Aéronautique, les besoins s’envolent !

Article diffusé le 18 mars 2013

Les perspectives de recrutements d’Airbus illustrent à eux seuls les besoins du secteur en Midi-Pyrénées : plus de 1.100 embauches programmées cette année à Toulouse, dont deux tiers d’ingénieurs et de professionnels des fonctions supports (marketing, finance...) et 35% de compagnons en production. Dans le sillage de l’avionneur, de nombreuses entreprises sous-traitantes recrutent elles aussi. Et forment pour ce faire. Le point sur les besoins actuels et futurs.

Midi-Pyrénées serait-elle l’exception qui confirme la règle ? Tandis que l’industrie perd chaque année des emplois en France, les effectifs du secteur restent stables, voire progressent dans notre région. Une bonne santé à mettre bien sûr au compte de l’aéronautique. Le dynamisme d’Airbus rejaillit certes sur l’ensemble de ses sous-traitants, chacun étant contraint à recruter pour accompagner les projets de l’avionneur. Un contexte favorable à l’emploi, pourvu de trouver les bons candidats...

Une pénurie à tous les niveaux

Pas facile en effet de faire face à des besoins estimés par l’Union régionale des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) à près de 9.000 postes en 2012 et 2013. « Notre enquête, qui a porté uniquement sur les PME, nous a permis de recenser ces postes qui nous ont plutôt surpris dans leurs typologies, indique Philippe Almansa, directeur emploi formation à l’UIMM Midi-Pyrénées. Si un tiers concerne des postes d’ouvriers, les entreprises ont également déclaré autant de besoins en techniciens et en ingénieurs. » Cette demande croissante en personnels qualifiés complexifie grandement la tâche des acteurs spécialisés dans le placement de candidats, à commencer par les entreprises de travail temporaire. « Non seulement les volumes augmentent, mais les demandes portent surtout sur des profils expérimentés (notamment des ajusteurs, des tourneurs, des usineurs) que nous avons de plus en plus de mal à trouver », rapporte Xavier Verlet, manager commercial du groupe Toulouse Intérim, qui compte deux agences spécialisées à Toulouse : l’une spécifique aux postes d’ouvriers et de techniciens, l’autre dédiée aux bureaux d’études et donc aux profils Bac +2 à ingénieurs. « Nous sommes également confrontés à une pénurie de personnels qualifiés qui nous conduit à investir davantage dans la formation », poursuit Sandrine Fouillaret, responsable de l’agence Enthalpia de Blagnac. Problème pour ces acteurs du marché du travail temporaire : rentabiliser l’investissement. « Nous devons renouveler perpétuellement notre sourcingr car aujourd’hui, les missions sont parfois appréhendées comme du pré-recrutement. Dès qu’un intérimaire convient, il est embauché... », observe Xavier Verlet.

Un dispositif dédié

Aerodiag est également un dispositif du Pôle emploi qui s’appuie sur la formation pour rapprocher l’offre et la demande. « Il s’agit de construire des parcours professionnalisants pour amener des demandeurs d’emplois vers des métiers de l’aéronautique, explique Jean-François Marolda, en charge du service à l’agence de Blagnac, celle-ci ayant enregistré plus de 800 offres d’emploi d’ouvriers en 2012, dont 350 d’ajusteurs monteurs. Nous sensibilisons les demandeurs d’emploi au secteur et à ses métiers, nous les confrontons aux conditons de travail, en nous appuyant sur le Kit Com de l’UIMM. Nous évaluons ensuite les aptitudes de ceux qui sont intéressés, grâce à notre Méthode de recrutement par simulation (MRS). Puis nous accompagnons les personnes qui ont besoin de formation pour accéder à un emploi identifié, et ce, jusqu’à leur placement en entreprise. Un dispositif dans lequel se sont déjà inscrits 1.200 demandeurs d’emploi en Haute-Garonne, 60% allant jusqu’au bout du processus. Plus de 90% des personnes qui suivent une formation accèdent à un emploi. » Une efficacité saluée par le directeur emploi formation de l’UIMM. « Avec Aérodiag, les demandeurs d’emploi se dirigent désormais vers les métiers par choix et plus par défaut. Les évaluations préalables permettent en outre de valider en amont les aptitudes et la motivation. Résultat, c’est vrai qu’il y a peu de défection en formation. Mais il faut reconnaître que cela reste tout de même plus difficile dans d’autres départements... A Toulouse, les postes conduisent souvent à travailler sur un avion, ailleurs, les salariés travaillent principalement en atelier, ce qui paraît souvent moins attractif... »

