Difficile d’estimer leur nombre exact, mais une chose est sûre, les emplois « en souffrance », également dits « en tension », existent par milliers en Midi-Pyrénées. Ils font même l’objet de publications trimestrielles de la Direccte depuis une dizaine d’années. La dernière révèle que l’indicateur de tension, c’est-à-dire celui qui rapporte les offres collectées par Pôle emploi aux demandes d’emploi, s’élèverait à 0,76 au second trimestre 2011 en Midi-Pyrénées, contre 0,67 il y a un an, soit une progression de 13,2%. « Ce taux est le plus élevé depuis 1997 », souligne la Direccte.
Des « malades » très variés
Des emplois qui souffrent donc d’un déficit de candidats et conduisent de ce fait de plus en plus d’entreprises à abandonner leur projet d’embauche. « Dans le cadre de notre dernière enquête emploi – formation, parue en 2011, 29% des dirigeants ont déclaré avoir été contraints à renoncer à recruter en 2010 faute d’avoir trouvé un candidat suffisamment formé ou motivé pour le poste », rapporte Anne Bibet, chargée de mission emploi-formation à la Chambre de commerce et d’industrie de région (CCIR) Midi-Pyrénées. Mais quels postes ?
« La liste est très variée et les raisons diverses : à cause par exemple du niveau de technicité demandé, des conditions de travail, d’une image dévalorisée de certains métiers, de la situation géographique de l’emploi, de sa saisonnalité... énumère Françoise Sentilles, directrice adjointe de Pôle emploi Midi-Pyrénées. La palette des métiers en tension est très large et leur poids très différent en fonction des bassins d’emploi. D’où la nécessité d’adopter des approches très spécifiques et de mener les actions d’accompagnement à l’échelle locale. »
Des secteurs en danger ?
Spécifiques à certains métiers de l’hôtellerie restauration, des services à la personne, de la santé et de l’action sociale ou de l’industrie notamment, lesquels pâtissent toujours d’un manque d’attractivité. Au point d’engager leur diagnostique vital... « Concernant l’industrie, et plus largement les métiers techniques, la cote d’alerte me paraît largement atteinte, déclare Corinne Cabanes, directrice du cabinet conseil en RH, Menway international Sud-Ouest. Même pour l’aéronautique, nous manquons aujourd’hui de candidats, et cela pour des postes de jeunes techniciens auxquels on propose 50 Keuros par an ! Et c’est la même chose dans l’énergie, secteur qui recrute pourtant beaucoup. » « Maintenance, usinage et même aéronautique c’est vrai, nous observons un manque d’appétence pour tous les métiers techniques, confirme Isabelle Teyssandier, responsable communication de l’Afpa Midi-Pyrénées. Nous essayons de capter le public en misant sur l’ouverture, en invitant les jeunes à découvrir la réalité des conditions de travail, à échanger avec des formateurs... mais c’est encore difficile. » « La priorité, c’est en effet de donner envie, estime Françoise Sentilles, et cela passe automatiquement par une meilleure connaissance des secteurs et des métiers. »
Changer de regard et tester
Pôle emploi multiplie pour ce faire les informations collectives « métiers » avec divers partenaires. « C’est le cas avec certains de nos adhérents des secteurs des services à la personne et de la restauration rapide, deux secteurs qui sont de très gros pourvoyeurs d’emplois », indique Laurence Meinvieille, conseillère emploi-formation à l’Agefos PME Midi-Pyrénées.
Autre initiative, à destination cette fois de l’hôtellerie-restauration. « Nous avons mis en place des Clubs Qualité qui permettent aux jeunes de tester les métiers avant de signer un contrat d’apprentissage », indique Anne Bibet. Pour se frotter à la réalité, les demandeurs d’emploi ont également à leur disposition la Méthode de recrutement par simulation (MRS) de Pôle emploi, laquelle permet de vérifier qu’on possède les habilités nécessaires au poste proposé, l’Evaluation en milieu de travail ou encore la Préparation opérationnelle à l’emploi.
« Nous avons mobilisé ces dispositifs pour des enseignes de la restauration rapide avec de bons résultats », témoigne Laurence Meinvieille. « Ce sont de très bons dispositifs, insiste Françoise Sentilles, notamment parce qu’ils permettent aux nombreux demandeurs d’emploi qui s’incapacitent eux-mêmes de s’ouvrir à de nouveaux horizons. N’oublions pas que plus de 40% des personnes qui retrouvent un travail intègrent un emploi qui ne correspond pas à leur métier d’origine. Tous ces outils permettent en outre d’accompagner les employeurs en difficulté, de faire vraiment du sur-mesure, seulement ils sont encore souvent ignorés, voire peu utilisés. »
L’attractivité est une nécessité
Si nos invités estiment que jeunes et moins jeunes ont tout intérêt à porter un autre regard sur les métiers en tension, tous s’accordent également à dire que les recruteurs doivent faire la seconde partie du chemin. En matière de formation, Caroline Rago-Salvignol, directrice générale adjointe de la CCIR Midi-Pyrénées, observe par exemple que les dispositifs, « qui peuvent également constituer de bons leviers, sont assez bien connus mais peu utilisés par les entreprises régionales ». Un choix qui peut surprendre lorsque ces mêmes entreprises attribuent une partie de leurs difficultés de recrutement à la faiblesse du niveau de formation des candidats. « Dans les métiers administratifs notamment, le problème est récurrent », remarque Corinne Cabanes, qui plaide plus largement pour la mise en place de tandems senior / junior dans les entreprises qui doivent sauvegarder leurs savoir-faire.
Des entreprises auxquelles nos invités conseillent également de faire preuve d’ouverture d’esprit envers les candidats et de travailler davantage leur attractivité : conditions de travail, salaire, services (notamment pour les entreprises implantées hors Haute-Garonne), ouverture du capital, regroupement, transmission d’entreprise... sont autant de solutions évoquées pour y parvenir.
L’ouverture comme espoir de rémission
Car en dépit d’une contraction du marché de l’emploi, le volume des candidatures baisse et les difficultés de recrutement augmentent. Aujourd’hui, 41% des intentions d’embauche sont signalées difficiles, ce qui place Midi-Pyrénées au 5ème rang des régions où les tensions sont les plus fortes.
Conscients du risque encouru, certains dirigeants ont d’ailleurs déjà revu leurs positions. « La désaffection des jeunes pour les métiers techniques constitue un risque majeur pour notre région, mais aussi dans l’immédiat, une opportunité formidable pour tous ceux qui se révèlent motivés, engagés et loyaux, des qualités qui priment désormais sur la formation ! », observe Corinne Cabanes.
Certains jeunes réorientent également leurs projets. « Nous rencontrons de plus en plus de diplômés de l’enseignement supérieur qui ne trouvent pas d’emploi et souhaitent se diriger vers ces métiers porteurs, quitte à refaire une formation en alternance pour acquérir une première expérience », indique Anne Bibet. « Et puis certains emplois peuvent être abordés comme des expériences formatrices et d’excellents tremplins, remarque Laurence Meinvieille. Ce fut le cas pour la plupart des managers des enseignes de restauration rapide qui ont débuté comme simple équipiers, mais aussi pour beaucoup de personnes passées par la télé-vente par exemple, des secteurs qui requièrent des savoirs-faire transversaux, valorisables dans bien des métiers. »
Un « traitement » fait de pragmatisme donc. A prescrire au moment de l’orientation comme du recrutement !
Ingrid Lemelle
