ToulEmploi

Publié le mercredi 14 février 2018 à 17h58min par Ingrid Lemelle

La formation continue plébiscitée en Occitanie

Tandis qu’une nouvelle réforme de la formation professionnelle se profile, une étude fait le point sur la perception et les attentes des actifs en Occitanie. Des actifs tout à fait prêts à rejoindre les bancs de l’école, pourvu que cela leur permette de sécuriser leur parcours.

76% des actifs de la région Occitanie considèrent que la formation continue est plus importante que la formation initiale pour sécuriser leur parcours. C’est l’un des principaux enseignements d’une enquête réalisée, fin 2017, auprès de 3000 personnes en France. Une étude Afpa-Ipsos qui témoigne ainsi d’une profonde évolution des mentalités. Réfractaires à l’idée de renouer avec toute forme d’apprentissage, il y a encore quelques années, dirigeants, salariés et travailleurs indépendants semblent désormais accueillir cette perspective avec enthousiasme.

80% sont prêts

Une conséquence de la crise certainement. Mais également des nombreuses mutations auxquelles sont soumises la plupart des entreprises. Mondialisation des échanges, ubérisation, révolution digitale… « le monde professionnel connaît aujourd’hui une transformation sans précédent » pose ainsi en préambule l’Afpa. Un avis que partagent 86% des actifs de la région, ces derniers se révélant cependant plus partagés lorsqu’il s’agit d’en estimer les conséquences. 26% se sentent ainsi menacés (c’est 5 points de moins que la moyenne nationale), 28% face à une opportunité, et 46% ne se prononcent pas. « Au niveau national, ceux considérant le plus cette évolution comme une menace sont les actifs de 55 ans et plus, les demandeurs d’emploi (39%), et les habitants d’agglomérations de moins de 20.000 habitants », précise l’Afpa. « A contrario, les 25-34 ans, les plus diplômés et les habitants de la région Ile-de-France sont plus nombreux à voir ces changements comme une opportunité. Les plus optimistes ? Les actifs travaillant à leur compte (34%) et les CSP + (30%). »

Les opinions divergent également lorsqu’il s’agit d’évaluer les capacités des entreprises à réagir à ces mutations. En Occitanie, 30% des actifs estiment ainsi que leur employeur n’est pas prêt, et 28% n’en ont aucune idée. Une critique ? Un constat plutôt. Rares sont d’ailleurs ceux qui se sentent personnellement armés pour y faire face. Un quart seulement des personnes interrogées. A contrario, 84% d’entre elles se déclarent prêtes à se prendre en main si leur emploi devait être en péril : à changer d’entreprise (82%) et même de métier (75%). Pour rester performants, « employables » ou tout simplement pour être en mesure renouer avec le marché du travail (voir les témoignages), huit actifs sur dix se disent disposés à faire une formation. Mais les obstacles restent nombreux.

A l’aube d’une énième réforme de la formation professionnelle, l’Afpa a donc chercher à cerner les attentes des actifs. Or ces derniers plaident avant tout pour plus de souplesse (cité à 24%). « Ils aimeraient pouvoir bénéficier d’un système prenant en compte toutes les situations professionnelles (chômage, changement de métier, évolution…) », note l’étude. 19% des personnes interrogées souhaiteraient pouvoir se former pendant leur temps de travail, 15% appellent à plus d’accessibilité, 11% veulent pouvoir choisir leur formation et leur organisme… Certaines de ces aspirations sont au cœur du vaste chantier qui mobilise actuellement le gouvernement.
Ingrid Lemelle

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Témoignages

Janine, 53 ans
« Stimulant »

« Issue d’un DUT Techniques de commercialisation, obtenu en 1984, je n’aurais pas eu la possibilité d’accéder à un poste de conseillère en formation au sein d’une école de commerce, si je n’avais pas validé un Master Ingénierie de la formation en 1997. De la même façon, c’est mon diplôme en Webmarketing, validé en 2017 à l’IAE de Toulouse, qui me permet aujourd’hui de réaliser mon nouveau projet professionnel, en tant que consultante. Se former tout au long de la vie, c’est se donner de nouveaux objectifs, s’ouvrir à de nouvelles rencontres, de nouvelles méthodes de travail, c’est sortir de sa zone de confort aussi. Et in fine, c’est acquérir de nouvelles compétences et maintenir son employabilité ! »

Marie*, 51 ans
« Vital »

« Même après 28 ans d’activité, et en ayant suivi des formations internes que j’ai toujours appréciées, je me suis vite aperçue que d’autres formations étaient nécessaires lorsqu’on perdait son emploi (au digital notamment). De plus, le marché du travail s’intéressant peu aux seniors, il m’est apparu vital de me tourner vers un nouveau statut (de salariée à indépendante) et de nouveaux métiers, et donc de suivre de nouvelles formations afin de devenir formatrice. Reste à savoir si, à terme, elles me permettront de développer mon activité… activité très difficile du fait des process compliqués (déclaration, Datadock, référencement des Opca…), des lourdes démarches nécessaires au financement, des attentes des stagiaires, de plus en plus exigeants, ou encore de la façon dont les TPE/PME appréhendent l’obligation de formation, davantage subie que souhaitée. »

Muriel*, 46 ans
« Difficile »

« Je suis assistante achats dans une PME depuis dix ans. Je n’ai jamais été augmentée… En 2012, mon supérieur hiérarchique, qui quittait la société, m’a encouragée à candidater à son poste. Ce que j’ai fait. On me l’a refusé au prétexte que je n’étais pas diplômée. Doutant de moi, j’ai demandé à suivre un bilan de compétences dans un cabinet que j’avais choisi, ce qui m’a été refusé… Je suis finalement passée par le Fongecif et j’ai payé le complément. A l’issue, il est apparu que l’évolution la plus réaliste, et réalisable, était de tendre vers le métier d’acheteur. J’ai trouvé une école formidable, et après une année particulièrement chargée (les cours avaient lieu les jeudi vendredi et samedi), j’ai obtenu un Master 1, formation là encore financée par le Fongecif. Les personnes qui m’ont accompagnée m’ont redonnée confiance en moi, je me suis transformée et suis devenue extrêmement proactive dans la conquête de mon avenir. Je souhaiterais maintenant passer mon Master 2, mais je vais devoir trouver un nouvel employeur qui m’aide à le financer… Je pense que la formation continue est nécessaire pour rester performant. Qu’elle est également essentielle à la compétitivité des entreprises. Mais tous les managers n’en ont pas conscience… et le financement peut être un frein. J’espère d’ailleurs que la réforme à venir apportera plus de moyens, et pas seulement aux jeunes. La voie de l’alternance est vraiment idéale, mais c’est difficile d’être à 85% du Smic lorsqu’on vit seule comme moi. »

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes qui ont témoigné.