Demandeurs d’emploi : Quelles formations pour quels emplois ?

Afin de pourvoir 200 à 300.000 emplois laissés vacants faute de qualification, le Premier ministre avait fait de l’entrée de 30.000 demandeurs d’emploi en formation une priorité, en juin dernier. Comment ce « plan 30.000 » s’applique-t-il dans la région Midi-Pyrénées ?

Quels secteurs comptent le plus d’emplois vacants en Midi-Pyrénées ? Comment les différents acteurs de la formation et de l’emploi se sont-ils mobilisés pour mettre en œuvre le « plan 30.000 » formations pour les demandeurs d’emploi lancé par le gouvernement ?
Annick Sénat, adjointe au directeur des opérations de Pôle emploi Midi-Pyrénées, Laurence Meinvieille, conseillère en formation chargée du développement de l’emploi à l’Agefos PME Midi-Pyrénées , Dominique Bisbau, le directeur du groupe Vidal, Bernard Petit, directeur général de Toulouse Intérim et délégué régional du Prism’emploi, et Marie-Pierre Sarret, responsable régionale Sud-Ouest de Menway Carrières, ont apporté leurs réponses lors de la dernière table ronde ToulEmploi.

Une offre ciblée

Afin de décliner le plan 30.000 en région, les acteurs de l’emploi et de la formation ont d’abord mené un travail sur le terrain afin de faire remonter les besoins en main d’œuvre des entreprises et d’identifier les métiers en tension comme le souligne Annick Sénat, adjointe au directeur des opérations de Pôle emploi. « Nous menons un travail partenarial autour des emplois vacants. Nous étudions les métiers en tension, où l’offre est supérieure à la demande. Pour les identifier, nous utilisons l’enquête Besoins en main d’œuvre et nos équipes de terrain nous font remonter les besoins des agences locales. Nous croisons notre analyse avec celle des branches pour plus d’efficacité dans les achats de formation et nous essayons dans la mesure du possible d’anticiper les besoins. Nous avons ainsi une vision macro par bassin d’emploi sur la fréquence des besoins et les difficultés spécifiques de chaque secteur. Nous avons identifié quinze métiers en tension, parmi lesquels le personnel de cuisine arrive en tête, ce qui bat en brèche l’image de la région Midi-Pyrénées centrée autour de l’industrie. » Les postes sont ainsi à pourvoir en priorité dans les services à la personne (18%), le commerce (15%), l’hôtellerie-restauration (13%), l’industrie (11%), les services aux entreprises (10%) et le transport et la logistique (8%). Ces six secteurs comptent à eux-seuls pour 73% des offres. « Cependant, il faut garder à l’esprit qu’ils n’ont pas toujours besoin de recours à la formation. Ainsi pour l’industrie, nous devons créer un vivier, tandis que pour la vente et les services, une adaptation au poste de travail peut s’avérer suffisante », reprend Annick Sénat. Quant aux secteurs géographiques concernés, « pour l’industrie, les bassins d’emploi sont très ciblés en Midi-Pyrénées autour de Toulouse, Tarbes, dans la Mécanic Vallée dans l’Aveyron et le Lot autour de Decazeville et Figeac et dans l’Ariège. Nous manquons de gens dans les fichiers pour répondre aux offres d’emploi. Ils ne sont pas immédiatement disponibles et il faut les former pour les amener à l’industrie notamment via un CQPM ».

Des moyens renforcés

Du côté de l’Agefos PME, pour répondre au plan 30.000, les moyens humains ont été augmentés. « Nous avons recruté des développeurs destinés à identifier les besoin d’emplois dans les entreprises sur l’ensemble du territoire », indique Laurence Meinvieille, conseillère en formation chargée du développement de l’emploi à l’Agefos PME Midi-Pyrénées. Nous avons ainsi pu avoir des remontées du terrain sur ces points précis : allez-vous recruter ? sur quels métiers ? Ce qui nous permet d’identifier les besoins spécifiques en main d’oeuvre du territoire. Nous menons dans ce cadre un partenariat structuré avec Pôle emploi. Nous avons pu ainsi relevé le challenge : repérer les métiers qui recrutent afin de mettre en place l’ouverture d’une offre de formation pour les métiers en tension. » « Le préfet de Région a réuni en ce sens à la Préfecture au mois de juillet les acteurs de l’emploi et les partenaires sociaux pour partager notre vision », souligne Annick Sénat. « Grâce à ce travail de fond et au croisement des observatoires emploi et des analyses de Pôle emploi, nous avons ainsi pu établir une offre de formation pour répondre au plan 30.000 », complète Laurence Meinvieille. En un mois, 300 places ont été ouvertes sur tout le territoire pour les métiers dits en tension destinés à des offres non pourvues.

