L’alternance rattrape son retard

Pour sa première table-ronde, ToulEmploi a choisi de faire le point sur l’alternance, conviant pour ce faire différents acteurs. Organisation patronale, OPCA, chambre consulaire, cabinet de ressources humaines, organismes de formation, entreprise… tous sont de ferveurs défenseurs de l’alternance. Mais pourquoi ?


Il y a encore peu, bon nombre d’entreprises étaient intarissables sur ses mérites, à commencer par l’opportunité qu’elle leur offrait de pouvoir former les jeunes à leurs besoins spécifiques. Qu’il s’agisse de contrats de professionnalisation ou d’apprentissage, l’alternance présente bien sûr toujours les mêmes attraits (voire plus), sauf que la crise est passée par là, calmant du même coup l’enthousiasme des dirigeants.

35.000 jeunes de moins

Olivier Gérard, Directeur de l'AGEFOS PME Midi-Pyrénées« C’est particulièrement le cas dans les petites entreprises, dans lesquelles la baisse d’activité a généré beaucoup de destructions d’emplois cachées, observe Olivier Gérard, directeur de l’AGEFOS PME Midi-Pyrénées. Or ce sont traditionnellement les plus petites structures qui ont le plus recours à l’alternance, notamment les entreprises artisanales et de commerce… » Le BTP, qui recrute lui aussi beaucoup d’apprentis, a également levé le pied cette année. « Surtout sur les formations de niveau V (CAP/BEP) », précise Alain Dravigny, responsable d’affaires à l’AFPA Midi-Pyrénées. Ainsi, les statistiques de la Dares faisaient-elles état de 530.054 jeunes de 16 à 25 ans en contrat de professionnalisation ou d’apprentissage, en France en août 2009, soit… quelque 35.000 jeunes de moins qu’en août 2008 ! « Pour exemple, indique le directeur du site Occitane de Pôle emploi, Thierry Depeyre, cet été, nous avions recueillis 520 offres depuis le début de l’année, contre 680 pour la même période en 2008. »

Christophe Dubouloz, DRH de SPIE Sud-OuestUn recul qui incitait Nicolas Sarkozy à prendre différentes mesures au printemps, mais aussi à appeler les grands groupes à s’engager. Résultat, une promesse de proposer près de 24.000 contrats en alternance d’ici la fin 2010. Sur la région, SPIE Sud-Ouest (entreprise d’électricité, de Génie Climatique, de maintenance et de mécanique) fait justement partie d’un des 50 groupes qui se sont engagés. « Du CAP au Master, nous recrutons chaque année environ 150 personnes en alternance, ce qui représente 5% de notre effectif global, déclare son DRH, Christophe Dubouloz. Un investissement que nous avons maintenu en anticipation de la sortie de la crise. »

Une mobilisation à la hauteur de l’enjeu

Thierry Depeyre, directeur du site Occitane de Pôle emploiL’anticipation, un des arguments que tous les acteurs de l’emploi et de la formation cherchent aujourd’hui à faire valoir auprès des dirigeants. La Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP), qui décline en Midi-Pyrénées le Plan jeunes du gouvernement (aide à l’embauche de 1.800 euros pour les apprentis, exonération des charges pour les entreprises de onze salariés et plus...). Mais aussi les chambre consulaires, les organisations patronales, les OPCA, les organismes de formation, etc. Une mobilisation générale à la hauteur de l’enjeu. Cette année, le nombre de demandeurs d’emplois de moins de 26 ans a progressé de 30% en Midi-Pyrénées.

