Mobilité : Midi-Pyrénées doit se bouger !

Subie ou choisie ? Au national ou à l’international ? Pour progresser ou pour entretenir son employabilité ? La mobilité professionnelle revêt de multiples aspects que nos invités nous aident à décrypter. Compte-rendu de notre dernière table ronde.

Selon une étude TNS Sofres 2009, la mobilité serait très importante dans les entreprises françaises. La moitié des salariés de plus de 30 ans déclare certes avoir connu au moins une mobilité ces cinq dernières années, mobilité qui serait davantage souhaitée qu’imposée. Mais qui donc sont les candidats ?

Les jeunes surtout

« En ce qui concerne la mobilité à l’international, nous recevons environ 30% de salariés pour 70% de personnes en recherche d’emploi, répond Agnès Martorello, conseiller EURES au Pôle Emploi International de Toulouse. Bon nombre sont jeunes diplômés, mais nous accueillons aussi des professionnels des métiers de bouche ou des profils très spécialisés, amenés à travailler sur des plates-formes pétrolières par exemple. »
« Les jeunes diplômés sont par définition mobiles sur le plan géographique, confirme Dominique Bordenave, consultante mobilité internationale à l’Apec. Ils sont souvent très demandeurs d’un premier poste à l’étranger, la mobilité géographique se double alors parfois d’une mobilité fonctionnelle : un diplômé en communication marketing par exemple, acceptant très facilement d’occuper une fonction voisine, dans la vente, par exemple. »
« Sur les profils commerciaux, ce sont également les jeunes qui sont les plus mobiles, les seniors étant davantage portés sur la mobilité interne », note Florence Jeulin, manager commercial-marketing-support chez Expectra Sud-Ouest. Sauf peut-être chez Airbus, où c’est cette fois en interne que les plus jeunes se révèlent les plus mobiles. « Ceux qui ne sont pas encore engagés sur le plan familial, dans le cas des Français, observe Colline Kermarrec, Head of Mobility Task Force Project chez Airbus, ou parents de jeunes enfants pour les Anglo-saxons et les Allemands qui désirent s’installer à Toulouse. »

Une région trop attractive ?

Toulouse, et plus largement Midi-Pyrénées est-elle justement un territoire favorable à la mobilité ? Non, répondent unanimement nos invités. Car si la région attire bien sûr de nombreuses personnes (19.000 personnes chaque année), sa qualité de vie les incite ensuite à… l’immobilisme ! « Les Français n‘ont pas, en règle générale, la culture de la mobilité, mais en Midi-Pyrénées peut-être encore moins qu’ailleurs, observe ainsi Olivier Gérard, directeur de l’Agefos PME Midi-Pyrénées. Ici, les personnes ont une culture de territoires, voire de vallées, et même les plus jeunes ont du mal à changer de département... »
« Il y a un autre aspect qui freine la mobilité sur la région, c’est notre incapacité à absorber l’ensemble des nouveaux arrivants », note Corinne Cabanes, directrice du cabinet Menway International Grand Sud-Ouest. « Notre tissu économique est certes insuffisant, abonde Olivier Gérard, ce qui pose le problème de l’insertion professionnelle du conjoint lorsque la mobilité s’inscrit dans un projet familial. Dans ce cas, il faut aussi reconnaître que rien n’est fait, en dehors des dispositions prises parfois par certaines très grandes entreprises, pour faciliter l’installation des familles, qu’il s’agisse de l’inscription des enfants à l’école, de la recherche de logement… L’âge des enfants peut être également un facteur aggravant, les adolescents pouvant être à l’origine de la non-mobilité de leurs parents. » « C’est vrai qu’aujourd’hui, si les enfants refusent de bouger, les parents ne déménagent plus… », confirme Corinne Cabanes.

Préparer son départ et… son retour !

« Ces difficultés ont notamment favorisé l’émergence de l’eurocommuting, note Dominique Bordenave. Le cadre travaille alors à l’étranger tout en restant domicilié dans son pays d’origine où il retrouve régulièrement sa famille. » « C’est quelque chose que nous essayons de limiter chez Airbus, car outre son coût élevé, cette solution ne favorise pas l’intégration qui est vraiment l’enjeu de toute mobilité internationale pour nous », souligne Colline Kermarrec (à droite).
« Sans compter que la notion de projet familial est un des facteurs clés d’une mobilité réussie, insiste Corinne Cabannes (à gauche). Un aspect vraiment déterminant qui doit être validé en amont par l’entreprise, de même que le profil du candidat. Car un bon candidat à l’expatriation se juge encore plus sur sa capacité à s’adapter et à communiquer que sur ses compétences. La durée de la mission doit en outre être définie (un ou deux ans maximum), la personne accompagnée sur place (par un parrain par exemple) et enfin la question du retour envisagée. »
Autant d’aspects auxquels veille Airbus. « Conscient que l’accompagnement financier et administratif ne suffit pas, le groupe a en effet mis en place une équipe RH dédiée qui intervient, entre autres, sur cette question du retour 4 à 6 mois avant que les salariés ne reviennent dans leur pays d’origine, déclare Colline Kermarrec. Nous faisons alors un point sur leurs souhaits, leurs envies de retrouver ou pas le même poste… et ce afin que leur expérience soit positive de bout-en-bout. »

