La mobilité est souvent la clé d’un parcours professionnel « linéaire » et évolutif. Elle permet d’adapter ses compétences, de rebondir après un licenciement ou d’accéder à des responsabilités plus importantes. Pourtant, le changement fait peur, surtout en Midi-Pyrénées, où les candidats sont nombreux lorsqu’il s’agit de s’y installer, mais rares pour ensuite « rebouger ». Les salariés, comme les demandeurs d’emploi, sont ainsi peu mobiles. Dans le même temps, de plus en plus de personnes veulent changer de vie et l’attrait pour la mobilité internationale est croissant.
Une nécessité pour « durer »
L’Agefos PME est le premier Opca financeur de la formation professionnelle en Midi-Pyrénées et Kevin Lamare, son secrétaire général, remarque que la mobilité est plus que jamais une nécessité : « Nous constatons que les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires, et que la mobilité devient commune, qu’elle soit choisie ou subie. Depuis quelques années, la sécurisation du parcours professionnel est au centre des préoccupations et elle participe de ce mouvement. C’est d’ailleurs l’esprit même des différentes réformes de la formation professionnelle de ces dernières années. Chaque salarié doit pouvoir s’approprier son parcours, afin d’être dans les meilleures conditions pour faire face à la mobilité. » Les outils et les dispositifs mis à la disposition du salarié sont de différentes natures. Kevin Lamare remarque que la création du Droit individuel à la formation, en 2003, avait justement pour objectif cette notion d’appropriation du parcours. Il a évolué en 2009, en intégrant la portabilité « Aujourd’hui le Compte personnel de formation (CPF) va encore plus loin, afin de faciliter la reconversion et la réorientation. Les Opca travaillent également à la création de passerelles fonctionnelles, mais aussi sectorielles. Par exemple, dans les Hautes-Pyrénées, les branches professionnelles des remontées mécaniques, du thermalisme et du tourisme travaillent ensemble sur les problématiques de saisonnalité. Elles facilitent les transitions d’une activité à une autre, surtout dans leur bassin d’emploi, ce qui permet ainsi de localiser l’emploi et la mobilité au sein d’une même zone géographique. »
Un attachement géographique
Pour Corinne Cabanes, dirigeante du cabinet spécialisé en ressources humaines Corinne Cabanes et Associés, les problématiques de mobilité diffèrent selon les générations. « Les jeunes ont conscience qu’ils changeront jusqu’à cinq fois de profession au cours de leur carrière, et ils sont ouverts à cette idée. Pour les « anciens », c’est moins simple. En revanche, pour tous, il y a une vraie problématique autour de la mobilité géographique. Des départements comme l’Ariège ou le Tarn-et-Garonne ont vraiment des difficultés à faire venir des candidats sur certaines compétences. Et s’ils acceptent de bouger, le conjoint demeure un frein. » Au-delà des problématiques de mobilité géographique, l’évolution de l’ensemble des métiers vers la robotique et le digital, déjà amorcée, devrait encore s’amplifier. « Il faudrait organiser des dispositifs de GPEC (Gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences) pour évoluer vers ces nouveaux métiers », constate Corinne Cabanes. « Je suis beaucoup sollicitée en ce moment pour accompagner les ressources humaines dans la transition digitale sur le versant industriel. L’un des enjeux de 2016 sera de trouver des financements pour accompagner ces projets. »
Du côté de l’intérim, l’enjeu est d’augmenter l’employabilité des personnes pour parvenir à accroître le nombre d’heures travaillées. « La formation est le levier principal, mais nous faisons face à des difficultés », constate Martine Bacqueyrisse, directrice commerciale du groupe Toulouse Intérim.