L’AGEFOS PME Midi-Pyrénées a amorcé sa démarche de sensibilisation dès cet été, mobilisant à cet effet sept conseillers en formation, rejoints ensuite par trois autres collaborateurs de la CGPME Midi-Pyrénées. Leur objectif, informer les dirigeants de TPE et PME, principalement sur le contrat de professionnalisation, le plus touché. En octobre, le Medef Midi-Pyrénées et la CRCI signaient à leur tour une convention. « Nous sensibilisons déjà depuis longtemps les jeunes, les parents et les enseignant à l’alternance, rappelle Daniel Thébault, président du Medef Midi-Pyrénées. Seulement aujourd’hui, c’est vrai que même si l’activité des entreprises régionales ne va pas si mal, c’est l’attentisme qui prévaut. Nous sommes donc repartis au travail, en direction des entreprises cette fois, afin de leur faire passer le message que c’est maintenant qu’il faut investir, leur rappeler qu’un jeune formé par une entreprise est un jeune employable, ou encore que l’alternance est une très bonne voie, le taux d’emploi des jeunes avoisinant tout de même les 80% au sortir de leur formation. »

Des freins économiques, mais pas uniquement

Daniel Thébault, président du Medef Midi-Pyrénées, Anne Bibet, chargée de mission emploi-formation à la Chambre Régionale du Commerce et d'Industrie Midi-Pyrénées et Aurélie Huby, développeur de l'apprentissage de la CRCI
« L’objectif de cette convention est de coordonner nos actions, ajoute Anne Bibet, chargée de mission emploi-formation à la Chambre Régionale du Commerce et d’Industrie (CRCI) Midi-Pyrénées. En plus de nos Points A (10 sur la région), qui informent les entreprises et les jeunes sur les contrats en alternance, les métiers et les formations, et les mettent en relation… nous avons cinq développeurs de l’apprentissage. Ceux qui sont rattachés à la CRCI démarchent les entreprises de 10 à 250 salariés, tandis que ceux du Medef s’orientent vers celles de plus de 250 salariés. Nous les sensibilisons enfin surtout sur l’apprentissage, alors que les OPCA informent davantage sur le contrat de professionnalisation. »

Aurélie Huby, fait partie des développeurs de l’apprentissage recrutés par la CRCI. La jeune femme nous livre son expérience du terrain : « Notre mission consiste à informer les chefs d’entreprises sur les dernières mesures mises en place pour les inciter à recruter des apprentis, mais nous devons très rapidement lever d’autres freins que le seul aspect économique. Nous constatons en effet que nombreux dirigeants continuent à percevoir l’apprentissage comme une voie de garage, que certains sont mal informés sur la diversité des formations qui peuvent être suivies (plus de 400 formations accessibles du CAP aux diplômes de l’enseignement supérieur en Midi-Pyrénées NDLR), que d’autres ont eu de mauvaises expériences par le passé ou encore ne trouvent tout simplement pas de jeunes. C’est le cas par exemple pour la formation de chaudronnier. Enfin, pour ceux qui le souhaitent, nous les accompagnons dans toutes leurs démarches, de la recherche du jeune et du centre de formation à la signature du contrat. » Un témoignage qui illustre les multiples verrous auxquels sont actuellement confrontés les partenaires.

Leurs « recettes » anti échec

Nathalie Morize, responsable du service relations entreprise d'IGS BlagnacSur l’aspect économique, nos invités concèdent qu’une formation en alternance représente certes un investissement non négligeable, « notamment le contrat de professionnalisation, qui coute environ deux fois plus cher que l’apprentissage », souligne Christophe Dubouloz, néanmoins convaincu de la pertinence d’investir maintenant. Nathalie Morize, responsable du service relations entreprise d’IGS Blagnac, observe à ce sujet que « plus la formation financée vise une qualification élevée (à partir de Bac +2), plus l’entreprise est facile à convaincre, les compétences acquises par le jeune relativisant le coût de la formation. » Ce qui pénaliserait les autres…

Concernant la perception des contrats par les dirigeants, nos invités estiment regrettable, même si leur image a évolué, l’ignorance ou les préjugés dont continuent à pâtir les formations en alternance. « Toutes nos formations, du niveau Bac à Bac +5, sont accessibles via l’alternance qui n’est pas la « dernière voie », comme l’envisagent parfois encore certains parents », fait observer Nathalie Morize. « Certains jeunes font de très beaux parcours jusqu’à obtenir des diplômes de niveau Bac + 5 », renchérit Anne Bibet, à l’image justement d’Aurélie Huby !

