Les « Y », une génération d’opportunités pour les entreprises

Mais qui se cache derrière cette fameuse génération Y ? Pourquoi recruter des jeunes diplômés et comment réussir à les manager afin qu’ils soient des atouts pour l’entreprise ? Oihab Allal-Chérif, enseignant chercheur à BEM (Bordeaux Management School), Marie-Françoise Pac, responsable d’équipe à l’agence Pôle emploi cadres de Toulouse, Maryse Simone, conseillère dans cette même agence, et Yannicka Kerbirio consultante pour le cabinet RH Menway Sud-Ouest ont apporté quelques éléments de réponse lors de la conférence organisée par Toulemploi et ses partenaires le 28 juin dernier à l’occasion de l’action Jeunes Ô Boulot.

La génération Y, c’est quoi au juste ? Selon Oihab Allal-Chérif, enseignant chercheur à BEM (Bordeaux Management School), il s’agit de l’ensemble des personnes qui sont nées entre 1975 et 2002 et ont grandi avec les nouvelles technologies, Internet en tête, et dont l’icône pourrait être Peter Pan pour son côté « je veux rester un enfant même passé l’âge adulte ». Méconnue des « plus anciens », la génération Y fait l’objet de nombreux préjugés qui contribuent à la dévaloriser. Les jeunes trentenaires sont en effet souvent décrits comme capricieux, impatients, ne pensant qu’à s’amuser et ayant une motivation limitée. « Ces caractéristiques ont tendance à effrayer la génération précédente, et dans le monde de l’entreprise, cela se traduit par le fait que les X n’aiment pas trop travailler avec les Y », constate Oihab Allal-Chérif. Pour le chercheur, il existe même un véritable « gap générationnel » avec d’un côté, des X « mono tâche », motivés par l’argent et qui ont besoin de coaching, et de l’autre, des Y capables de zapper d’une fonction à une autre, motivés par le confort et plus autonomes. « Parce qu’ils ont vu leurs parents se sacrifier au boulot, les Y privilégient davantage la vie personnelle que professionnelle, ajoute le spécialiste. Il s’agit également d’une génération de personnes qui ne veulent bien obéir qu’à condition qu’elles comprennent pourquoi ». D’où leur surnom Outre-Manche de « why generation ».

40% des actifs dans 5 ans

En France, cette génération Y est évaluée à 13 millions de personnes, et bien qu’elle ne représente aujourd’hui que 15% des actifs, elle devrait dépasser les 40% dans 5 ans. Un chiffre qui témoigne de la nécessité de mieux cerner ces « Y » afin de les intégrer au mieux dans le monde du travail. Car pour Oihab Allal-Chérif, malgré les apparences, ces jeunes sont de véritables opportunités pour les entreprises car ils sont flexibles, ont une forte capacité d’adaptation à des cultures différentes, sont à la pointe des nouvelles technologies, savent travailler en équipe et aiment relever des challenges. Pour les attirer, les entreprises usent d’ailleurs de nouveaux outils pédagogiques comme les « business games » visant à pimenter un recrutement ou une formation via un langage qu’ils comprennent bien : les jeux virtuels. « Le problème, c’est qu’ils ont essentiellement un usage ludique de l’ordinateur, estime pour sa part Yannicka Kerbirio, consultante pour le cabinet conseil spécialisé en ressources humaines Menway Sud-Ouest. Lors des entretiens, on remarque que bien souvent, les candidats ne se sont pas renseignés sur l’entreprise à laquelle ils postulent, alors que ces informations sont facilement consultables sur Internet ».