« Il faut en effet intégrer les clients dans ce processus, car l’objectif est la mise en emploi. Quant aux salariés, le comportement est très différent d’une personne à l’autre, et varie même selon les territoires. Dans certaines zones géographiques, la reconversion professionnelle est obligatoire. »
Un besoin d’accompagnement
Dominique Bisbau, le directeur de l’Institut supérieur Vidal constate, lui, que les jeunes sont de plus en plus ouverts à la mobilité sectorielle. « Certains le sont à peine leurs cursus fini. Mais nous avons en revanche des difficultés à leur faire accepter un contrat en alternance à quelques kilomètres de chez eux, et ce alors qu’il leur permettrait d’accéder à une formation gratuite et rémunérée. Ils préfèrent paradoxalement rester dans des parcours payants. Ils sont ainsi zappeurs dans leur formation mais très statiques dans leur mobilité géographique. Nous retrouvons la même problématique avec les demandeurs d’emploi que nous formons dans le cadre de Préparation opérationnelle à l’emploi. Les gens veulent travailler à proximité de chez eux. »
Alexia Simonot, chargée du développement pour la société Executive Relocations, spécialisée dans les prestations d’aide à la mobilité, travaille justement à favoriser les déplacements géographiques des salariés et à les motiver en ce sens : « Traditionnellement, les entreprises vont favoriser les déplacements professionnels en accompagnant la recherche d’un logement, et en aidant les salariés à s’installer. L’habitat est aussi important que l’emploi. Certaines gèrent même le mobilier pour les mobilités internationales ou ouvrent des hotlines pour accompagner leurs salariés dans le processus. D’autres organisent par exemple des voyages de découverte dans les régions. Mais ce qui reste compliqué, c’est de rechercher un emploi pour le conjoint. C’est souvent là que réside le principal frein aux recrutements et à la mobilité. Les ressources humaines sont donc de plus en plus sensibles à cet aspect, et nouent des partenariats dans ce sens. »
Un attrait pour l’international
En comparaison la mobilité internationale semble paradoxalement plus simple à intégrer. Le dispositif Movil’App favorise par exemple la mobilité européenne pour les jeunes issus de l’apprentissage. « Elle connaît un engouement auprès de tous les apprentis qui souhaitent faire des stages en entreprise à l’étranger après leur contrat d’apprentissage. Movil’App permet aux jeunes titulaires d’un Bac+2 ou d’un Bac+3 d’acquérir une expérience à l’étranger, et dans certains cas, de se faire ensuite embaucher dans leur entreprise d’accueil. L’objectif principal reste néanmoins de parfaire sa maîtrise d’une langue étrangère », explique Anne Bibet, responsable formation à la CCI de Midi-Pyrénées. Pour financer leur vie quotidienne, ils bénéficient de leurs indemnités chômage (après un contrat d’apprentissage) et d’une subvention de stage, financée par l’Europe via Erasmus+. Ils sont, en outre, accompagnés pour trouver leur stage. « Cette formule est mise en place dans tous les CFA des CCI Midi-Pyrénées, principalement à destination des BTS MUC, NRC, et des Bac+3 de l’EGC (École de gestion et de commerce), ainsi qu’à TBS. Les jeunes travaillent dans une entreprise qui correspond à leur diplôme, pour une véritable expérience professionnelle. Quant aux pays, nous avons développé le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Espagne, Malte et les Pays de l’Est. » La mobilité internationale n’est cependant pas réservée aux apprentis. Success Torus a, de son côté, mis en place à destination des demandeurs d’emploi un dispositif d’immersion internationale, comme le signale Corinne Cabanes. 150 formations sont ainsi proposées dans tous les secteurs. « Les personnes partent entre trois semaines et neuf mois, ce qui s’inscrit dans leur parcours de carrière. Ils apprennent la langue et les codes et découvrent de nouvelles possibilités. Nous réalisons une évaluation au départ, pour préconiser des objectifs à atteindre et mettre en place un vrai parcours. »
Des dispositifs multiples
La mobilité est-elle freinée par des dispositifs trop nombreux et difficiles à mettre en place ? « Les acteurs (Pôle emploi, CCI, Missions locales, Opca...) et les dispositifs sont effectivement multiples », constate Kevin Lamare. « On se rend compte qu’il faut faire de l’individuel pour que cela fonctionne, comme par exemple la Préparation opérationnelle à l’emploi (POE). Ce sont les dispositifs les plus individualisés qui se révèlent les plus efficaces, mais ils coûtent plus cher. Quant au CPF, il est encore en rodage et doit monter en puissance. » Tous les intervenants de la table ronde s’accordent cependant sur le fait qu’il va falloir que les entreprises s’approprient ce nouvel outil. « Le fait que les formations soient à réaliser hors du temps de travail, le soir, ou le samedi matin, complique également la donne », selon Dominique Bisbau. De plus, la formation initiale manque de prospective sur les questions de mobilité. « Pourtant, à peine sortis de l’école, certains jeunes doivent déjà changer de secteur pour trouver un emploi », reprend Kevin Lamare. « La formation professionnelle ne peut pas régler tous les problèmes de la formation initiale. Une vision à long terme, sur les besoins en compétences et ceux des territoires, est indispensable. Il aurait aussi fallu anticiper la transition numérique, il y a dix ans. » Pour Dominique Bisbau, les jeunes doivent prendre conscience de la chance qu’ils ont de pouvoir être formés gratuitement. Même si c’est « au prix » de quelques kilomètres... Pour favoriser la mobilité, Alexia Simonot met en avant les solutions collaboratives, Blablacar par exemple. « De mon côté, j’aimerais sensibiliser les enseignants à la réalité de la mobilité et de l’adaptation au travail avec le concours de certains de mes clients », poursuit Corinne Cabanes. « Midi-Pyrénées est par exemple un grand territoire agricole et beaucoup de petites entreprises qui produisent les fleurons de notre terroir peinent à recruter. »
Pour favoriser la mobilité, il faut peut-être la rendre également plus attractive, la mobilité subie restant compliquée et anxiogène. Il suffit de prendre l’exemple de la mobilité internationale, tout aussi complexe, mais qui semble plus facile à gérer. « Il faut donner envie aux jeunes et que les entreprises soient prêtes à mettre tous les moyens en place pour attirer les profils qui les intéressent », conclut Corinne Cabanes.
Agnès Frémiot
Photos : Hélènes Ressayres – ToulEmploi.

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