Objectif : Emploi

« Notre objectif est de former des demandeurs d’emploi pour répondre à des offres précises, poursuit Laurence Meinvieille. En un mois, nous avons mobilisé les organismes de formation qui ont été très réactifs pour monter une offre sur tout le territoire, même si la Haute-Garonne concentre 40% du volume. Nous avons ciblé particulièrement la restauration rapide. Nous avons également ouvert une session négociateurs en immobilier et créé 100 places sur les métiers de la vente, et autant sur les métiers relevant des services à la personne, et ce sur tout Midi-Pyrénées. Les équipes de Pôle emploi se sont fortement mobilisées afin de trouver des demandeurs qui répondent à ces projets professionnels. Les organismes de formation ont validé ensuite les profils avec derrière un objectif clairement affiché : l’emploi. Pour cela, en plus du module métier, le parcours de formation comprend aussi un module de TRE (technique de recherche d’emploi) et l’organisme de formation doit accompagner le demandeur dans le retour à l’emploi avec un objectif de 70% de placement. Dans ce sens, toute une série d’actions vont être mises en place : job dating, petits déjeuners emploi... afin d’accompagner au plus près le demandeur d’emploi dans sa recherche d’emploi. » Annick Sénat poursuit, « pendant l’été, nous avons également acheté 165 places en formation afin de pouvoir faire dès la rentrée des propositions aux demandeurs d’emploi. Tous les acteurs se sont ainsi mobilisés ».

Des formations sur-mesure

L’Institut Supérieur Vidal fait notamment partie des organismes de formation mobilisés. « Nous avons, de notre côté, répondu à l’appel d’offre de l’Agefos PME, souligne ainsi Dominique Bisbau, le directeur du groupe Vidal. Il a fallu être réactif avec des délais très courts de moins de trois semaines. Tous les relais (Agefos, Pôle emploi) ont donc été utiles et efficaces. Nous avons par exemple proposé une formation de négociateurs immobilier. Grâce à l’agence Pôle emploi dédiée, plus de 30 personnes se sont présentées pour 12 places à pourvoir. Il s’agit d’une formation exigeante de 400 heures avec des semaines de 35 heures de cours, qui nécessite un investissement personnel important. La mixité en âge des publics s’est avérée enrichissante pour nous qui n’étions pas forcément habitués à ce public. Les plus âgés ont permis aux moins de 26 ans de toucher du doigt les difficultés du marché actuel de l’emploi. » Laurence Meinvieille confirme : « La dynamique de groupe est importante et c’est un des avantages du dispositif de mixer les publics de profils divers. » « L’objectif du dispositif est également de redynamiser les personnes et de les mettre dans la bonne optique pour travailler et éventuellement, à l’issue de leur formation, de pouvoir étudier la possibilité de se dédier à un autre métier », ajoute Dominique Bisbau. « Nous recontactons systématiquement les demandeurs d’emploi à l’issue de leur formation afin de savoir s’ils sont allés jusqu’au bout de l’action, car si l’objectif est à 70% la reprise d’emploi, pour les 30% restant, une dynamique s’est créée et nous ne souhaitons pas les lâcher ensuite », constate également Annick Sénat. Une démarche d’autant plus importante que, comme le remarque Laurence Meinvieille, « la mise en place de ces 300 places a un coût : 1,1 million d’euros, ce qui représente un volume financier conséquent. Les fonds proviennent du FPSPP et d’Agefos PME, instances gérées par les partenaires sociaux, auxquels nous devons faire part des retours à l’emploi à l’issue de la formation, mais aussi au-delà puisque nous demandons aux organismes de formation un suivi jusqu’à 6 mois après la fin de formation. Ainsi nous demandons une implication forte et inhabituelle, mais majeure pour la réussite de notre action Outre ces 300 places, ce sont environ 500 formations qui ont été ouvertes sur toutes les Opca et 165 places par Pôle emploi, pour un total cumulé de 1.000 ouvertures. »

Et l’intérim dans tout ça ?