Les freins à l’embauche

Mais lors des recrutements, le vrai handicap des jeunes diplômés est leur manque d’expérience. « Les entreprises veulent le mouton à cinq pattes, et les recruteurs sont souvent déçus des jeunes qui, malgré leur motivation, manquent d’expérience », témoigne Maryse Simon, conseillère spécialisée dans l’accompagnement des jeunes à l’agence Pôle emploi cadres de Toulouse. « Il y a un décalage évident entre les formations et les besoins des entreprises, ajoute Oihab Allal-Chérif. Les jeunes développent pourtant de nombreuses compétences en dehors de leur cursus, mais qui ne sont malheureusement pas valorisées ». Pour Marie-France Pac, responsable d’équipe à l’agence Pôle emploi cadres de Toulouse, c’est le formatage des formations des écoles et universités françaises qui est un frein à l’embauche. « Contrairement à ce qu’il se fait dans les autres pays, il manque cruellement de passerelles entre les formations mais aussi entre les secteurs », déplore-t-elle. Mais pour Yannicka Kerbirio, c’est surtout le manque de combativité des jeunes qui leur fait défaut. « Les entreprises sont mal à l’aise face au risque de recrutement, alors elles ont des exigences fortes avec des candidats qui se montrent parfois trop passifs », estime-t-elle.

La "valeur confort"

Selon les observateurs, très attachée à son confort personnel, la génération Y ne serait en revanche pas très favorable à la mobilité. « Il faut attendre au moins 12 mois de chômage avant qu’ils aillent voir ailleurs car ils privilégient le cercle familial et amical au travail », témoigne Maryse Simon. Un sentiment que ne partage pas Oihab Allal-Chérif qui estime en revanche que la population de cadres est aujourd’hui « beaucoup plus mobile » qu’avant. « Notamment quand il s’agit de partir faire carrière à l’étranger », ajoute-t-il. Reste que le confort au sens large du terme est une nouvelle valeur que l’entreprise ne doit pas négliger pour attirer les jeunes. « Proposer un bon environnement de travail est devenu tout aussi important que le salaire », constate le chercheur. Un nouveau paramètre qui ne doit pas pour autant fausser la relation gagnant-gagnant entre le recruteur et le candidat. « On a parfois le sentiment que le jeune ne s’intéresse qu’à ses avantages personnels alors qu’il est aussi là pour enrichir l’entreprise », explique Yannicka Kerbirio.

« L’expérience des X d’un côté, la créativité des Y de l’autre »

Mais si les codes ont changé – depuis la façon de s’habiller à celle de communiquer -, il n’en reste pas moins que les générations X et Y vont devoir continuer à s’apprivoiser pour mieux vivre ensemble dans l’entreprise. Si certains, comme Marie-Françoise Pac, estime qu’il faut qu’il y ait un transfert de compétences des X vers les Y, Oihab Allal-Chérif penche davantage pour une mise en avant intelligente de leurs différences. « Ces deux générations sont complémentaires, et pour que ça marche, il faut qu’elles s’apportent l’une l’autre, l’expérience des X d’un côté, la créativité des Y de l’autre », conclut le chercheur pour qui le décloisonnement des générations peut être une véritable source d’opportunités pour les entreprises. A bon entendeur...
Julie Duquenne

Sur la photo (de gauche à droite) : Yannicka Kerbirio, consultante pour le cabinet conseil en ressources humaines Menway Sud-Ouest, Marie-Françoise Pac, responsable d’équipe à l’agence Pôle emploi cadres de Toulouse, Oihab Allal-Chérif, enseignant chercheur à BEM (Bordeaux Management School) et Maryse Simone, conseillère à l’agence Pôle emploi cadres de Toulouse. DR.

1 Message

  • Juan le 28 septembre 2010 09:27

    Intéressante cette guerre des générations : les jeunes des 40, 50 et 60 ans qui ne veulent pas lâcher leurs places et les jeunes générations qui, au moins pour les 30aires, ont décidé de ne pas faire la guerre et de profiter de la vie en laissant la place à ceux qui veulent travailler... même si de haut de mes 32 ans et ayant voyagé un peu partout, j’ai pu trouver un boulot facilement dans un environnement confortable. C’est vrai, nous préférons le salaire et l’environnement à vivre QUE pour l’argent et le bling-bling. C’est notre éducation et qui nous a transmis ses valeurs ?

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Source : https://www.toulemploi.fr/Les-Y-une-generation-d-1357