un changement qui nous a d’ailleurs amené à faire une enquête en fin d’année dernière pour savoir pour quelles raisons ils s’orientent désormais vers la formation professionnelle. Et ce que nous constatons, c’est que pour ces jeunes, c’est plutôt la formation initiale qui est perçue comme une voie de garage, des jeunes qui, il faut tout de même le dire, sont pour une grande majorité en échec scolaire. » Un revirement d’image qui ne se limite toutefois pas aux jeunes en difficultés. « Sur la dernière édition du salon Form’Avenir, beaucoup de Bac +5 sont venus nous voir pour se renseigner sur nos formations en alternance, indique Guillaume Médard, conseiller recrutement en alternance à l’Esarc Évolution et l’ESGC&F Toulouse. Ils ne trouvent pas de travail et savent que c’est un très bon moyen d’intégrer une entreprise. De fait, 90% de nos étudiants en alternance sont en emploi après avoir suivie une de nos formations... »

Des formations trop ciblées ?

Une opinion que partage Philippe Soursou, responsable des partenariats à Pôle emploi Midi-Pyrénées. « Dans le cadre de notre collaboration avec les Missions Locales, nous constatons en effet que, pour les jeunes, la formation professionnelle constitue un excellent moyen d’accéder à un emploi. Tout public confondu, nous enregistrons aussi de très bons résultats : 80% de taux de sortie à Pôle emploi après une formation professionnelle suivie dans le cadre de nos dispositifs d’adaptation à l’emploi, taux qui avoisine les 60% pour les autres types de formation gérés par Pôle emploi. » Si la formation professionnelle plaît autant, c’est qu’elle séduit également les dirigeants. « L’apprentissage comme le contrat de professionnalisation sont des mesures qui rencontrent un succès qui ne se dément pas avec le temps, observe Guillaume Domergue, délégué interdépartemental à l’Agefos PME Midi-Pyrénées. Je pense que les récentes mesures annoncées par Nicolas Sarkozy, en faveur de la revalorisation de l’image de l’apprentissage par exemple, vont dans le bon sens, même si une simplification des deux types de contrats me paraît nécessaire (notamment en termes d’aides financières). Les diplômes préparés en alternance se révèlent en outre souvent très ciblés et donc pas suffisamment transversaux pour certaines entreprises, notamment du secteur tertiaire. » « Je partage tout à fait votre avis, poursuit Corinne Cabanes, directrice du cabinet en ressources humaines Menway International Sud-Ouest. J’observe par exemple que pour certaines entreprises qui veulent recruter en nombre, dans l’aéronautique ou le secteur de l’énergie par exemple, il leur est difficile de trouver des formations professionnelles correspondant à leurs besoins. Une difficulté que les grands groupes du secteur banque assurance ont d’ailleurs su contourner en créant leurs propres écoles. »

Une responsabilité partagée

Pour certaines PME, avoir recours à la formation professionnelle, bien qu’intéressant, s’avère aussi compliqué, mais pour d’autres raisons. « Il leur est plus difficile de se passer d’un salarié le temps d’une formation ou encore de détacher un tuteur au suivi d’un apprenti ou d’un stagiaire », note Anne Bibet, chargée de mission emploi - formation à la Chambre de commerce et d’industrie de Région Midi-Pyrénées. « C’est pour cette raison qu’une des cibles principales des CCI reste le dirigeant, précise Myriam Godin, responsable formation continue à la CCI du Tarn. C’est une excellente clé d’entrée pour former ensuite les salariés. » « Oui, car cela leur permet de prendre conscience de l’intérêt que représente la formation pour leur entreprise et leurs salariés et ils l’intègrent alors plus facilement dans leur stratégie », renchérit Anne Bibet. « C’est en effet important car la question de la formation pro relève de la responsabilité collective, souligne Guillaume Domergue. Mais aussi de la responsabilité individuelle ! Rares sont les personnes qui feront désormais le même travail toute leur vie, or la formation professionnelle devient essentielle pour se maintenir en emploi, un aspect dont les salariés n’ont toujours pas conscience. Le Droit individuel à la formation (DIF) en est une illustration. Selon une étude du Cereq, en 2010, seuls 6% des salariés avaient utilisé ce droit, plutôt des hommes, de niveau Bac +5 et résidant dans des grandes villes... » « La formation continue est certes un élément déterminant de la sécurisation des parcours professionnelle et d’ailleurs un axe central de la réflexion qui est actuellement menée par les acteurs de la formation professionnelle, dans le cadre du CPRDF (Contrat de plan régional de développement des formations professionnelles), indique Philippe Soursou. Une logique que nous partageons, le DIF, qui peut être mobilisé pendant une recherche d’emploi, étant le dispositif qui va le plus monter en puissance cette année à Pôle emploi, avec la Préparation opérationnelle à l’emploi (POE), autre dispositif cofinancé avec les Opca qui permet de financer jusqu’à 400 heures de formation en vue d’adapter les compétences du demandeurs d’emploi aux besoins spécifiques d’un poste. »

Une question de rencontre

En dépit d’une meilleure image et des différentes mesures d’accompagnement, la formation professionnelle continue cependant à subir plusieurs freins. Corinne Cabanes note ainsi que beaucoup de jeunes candidats à l’alternance sont déçus de ne pouvoir intégrer un cursus, faute de trouver une entreprise d’accueil. « Notre rôle consiste à aider les jeunes à trouver leur formation, mais aussi à accompagner les entreprises qui ont des besoins, répond Guillaume Médard, mais il est vrai que c’est parfois plus difficile de conclure un contrat de professionnalisation qu’un contrat d’apprentissage par rapport aux aides et au salaire. Et puis il y a de plus en plus de jeunes qui veulent aller vers l’alternance aussi... » « il y a également le problème du calendrier des formations, très rigide dans le cas de l’alternance, remarque Corinne Cabanes, et puis la crainte d’investir financièrement et humainement dans la formation d’un jeune pendant deux ans et de le voir ensuite partir. Je pense à ce titre que l’instauration d’une clause de dédit formation pourrait contribuer à lever les freins. » « Lorsque l’entreprise a un vrai besoin et que le « recrutement » a bien été réalisé en amont, il n’y a pas de déperdition, estime pour sa part Anne Bibet. L’orientation est en revanche un élément déterminant de la réussite des parcours, un aspect sur lequel les Points A des CCI travaillent d’ailleurs en amont afin de minimiser les taux de rupture de contrat. » « C’est vrai que dans le cas de l’alternance, nous sommes vraiment sur du recrutement, la personne entrant d’abord dans l’emploi avant d’intégrer une formation », ajoute Isabelle Teyssandier. « L’Agefos PME Midi-Pyrénées a justement conduit deux études dans l’espoir de définir une méthode efficace pour minimiser le risque de rupture du contrat de professionnalisation. Et ce qu’il en est ressorti, c’est qu’il n’y a pas de recette magique autre que la rencontre entre le dirigeant et la personne recrutée en formation. C’est sur cette rencontre que repose ensuite la réussite ou l’échec d’un parcours. » « Autre facteur clé de réussite, le tuteur, observe Myriam Godin. En 2010 nous avons observé une augmentation des demandes des entreprises en matière de formation au tutorat soutenues par les aides de l’État en plus des prises en charge des Opca. Ces formations ont entraîné un taux de satisfaction très important. »
Ingrid Lemelle

Nos remerciements à l’équipe de la Maison Samaran, 18 place Victor Hugo à Toulouse, pour son accueil chaleureux.

Photos Frédéric Farkas. DR.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Formation-professionnelle-Voie-1756