Une demande croissante en qualification

L’Afpa observe, elle aussi, cette montée en puissance de la formation. « Intégrateur cabine, ajusteur, chaudronnier... sont des formations qui font le plein, déclare Eric Vella, manager de formation au Campus de Balma. Nous formons ainsi 300 stagiaires par an en contrats de professionnalisation ou à l’obtention de CQPM (certificat de qualification paritaire de la métallurgie), dont 200 demandeurs d’emploi. Des cursus qui sont mis en place à la demande d’institutionnels, mais aussi de nombreuses entreprises privées. Airbus bien sûr, pour lequel nous formons notamment des chaudronniers, et beaucoup de sous-traitants qui recherchent en ce moment de nombreux ajusteurs monteurs structures, des cableurs... » Le CFAI prépare lui aussi des jeunes aux métiers de production, mais pas que ! « Sur les 1.200 jeunes apprentis que le centre forme actuellement, une quarantaine prépare un CAP, 300 un Bac professionnel, 350 un BTS et près de 480 un diplôme d’ingénieur, souligne Philippe Almansa. Cette répartition témoigne de la demande croissance en qualification, et notamment au niveau ingénieur, profil qui ne concerne plus que les grands groupes et sur lesquels nous commençons à observer une pénurie... » « Nous n’avons jamais eu autant de jeunes en apprentissage qu’aujourd’hui, confirme Cordula Barzantny, professeur associée en Management international & interculturel à la Toulouse Business School. C’est une manière de les familiariser aux spécificités du secteur, sur le plan technologique surtout, mais aussi de les fidéliser. D’ailleurs, lorsque les jeunes font leur apprentissage dans le secteur, ils y restent ! »

Une méconnaissance persistante des métiers

Encore faut-il les convaincre d’y aller ! Si l’aéronautique bénéficie d’une bonne image, ses métiers sont encore très largement méconnus. « On en fait l’expérience régulièrement, surtout avec les personnes qui viennent d’autres régions et nous déclarent »je veux travailler chez Airbus !« , sans savoir de ce qui s’y passe vraiment », rapporte Sandrine Fouillaret. Un phénomène également courant chez les jeunes qui s’inscrivent en alternance à l’Institut Supérieur Vidal : « La moitié postule chez Airbus sans avoir aucune connaissance du secteur aéronautique, d’intérêt pour l’avion en général, ni même des notions d’anglais ! », observe son directeur Dominique Bisbau. « Pour nous, le problème est un peu différent, poursuit Cordula Barzantny, le choix numéro 1 de nos étudiants se portant plutôt sur L’Oréal ! Nous avons ainsi des difficultés à attirer les jeunes vers nos programmes Aerospace Management malgré des débouchés très importants. Les doubles profils, capables d’occuper des fonctions qui se situent à l’interface de la gestion et de la technologie, sont en effet très recherchés par le secteur aérospatial. Des profils pénuriques ! Or c’est précisément ce à quoi les préparent nos programmes, les diplômés n’ayant ensuite aucune difficulté à s’insérer. » Autre problème pointé par certains participants, le savoir-être des postulants. « Chez certains jeunes, précise Xavier Verlet. Ceux-ci possèdent un vrai savoir-faire technique, mais se permettent par exemple d’arriver parfois en retard... » Des attitudes qui peuvent compliquer sensiblement le placement de certains candidats...

