L’intérim peut-il être une solution de redémarrage pour les entreprises ?

L’Occitanie compte environ 800 agences d’intérim et emploie près de 2000 collaborateurs. Frappé de plein fouet par la crise du Covid-19, le secteur mettra du temps à retrouver son activité normale, selon Joël Evrard, président de Prism’emploi Occitanie.

L’arrêt brutal de l’activité économique a eu un impact majeur sur tous les secteurs. Quelles ont été les conséquences pour l’intérim ?
Nous avons été très durement touchés dès le 16 mars. De façon générale, une baisse de 75% a été constatée au niveau national. Elle est plus proche de 90% en Occitanie. Cela s’explique par le fait que l’industrie, hors aéronautique, y est moins développée que dans d’autres régions. La région enregistre par ailleurs une forte présence du BTP qui s’est arrêté brutalement, tout comme le tourisme et la restauration. Le secteur a continué à fonctionner pour quelques transports, notamment la messagerie. Enfin, l’intérim médical a été énormément sollicité pour trouver des personnels soignants (+ 56% au niveau national selon le baromètre Mistertemp’group*, NDLR).

Que représente l’intérim en temps normal dans la région ?
Pour vous donner une idée, en mai 2019, cela correspondait à 55.000 équivalents temps pleins. Au premier jour du confinement, nous devions compter entre 7000 et 10.000 personnes tout au plus en mission. Aujourd’hui, nous redémarrons, notamment grâce au BTP. Nous sommes déjà revenus à 30% de notre activité. Cela reste faible, mais c’est encourageant.

Comment s’est organisé le secteur pendant cette période ?
Beaucoup de nos collaborateurs ont été en chômage partiel ou en télétravail, mais nous avons quand même eu un travail énorme, notamment pour traiter la mise en chômage partiel de tous nos intérimaires. Ceux qui étaient en contrat le 16 mars ont été placés en chômage partiel pour la période de leur contrat. Nous avons aussi des collaborateurs intérimaires en CDI dans nos agences d’emploi, qui ont été eux aussi placés en chômage partiel pour la durée de l’inactivité.

Vous êtes par ailleurs directeur d’exploitation du groupe Oxygène. Quel impact a eu cette crise pour vous ?
L’ensemble de nos managers d’agence était en télétravail pour assurer le traitement et l’accompagnement des personnes suivies. Les autres étaient en chômage partiel. Oxygène a gardé une activité au siège social et nous avons profité de ce temps pour assurer la formation des collaborateurs, autour du recrutement, de l’accompagnement commercial des clients et de la gestion de l’après-coronavirus. L’idée était d’être mieux armé et de garder le lien entre les équipes.

L’État souhaite encourager la reprise économique au plus vite. L’intérim peut-il être une solution de redémarrage pour les entreprises ?
Elles peuvent s’appuyer sur l’intérim à condition qu’il n’y ait pas de chômage partiel sur les postes en question. Il est possible qu’au vu de la conjoncture, les engagements en CDI soient regardés avec beaucoup plus de prudence : l’intérim peut alors servir de sas avant d’y voir plus clair. Malgré tout, la reprise économique sera dure.

Pour quelles raisons ?
Il y a eu une mise à l’arrêt brutale. Tout va redémarrer pour honorer les commandes passées mais, pendant trois mois, aucune affaire n’a été conclue. Il risque d’y avoir un décalage de deux ou trois mois dans le business et aucune commande à honorer. En fonction de la durée des chantiers ou de production, la plupart des entreprises risquent de connaître un creux d’activité dans six mois, huit mois ou un an. Il faudra aussi compter avec l’effet deuxième tour des municipales, notamment dans le BTP.

Quels secteurs auront le plus recours à l’intérim dans les premiers mois ?
Le BTP a clairement besoin de reprendre une partie de ses intérimaires. L’industrie moyenne et légère recommence aussi à faire appel à nous. Dans l’agriculture, je n’ai pas constaté un gros recours à l’intérim, malgré la hausse au niveau national (+ 18% selon le baromètre Mistertemp’group, NDLR).

Avez-vous constaté des craintes de reprendre le travail ?
La peur, qui existe, ne fait pas le poids par rapport aux besoins et à l’envie de reprendre le travail. Tous sont impatients. Il y a eu un énorme travail réalisé pour les intérimaires sur la sécurité. C’est un point très sensible. Le ministère du Travail a édité une fiche de santé spécifique Intérimaire, dans laquelle l’ensemble des préconisations est détaillé.
Propos recueillis par Paul Périé

*Baromètre Mistertemp’group de l’emploi intérimaire du 16 mars au 7 mai 2020

Sur la photo : Joël Evrard, président de Prism’emploi Occitanie. Photo Hélène Ressayres ToulEmploi.

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Article réalisé dans le cadre du hors-série annuel « Qui recrute dans votre région ? », en vente en kiosque ou sur notre boutique en ligne.

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Source : https://www.toulemploi.fr/L-interim-peut-il-etre-une-solution-de-redemarrage-pour-les,28879