Un gage d’employabilité

« Nous incitons également les cadres que nous accompagnons dans leur projet d’expatriation à bien préparer leur retour, et ce bien avant qu’ils ne reviennent en France, note Dominique Bordenave. Il est essentiel de rester en lien avec son marché, en matière d’informations et de formation, et de continuer à construire ainsi les briques de son projet professionnel. Sans quoi, les cadres s’exposent à des difficultés une fois qu’ils ont réintégrés leur entreprise. » « C’est certain que la mobilité n’est plus un gage d’évolution et de promotion », témoigne Corinne Cabanes.
« Mais pourquoi « vendre » la mobilité ainsi, interroge Olivier Gérard. La mobilité, qu’elle soit externe ou interne, est avant tout un moyen de s’assurer un emploi durable ! » « Je suis d’accord, répond Corinne Cabanes, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’à travers le Réseau Emploi Durable (RED), nous plaidons pour que toutes les entreprises et les acteurs du territoire soient ouverts aux passerelles inter-métiers, inter-secteurs et inter-taille d’entreprises. C’est en favorisant et en soutenant la mobilité territoriale que les personnes seront en mesure de pérenniser leur emploi. Une évolution qui nécessite une vraie réflexion politique. » Et un changement de mentalités.
« Dans certaines villes médianes, être mobile est devenu une nécessité pour trouver du travail, de ce fait, la mobilité a été plus naturellement intégrée remarque ainsi Dominique Bordenave. On observe ainsi que dans certaines régions, c’est acquis… Par exemple Aurillac (Cantal) affiche un taux de chômage très faible. »

L’accompagnement et la visibilité comme leviers

En attendant, comment inciter les personnes à être plus mobiles ? « La crise a incité certaines entreprises à favoriser la mobilité interne, observe Colline Kermarrec. Le plan Power 8 nous a par exemple amené à réfléchir à la manière dont nous pourrions accompagner nos salariés dans leur démarche de mobilité et encourager nos managers à privilégier le recrutement en interne plutôt qu’en externe. Afin de mettre en adéquation l’offre et la demande et de mieux identifier les candidats potentiels, nous avons mis en place plusieurs outils comme une radio interne dédiée à la mobilité, des actions mensuelles de job-dating en France et en Europe, actions qui donnent de très bons résultats… C’est très intéressant du point de vue des salariés, mais aussi de l’entreprise qui a parfois du mal à croiser ses compétences internes avec ses besoins. La mobilité fonctionnelle constitue un enjeu tout aussi important pour l’entreprise que la mobilité à l’international. L’entreprise a parfois davantage intérêt à faire évoluer un salarié, qui a déjà la culture de l’entreprise et connait le produit, que de recruter quelqu’un qui ne sera réellement opérationnel qu’après plusieurs mois d’intégration. Je crois donc qu’au-delà de l’accompagnement, indispensable, l’entreprise doit réfléchir en amont à ses besoins en compétences pour les années à venir, afin de pouvoir donner de la visibilité aux salariés. »
« Ce qui motive un commercial à changer d’entreprise, poursuit Florence Jeulin, c’est avant tout le projet ou le challenge que présente un poste, et ce avant l’aspect rémunération. C’est une population qui a besoin de ne pas s’installer dans une routine. » « Cet aspect mobilité salariale a certes évolué, les salariés acceptant davantage de connaître des variations de rémunération au fil de leur carrière désormais », observe Dominique Bordenave.

Un passage obligé

Reste que le défi que représente la mobilité ne pourra être relevé que si les salariés ou les personnes en recherche d’emploi deviennent eux aussi acteurs. « Tous les jeunes qui aspirent à des fonctions à l’international devraient désormais envisager l’expatriation comme un passage obligé, et ce dès leurs études », conseille ainsi Dominique Bordenave. « Le Volontariat International en Entreprise est également un très bon moyen d’accéder à un poste à l’étranger (www.civiweb.com), ajoute Agnès Martorello. Le Permis Vacances Travail permet d’obtenir également rapidement un permis de travail (en un mois en général. Pour travailler au Canada notamment, pays pour lequel les quotas sont revus à la hausse chaque année, mais aussi en Australie, Nouvelle Zélande, Japon, Corée, Singapour... »
Pour les profils plus « matures », nos invités insistent sur l’importance que revêt la formation continue, seul moyen d’entretenir son employabilité et donc de pouvoir prétendre à un emploi durable et éventuellement, à des évolutions de carrière. « Le salarié est vraiment co-responsable du développement de ses compétences, notion qui est malheureusement encore loin d’être intégrée », regrette Olivier Gérard. « C’est également un bon moyen pour ne pas subir, pour garder la main sur sa vie professionnelle, estime Corinne cabanes. Il appartient à chacun de construire son avenir professionnel, avenir qui passera invariablement, et pour tout le monde désormais, par une mobilité, qu’elle soit interne, externe, fonctionnelle, territoriale… »
Vous savez donc ce qui vous reste à faire… Bougez !
Ingrid Lemelle

Photos Hélène Ressayres - DS Média.

Merci à l’équipe de l’hôtel du Grand Balcon pour son accueil chaleureux.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Mobilite-Midi-Pyrenees-doit-se-1072