Afin de « sécuriser » les parcours et d’éviter les abandons et autres désagréments, tous soulignent en outre l’importance de la phase de recrutement. « La plupart des ruptures de parcours sont liées à l’indécision des jeunes par rapport au choix de la filière », juge Thierry Depeyre. Pour capter les « bons » candidats, plusieurs solutions sont évoquées. « IGS Blagnac a ouvert cette année un espace admissions à Toulouse dont l’objectif est précisément de faire du sourcing, de valider en amont le projet du jeune, de le sensibiliser également aux exigences de l’entreprise, aux exigences scolaires également, l’alternance étant vraiment la voie de l’exigence, même si c’est l’image inverse qui est souvent véhiculée… », regrette Nathalie Morize. « Une autre voie pour éviter la rupture de contrats est d’impliquer les tuteurs par le biais de formation et ainsi de valoriser cette fonction au sein de leur entreprise, note Aurélie Huby. Les développeurs de l’alternance œuvrent dans ce sens »

Un bon facteur de diversité

Alain Dravigny, responsable d'affaires à l'AFPA Midi-PyrénéesPour répondre aux besoins exprimés par ses clients, tels qu’Auchan ou Boulanger, l’AFPA travaille pour sa part avec Pôle emploi. « Leur méthode de recrutement par simulation (MRS) nous permet de détecter les bons profils », déclare Alain Dravigny. « La MRS permet de sortir des critères habituels de recrutement que sont l’expérience et le diplôme, explique Thierry Depeyre, pour se concentrer sur les habiletés nécessaires au poste de travail proposé. Nous les listons avec l’employeur et faisons ensuite passer des tests aux demandeurs d’emploi qui, s’ils les réussissent, sont embauchés. Cela donne de très bons résultats. » « L’opérationnalité gagne en effet du terrain sur le diplôme chez certains dirigeants », confirme Daniel Thébault. « L’opérationnalité et surtout la motivation », ajoute Corinne Cabanes, directrice du cabinet Menway International Grand Sud-Ouest. « Nous allons essayer cette méthode qui est un bon moyen d’élargir notre spectre de recherche (personnes plus âgées, handicapées, sans diplôme…), informe Christophe Dubouloz. Car si l’alternance nous permet de répondre à nos objectifs de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences, c’est également un facteur de diversité des profils dans l’entreprise. »

Corinne Cabanes, directrice du cabinet Menway International Grand Sud-OuestPour peu de trouver. « Le frein n’est certes pas seulement économique, rappelle Alain Dravigny, il faut également trouver les bons candidats. » Une difficulté à laquelle le cabinet Menway est parfois confronté. « Nous recrutons des apprentis de tous niveaux pour certains clients, témoigne Corinne Cabanes, or je constate que les candidats sont plus nombreux et que l’alternance fonctionne beaucoup mieux si l’entreprise est géographiquement proche du centre de formation, les jeunes se révélant très peu mobiles. » Un avis largement partagés par nos invités qui ne manquent pas d’exemples illustrant l’immobilisme des jeunes.

Autant d’obstacles que l’alternance, en recul d’environ 30% cet été, parviendra-t-elle à dépasser ? « Si les entreprises se révélaient très frileuses en début de campagne, la tendance est bien meilleure depuis quelques semaines, la différence entre 2008 et 2009, étant je pense de l’ordre de – 10% sur l’apprentissage en octobre dernier », rapporte Anne Bibet. Plus optimiste encore, Olivier Gérard estime que « d’ici la fin de l’année, nous aurons probablement signé le même nombre de contrats qu’en 2008. »

A l’occasion de la remise de leurs premiers Trophées de l’alternance, début décembre, la CRCI et le Medef devraient livrer les résultats d’une enquête chiffrée qui permettra d’en juger.
Ingrid Lemelle

Merci à l’équipe de l’hôtel du Grand Balcon pour son accueil chaleureux.

Photos Hélène Ressayres - DS Media.

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Source : https://www.toulemploi.fr/L-alternance-rattrape-son-retard-843