Et si vous voyagiez utile...

Changer d’air ! A l’approche des vacances, tout le monde n’aspire qu’à cela. Mais pour certains, dépaysement rimera cet été avec engagement. Dans le cadre de missions de volontariat, ils mettront leurs compétences au service des autres ou en profiteront pour explorer de nouveaux horizons.

« Partir en vacances sans mettre sa conscience en vacances est un défi que tout le monde est en mesure de relever ! », estime Projects Abroad, première organisation française de volontariat international. Jeunes, salariés, dirigeants, retraités... à Toulouse, comme ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux à se mettre au service d’une cause, d’un peuple ou de l’environnement.

« Les motivations sont toujours très personnelles, mais nous observons trois constantes : l’envie d’aider, de progresser et de voyager autrement », déclare Elisa Glangeaud, directrice adjointe Projects Abroad France. Dans les domaines de l’humanitaire, l’enseignement, l’écovolontariat, des droits de l’homme, artistiques... stages ou missions suscitent l’engouement, comme l’a une nouvelle fois observé l’organisme lors de son récent passage à Toulouse (sur « La Fête de l’Emploi » organisée en mai dernier).« De 70 personnes accompagnées en 2006, nous sommes passés à un millier en 2010 », illustre Elisa Glangeaud.

Le « prix à payer » pour revenir plus « riche »

Associations laïques ou religieuses font généralement le lien entre les candidats et les besoins des pays en voie de développement. Souvent, aucune qualification particulière n’est requise, si ce n’est la motivation, mais un savoir-faire spécifique conduit certains à s’engager. C’est le cas de Béa, peintre indépendante installée à Aigrefeuille, près de Toulouse : « Lors d’un voyage au Sénégal, au printemps dernier, nous avons sympathisé avec le responsable de notre circuit, qui est également le président d’une association caritative*. Ce séjour a été un vrai coup de coeur et nous sommes restés en contact. J’ai appris qu’ils avaient construit récemment une école et que le second oeuvre restait à faire. J’ai alors proposé à mon mari, lui aussi dans le bâtiment, de troquer une partie de nos vacances contre un coup de main. Il a été d’accord et deux de nos trois enfants enthousiastes. Nous partirons donc tous les quatre en août prochain ! »

Un séjour qui sera totalement à leur charge, comme pour la plupart des personnes qui décident de s’engager dans un tel projet. Le « prix à payer » pour voyager autrement, vivre au contact des habitants, découvrir une culture, un métier, valider un projet de reconversion ou d’orientation... en un mot pour revenir plus « riche » ! Certains salariés parviennent néanmoins à se faire financer tout ou partie du côut de leur mission dans le cadre d’un congé solidaire, congé que l’entreprise peut alors intégrer dans une politique globale de développement durable ou de Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). La durée des missions est certes variable : de deux semaines à plusieurs mois. Quant aux départs, ils sont envisageables toute l’année. « Nous enregistrons un pic l’été, mais de plus en plus d’étudiants qui abandonnent leurs études mettent leur disponibilité à profit pour se tester, mûrir leur nouveau projet... », indique Elisa Glangeaud.
Ingrid Lemelle

* Plus d’infos sur www.asso-sens.org

Sur la photo : Séance de maquillage lors d’une mission caritative au Ghana. Photo Projects Abroad DR.

De l’autre côté du mur

Depuis trois ans, Françoise anime bénévolement en juillet des ateliers artistiques dans un collège privé de Bethléem en Palestine. Auprès de ces enfants, elle a appris à porter un regard différent sur la rue, la cité. Une expérience complémentaire à son métier de juriste.

Elle est juriste dans une grande entreprise toulousaine depuis plus de vingt ans. Chaque été, Françoise parraine des enfants d’une école privée de Bethléem pour l’association « Enfant de terre sainte ». Bénévole, elle part sur place, à ses frais, pendant deux semaines en juillet, pour animer des ateliers décor, théâtre, musique ou danse auprès des élèves du collège des frères de Bethléem, âgés de 8 à 15 ans. « J’ai trouvé intéressant de découvrir des enfants, chrétiens ou musulmans, élevés dans des conditions beaucoup plus difficiles qu’en France. Ils vivent de l’autre côté du mur. Il y a des coupures d’eau, parfois pendant trois jours. Ils savent que l’éducation est leur planche de salut pour pouvoir émigrer. On imagine au départ la Palestine comme un univers de terroristes, d’intégristes. On découvre des familles cultivées qui ont le sens de la fête et de l’accueil mais qui vivent dans le moment présent, faute de perspectives », explique-telle. Et cette expérience l’a amenée à porter un nouveau regard sur « les gens de là-bas » et donc aussi sur les gens d’ici. Un chemin de tolérance et d’ouverture aux autres entrepris plus facilement dans le cadre de l’association.

A la découverte des autres et d’elle-même

Elle s’est aussi découvert des capacités qu’elle ne soupçonnait pas : « J’ai dû m’adapter pour trouver sur place les matériaux nécessaires aux décors, des fils de fer, tissus auprès de commerçants locaux. Moi qui ne suis pas du tout manuelle, je me suis débrouillée pour la fabrication. » Françoise qualifie cette expérience de « respiration » par rapport à sa vie professionnelle : « Je ne fais aucun lien. C’est plutôt complémentaire. Je vis là tout ce qui n’est pas dans mon travail : une petite création artistique qui développe l’imagination, un rapport avec les enfants aussi, la découverte d’une autre culture. » Un acte citoyen, un engagement dans la société qui l’enrichissent par la rencontre avec des gens qu’elle ne croiserait jamais dans sa vie à Toulouse. « Tout est compliqué là-bas, les soins, le mur qui les isole…Voir comment ces familles de Palestine réagissent face à un quotidien difficile est aussi une vraie leçon de vie pour soi-même. »
Isabelle Meijers

Plus d’infos sur http://sites.google.com/site/enfantdeterresainte/

Sur la photo : En animant bénévolement chaque été des ateliers artistiques en Palestine, Françoise s’offre une « respiration ». Photo Hélène Ressayres - ToulEco.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Et-si-vous-voyagiez-utile-1951