Un élargissement du sourcing

D’autant que les rangs des personnels qualifiés vont continuer de grossir et les besoins des entreprises diminuer... « Nous estimons que les PMI devraient créer 4.000 emplois cette année, avec un gros pic de recrutement attendu à la fin du second trimestre et au début du troisième, puis les besoins devraient passer à 2.000 embauches par an », indique Philippe Almansa, lequel ajoute que 2.200 demandeurs d’emploi ont déjà été formées en 2012... Pour pourvoir les besoins en production, les professionnels du placement envisagent également d’autres pistes de sourcing. L’arrivée sur le marché du travail de professionnels du secteur automobile laisse présager des passerelles. « Dans notre réseau (Enthalpia), nous avons en effet identifié un potentiel de candidats mobiles », déclare Sandrine Fouillaret. « Nous pourrions envisager nous aussi d’accompagner certains profils vers le secteur aéronautique, pourvu toutefois qu’ils aient suivi au préalable une formation aéronautique via des centres agréés », note Xavier Verlet. Dans certains bassins d’emplois, les débouchés intéressent également des profils plus « atypiques ». « Le taux de femmes, de seniors et de jeunes en insertion dans les entreprises du Gers ou du Lot par exemple, est en effet plus fort qu’ailleurs, car l’industrie leur donne l’opportunité de rester sur leur territoire », indique Philippe Almansa. Un vrai facteur de motivation !

Une orientation « payante »

Le salaire constitue lui aussi une bonne motivation. Pénurie oblige, les entreprises ont déjà consenti à d’importantes revalorisations ces dernières années. « Sur le métier d’ajusteur, les salaires peuvent atteindre 2.000 euros nets », témoigne Eric Vella. « La pénurie, la localisation de l’entreprise, l’évolution professionnelle... jouent en effet en faveur des salaires, mais pas forcément pour les personnes nouvellement formées, nuance Philippe Almansa. Pour ceux qui sont en poste et que le dirigeant souhaite fidéliser, la renégociation du salaire est en revanche possible. » Si le marché se révèle beaucoup moins tendu sur les profils communication et marketing, les rémunérations peuvent être elles aussi plus attractives. « Nous observons une évolution très nette du nombre d’étudiants placés en alternance chez Airbus et plusieurs sous-traitants (où la plupart restent d’ailleurs à l’issue de leur formation), et ceux qui sont chez Airbus sont effectivement mieux payés », rapporte Dominique Bisbau. Pour les diplômés de la Toulouse Business School (qui se spécialisent), les opportunités sont d’autant plus intéressantes que les carrières à l’international sont fréquentes : « Et pas seulement dans les grands groupes, souligne Cordula Barzantny. Certains de nos étudiants travaillent aujourd’hui en Allemagne et en Espagne, mais aussi au Mexique et en Asie. » A tous les niveaux et pour tous les profils, le secteur semble donc rester porteur en Midi-Pyrénées. Mais combien de temps ?

Une évolution des besoins

A terme, le « poumon aéronautique » ne risque-t-il pas de s’essouffler ? « C’est l’une de nos préoccupations bien sûr, mais la montée en puissance des cadences de production, comme la pyramide des âges, devraient continuer à soutenir le marché, répond Philippe Almansa. Les besoins vont également évoluer, en faveur des profils formés aux composites notamment. Sur les postes de préparateur assembleur, on sait par exemple que 400 postes seront à pourvoir au cours des trois prochaines années, un métier pour lequel il n’existe aucune formation initiale... » « Nous avons anticipé cette évolution en permettant déjà à 48 demandeurs d’emploi de se former au poste d’assembleur composite l’année dernière », indique Jean-François Marolda. Dominique Bisbau estime également que le secteur devrait resté favorable au placement de ses étudiants en alternance. Le secteur est par ailleurs confronté à de multiples enjeux technologiques, économiques, environnement... de même qu’à une concurrence mondiale désormais. « L’Europe va avoir plus que jamais besoin de »têtes bien faîtes«  !, en déduit Cordula Barzantny. D’ailleurs, si nous préparons dès aujourd’hui nos étudiants à relever le challenge, nous enregistrons également une demande croissante de formation de la part des cadres confirmés du secteur. Ils cherchent à l’inverse à acquérir davantage de compétences commerciales ou managériales en intégrant notre Aerospace MBA. » « Contrairement à ce qu’on pense, c’est en effet au niveau de l’ingénierie et des bureaux d’études que l’industrie aéronautique risque d’avoir le plus de problème à trouver les bons profils à l’avenir », conclut Philippe Almansa.
Ingrid Lemelle

Nous remercions la Maison Samaran, 18 place Victor Hugo à Toulouse, pour son accueil.

Photos Hélène Ressayres – ToulEco.

Réagir à cet article

Source : https://www.toulemploi.fr/Aeronautique-les-besoins-s-3185