SAP : une dynamique sapée par la crise ?

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Un château de cartes constitué de multiples acteurs (PME, grands groupes, associations, auto-entrepreneurs) aux fonctionnements et aux activités hétéroclites. C’est l’impression que donne le secteur des services à la personne qui, sept ans après le lancement du Plan Borloo, repose toujours sur des bases fragiles. Au point que la crise menace fortement l’édifice, à commencer par ses piliers, les salariés.

Une arme contre le chômage, une réponse à notre évolution démographique, un business porteur... Il y a encore peu, les services à la personne (SAP) étaient présentés comme LA solution à de multiples problèmes économiques et sociaux.

Depuis quelques mois, plusieurs décisions gouvernementales sont cependant venues fragiliser un secteur déjà vulnérable du fait des faibles marges appliquées : la suppression de l’exonération des charges sur les bas salaires (très largement répandus dans le secteur) et celle de l’abattement sur les cotisations sociales des particuliers-employeurs début 2011, et dernièrement le relèvement de la TVA de 5,5 à 7%. Des mesures qui impactent directement l’équilibre déjà précaire du secteur, et ne lui laissent alors que deux options : relever ses tarifs ou agir sur les salaires. Dans la période économique actuelle, la tentation est évidemment d’aller vers la seconde, de mettre de ce fait un frein à la dynamique de professionnalisation jugée pourtant indispensable par l’ensemble des acteurs et ainsi, de conforter les salariés dans des emplois précaires.

Un nivellement par le bas

« Certains vont être tentés de rompre le processus de professionnalisation dans lequel ils avaient engagé leurs salariés », confirme le directeur de l’Agefos PME Midi-Pyrénées (l’Opca du secteur marchand et des salariés des particuliers employeurs des SAP), Olivier Gérard. Soit près d’un tiers des entreprises en 2010, selon la dernière enquête que la Chambre de commerce et d’industrie de région (CCIR) a consacré au secteur. Pour économiser le coût des formations, mais pas seulement. D’après cette même étude, 59% des entreprises régionales fixent la rémunération de leur personnel en fonction de leurs niveaux de diplômes et/ou de leurs expériences professionnelles. Or un salarié sur trois n’a aucun diplôme. Si une partie des dirigeants continuera probablement à miser sur la professionnalisation comme facteur de différenciation, d’autres risquent donc de recourir davantage au dumping social pour soutenir leur activité.

De quoi maintenir le personnel dans une situation très fragile, mais surtout contribuer à la mauvaise image de métiers, encore trop souvent choisis par défaut et perçus comme des « petits boulots ». En Midi-Pyrénées, 87% des effectifs salariés du secteur travaillent à temps partiel, la plupart du temps, sur des plages horaires restreintes. « Ceux qui parviennent à travailler à plein temps, notamment les femmes de ménage, multiplient généralement employeurs et statuts, travaillent quelques heures pour une entreprise privée, quelques heures pour des particuliers employeurs... observe Olivier Gérard. Cela nécessite de l’organisation, de la mobilité et de l’adaptabilité. D’où l’erreur de penser que n’importe qui peut être dirigé vers les services à la personne. Cela nécessite au contraire un minimum de savoirs et de qualités. »

Un nivellement par le bas alors même que le secteur va devoir continuer à recruter. Si le ralentissement économique risque d’impacter fortement certaines activités, tels que le jardinage, l’assistance informatique, le petit bricolage... d’autres, comme la garde d’enfant et l’assistance aux personnes âgées, resteront, démographie oblige, porteurs. Quid alors de la politique que les structures adopteront pour attirer et fidéliser les nouvelles recrues ? La première action de la nouvelle convention collective que le secteur marchand a signé avant tous les autres chapitres porte sur la formation...
Ingrid Lemelle

Photo : Modafor - Fotolia.

Le goût des autres

On la voit sillonner depuis 30 ans le canton d’Aspet dans le Comminges, vêtue de sa blouse estampillée ADMR, Aide à domicile en milieu rural. Malgré les vents qui bousculent le paysage des services à la personne, Françoise Buc garde le cap : la priorité au social.

Elle ne veut pas s’arrêter, la retraite n’est pas dans son vocabulaire. Françoise Buc a tissé des liens forts avec ses patients, qui éparpillés sur plusieurs kilomètres à la ronde forment une famille élargie : « J’en connais certains depuis 25 ans ! Au départ, c’était juste pour le ménage, puis petit à petit, en vieillissant, ils souhaitent que ce soit moi qui m’occupe de leur toilette, de les coucher. » De 6h du matin, à 20h30 le soir, Françoise roule d’Izaut-de-l’hôtel à Juzet-d’Izaut, puis direction Sengouagnet, puis Aspet, retour à Izaut avant d’attaquer la colline d’Arbon. « Le plus dur c’est l’hiver ! »

Dans une équipe essentiellement féminine, Françoise regarde d’un oeil inquiet l’arrivée des jeunes, qui ne représentent qu’une minorité. « Dans les nouvelles, ça tourne beaucoup. Mais je ne leur conseille pas de faire ce métier d’aide à domicile. Moi il me plaît, mais il a changé. Aujourd’hui, nos patients, on les appelle les clients. Je ne m’y fais pas. On a moins de temps pour faire nos tâches. Moi je le prends, je fais même des choses qui ne sont pas dans mon cahier des charges, mais les jeunes s’en tiennent aux règles. Par exemple, une personne qui refuse de se laver trois jours d’affilée, on n’a plus le droit de l’obliger à faire sa toilette, c’est aujourd’hui dénoncé comme de la maltraitance ! Mais la maltraitance, c’est de la laisser ainsi, sans soins ! »

Depuis 1982, Françoise a aussi vu circuler les différentes lois, et s’élargir le réseau qui était essentiellement rural. « Nous sommes installés partout aujourd’hui, à Toulouse, à l’Isle-en-Dodon... De la Prestation Spécifique à la Dépendance, qui était récupérable sur les biens, on est passés à l’APA. Aujourd’hui ? On ne sait pas où on va. »
Dans le chemise bleue cartonnée qui ne la quitte jamais, est classé un dossier du Journal de l’action sociale : « Aide à domicile, les digues cèdent ».
Virginie Mailles Viard

Photo : Gilles Lougassi - Fotolia.

A lire également notre interview de Bruno Basset, représentant régional de la FEDESAP (la Fédération des entreprises de services à la personne) et P-dg de Viveo Services à Toulouse.

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Source : https://www.toulemploi.fr/SAP-une-dynamique-sapee-par-la-2294