L’intérim se mobilise aussi pour la formation, mais de façon différente. Bernard Petit, directeur général de Toulouse Intérim et délégué régional du Prism’emploi en Midi-Pyrénées et Aquitaine, constate que depuis le mois de juillet la tendance est à l’amélioration. « Nous sommes tirés vers le haut par l’industrie et plus spécifiquement l’aéronautique. Mais globalement la situation est meilleure qu’en début d’année, même si la crise demeure dans le bâtiment, et plus particulièrement dans les travaux publics qui continuent leur descente aux enfers entamée depuis cinq ans. Nous nous mobilisons fortement avec les Opca pour différents projets concernant l’industrie, notamment dans le département de l’Ariège. Mais ce qu’il faut retenir de notre côté, c’est qu’à partir du mois de janvier, nous allons cotiser encore plus fortement pour la formation. Un fonds va ainsi être mis en place pour collecter 0,50% de la masse salariale. Il permettra notamment de financer la mise en formation des CDI intérimaires dans leur périodes inter-missions. Pour investir ces sommes colossales, il va nous falloir être très au fait des besoins et des métiers en tension dans l’ensemble des bassins économiques de la région. D’autant que la profession s’est engagée à créer 20.000 CDI intérimaires. »

Des parcours d’emploi sécurisés

Quant aux formations mises en place depuis le mois de juillet, Laurence Meinvieille cite deux exemples dans les services à la personne où deux diplômes, assistant de vie aux familles et assistance de vie dépendance, ont été montés. « Ils comptent des modules compétences clés, premiers secours et technique de recherche d’emploi. Ce parcours est notamment articulé avec les emplois d’avenir, avec un double objectif : trouver un emploi et terminer sa certification, car c’est un gage de qualité pour la profession, l’enjeu de ces métiers étant la professionnalisation. » Une nécessité selon Annick Sénat, car dans ces profils, les gens travaillent souvent déjà mais manquent d’heures, ils peinent donc à sortir du chômage : « Ils ont besoin de se stabiliser au delà de quelques heures par semaine. » Un constat que partage Laurence Meinvieille : « Pour les 100 places ouvertes dans le secteur du service à la personne, nous exigeons donc des contrats de 20 heures minimum à l’issue des formations. » Dans d’autres domaines, la sécurisation des parcours est également un angle majeur. « Nous avons créé une formation de skiman dans l’Ariège pour permettre aux saisonniers de travailler quelle que soit la saison », reprend Annick Sénat. De son côté Menway a opéré en étudiant les besoins du terrain. « Nous avons cherché, au delà des bassins d’emploi, à réfléchir aux besoins en termes d’environnement et d’infrastructures », indique Marie-Pierre Sarret, responsable régionale Sud-Ouest de Menway Carrières. L’Aveyron et le Gers ont des difficultés structurelles à recruter qui vont au delà de l’emploi.. » « Nous avons formé des désosseurs pareurs pour la boucherie industrielle dans l’Aveyron, indique Annick Sénat. Les collectivités nous accompagnent également pour proposer des solutions ainsi une partie d’un internat à Figeac a été transformée en foyer pour les jeunes travailleurs en 2012. »

Le calendrier du plan 30.000 en région

« La première phase a démarré en septembre / octobre avec la mise en place de l’offre, souligne Laurence Meinvieille. 25 sessions ont déjà été ouvertes par l’Agefos PME. La deuxième phase, la plus difficile, sera celle du placement. » « A nous maintenant de rendre ces dispositifs transparents pour les entreprises », abonde Annick Sénat . « Oui car les premières sorties d’emploi auront lieu en janvier et la phase active de placement dans les entreprises démarrera », répond Laurence Meinvieille. Un avis que partage Marie-Pierre Sarret : « Le marché doit être là pour que nous placions les gens. » « Désormais, toutes les conditions nécessaires sont réunies pour les choses évoluent positivement », reprend Laurence Meinvieille. Bernard Petit affiche son optimisme. « Malgré tout, le marché de l’emploi s’améliore et les choses continuent à ce rythme, nous pouvons être optimistes pour 2014. » Dominique Bisbau mise, lui, sur les partenariats. « Ils vont devoir jouer afin de nous apporter la connaissance des entreprises qui ont des besoins. » Annick Sénat conclut : « Nous allons monter en puissance dans la phase de prospection afin de pouvoir proposer des profils de demandeurs d’emploi en cours et en fin de formation aux entreprises. »
De 30.000, le plan devrait par ailleurs être porté à 70.000 au national en 2014. Soit de nouvelles opportunités pour les demandeurs d’emploi de la région.
Agnès Frémiot

Photos Hélène Ressayres - ToulEmploi.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Demandeurs-d-emploi-Quelles-formations-pour-quels-emplois,12381