Pourquoi une indemnité kilométrique pour les trajets vélos travail ?

En proposant aux entreprises de tester une indemnité kilométrique pour les salariés qui se rendent au travail en vélo, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier, souhaite établir la preuve des effets bénéfiques de cette mobilité active. Le point avec Florian Jutisz.

Florian Jutisz, vous êtes vice-président de l’association toulousaine Deux pieds deux roues et coordinateur du Plan de déplacements inter-entreprises de l’association Toulouse Ouest Partenaires, comment est née cette mesure sur l’indemnité des frais kilométriques ?
Elle s’inspire en partie d’un rapport daté de novembre dernier du ministère de l’Écologie, une étude complète qui estime l’impact en termes de coûts et de bénéfices d’un soutien financier aux salariés qui se rendent au travail à vélo. La conclusion est que le meilleur taux est celui de 25 centimes le km. Mais le PAMA, le Plan d’action de mobilité active, ne suit pas ce rapport jusqu’au bout, qui préconise de rendre cette mesure obligatoire. Il reste au stade de l’expérimentation.

En quoi consiste l’expérimentation ?
C’est assez flou, nous avons peu d’informations. Il faut chercher des entreprises déjà actives, qui ont des PDE qui fonctionnent, pour mettre en place cette indemnité. Le coordinateur interministériel du vélo a fait appel à notre fédération, la Fédération Française des Usagers de la Bicyclette (FUB), pour propager ce message, être le relais sur le terrain.

Quels sont les avantages à se rendre au travail à vélo pour le salarié ?
Si cette indemnité kilométrique est mise en place, le salarié percevra 0,25€/km, il sera donc récompensé de ses efforts. Par exemple pour un trajet de 16 km A/R, cela représente 70€/mois. Se rendre au travail à vélo, c’est l’assurance d’avoir un temps de trajet constant par rapport à celui de la circulation en voiture. Et quand on arrive, on est opérationnel. Et quand on rentre, on a fait le vide dans son esprit. C’est une activité physique qui apporte une meilleure santé. Et où l’on préserve son porte-monnaie !

Mais cela demande aussi certains efforts et quelles sont les contraintes ?
Il faut s’organiser, prendre des vêtement de rechange, avoir un équipement de pluie dans son sac, et un vélo de qualité. Et pour profiter pleinement du parcours, il faut se préparer un itinéraire qui évite les grands axes de circulation.

Et pour les entreprises, quels seront les avantages ?
Ils sont plus visibles encore. Le coût du foncier du parking sera moins élevé, puisque le vélo prend six fois moins de place qu’une voiture. Avec ce mode de transport alternatif, les entreprises ont des salariés en forme physiquement et moralement. Dans le rapport du ministère de l’Écologie, qui s’appuie sur les retours d’expérience de la Belgique, des Pays Bas et de la Suisse, il est précisé que les cyclistes ont moins d’arrêt maladie que les conducteurs de voiture.

Finalement cette mesure est une avancée qui fait entrer le vélo sur la scène socio-économique ?
Oui et ce n’est que justice, car il était ignoré des soutiens à la mobilité. Les abonnements des transports en commun sont remboursés en partie, et on peut déduire les frais kms de ses revenus. Il n’y a aucun avantage fiscal pour le vélo, il faut rééquilibrer cette situation et inciter à un mode de transport qui n’est pas source de pollution. Cette mesure va pousser les gens à réfléchir, et à faire le choix du vélo pour aller au travail.

Est-ce que ces arguments peuvent convaincre les entreprises françaises ?
Elles ont conscience de la nécessité de faire baisser l’usage de la voiture. Mais le coût immédiat de la mesure risque d’en décourager certaines.
Propos recueillis par Virginie Mailles Viard

Sur la photo : Florian Jutisz est coordinateur du Plan de déplacements inter-entreprises de l’association Toulouse Ouest Partenaires qui regroupe 24 entreprises et 17.000 salariés. Elle a reçu le trophée mobilité Or de Tisséo en 2013. Photo Hélène Ressayres - ToulEmploi.

Le coût de cette mesure est estimé à 110 millions d’euros. Il serait donc en partie compensé par une économie de soins d’environ 35 millions d’euros. Outre ses bienfaits sur la qualité de l’air et la santé, le vélo est un secteur à fort potentiel qui génère chaque année 4,5 milliards de retombées économiques et représente 35.000 emplois.

3 Messages

  • NOUVEL le 18 mars 2014 10:32

    l’idée n’est pas mauvaise en soi mais existe-d’il des garages à vélo au centre ville ?
    où personne ne vous le vol ?

    sans être un vélo de luxe même le police ne donne aucune garantie, aucun droit à son propriétaire, pour le récupérer, en cas de vol si on le retrouve entre les mains d’une autre personne de mauvaise fois.

    Les vélos n’ont pas d’assurance à part entière en France.
    Il vous manque surtout des jours comme aujourd’hui où Tisséo fait grève.

    Et que dit Frédéric Cuvillier à ce propos

    • Seb le 18 mars 2014 14:17

      En centre ville il y a le parking du Capitole qui propose 400 places vélo sécurisées. C’est gratuit. A la gare 678 place mais payantes. Basso Cambo, Arènes Argoulets et bientôt Ramonville proposent aussi des parkings fermés.

      Après, le problème est plus en entreprise où il n’y a pas de parking sécurisé dans chacune d’elle.
      Mais le vol de vélo n’est pas une fatalité, depuis 15 ans que je circule quasi uniquement à vélo à Toulouse je n’ai jamais eu de souci de vol.... 1 bon antivol en « U » approuvé par les tests de la FUB + un antivol de cadre + vélo gravé Bicycode et je ne laisse jamais mon vélo dans un endroit isolé longtemps ni même non attaché dans le local à vélo chez moi...
      95% des volés étaient mal attachés ou avec un mauvais équipement...

      L’indemnité est du coup aussi une espèce d’assurance et peut inciter les personnes à utiliser leur vélo même si elles ont peur du vol et/ou sont mal équipées.

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  • Nicolas Tronchon de TransWay le 2 avril 2014 09:35

    Bonjour,

    Pour ma part, je pense que le vélo, mais aussi les autres modes doux doivent être considérés sur le même plan que les autres modes de transports, que ce soit professionnellement ou à titre personnel.

    La fiscalité est lourde a faire évoluer, mais nous sommes dans un cas typique d’aberration fiscale et sociale, le nouveau gouvernement devrait pouvoir s’emparer de cette situation et générer des économies !

    Il est par exemple « aberrent » voir anormale qu’un trajet en véhicule de service diesel soit dépourvu de toute fiscalité alors qu’un remboursement de trajet à vélo ne soit pas possible dans de bonnes conditions fiscales et d’équité dans l’entreprise.

    Je ne suis pour ma part pas un « pro » vélo, je défends une logique « multi modale » dans les déplacement et adapté à la demande et au besoin de tout le monde, il est important d’adapter nos modèles fiscaux à cette situation.
    C’est en en plus une formidable opportunité pour l’environnement et pour la fiscalité.

    Quelques idées pour fixer les esprits :
    * Rembourser les Km en vélo oui, mais être incitatif sur tous les modes c’est encore mieux,
    * Être incitatif pour le salarié oui mais l’être aussi pour l’employeur et la collectivité cela permettra d’équilibrer les choses,
    * Pourquoi les taxes prélevées auprès des entreprises (Versement Transport" sont-elles principalement ré-affectées au financement du titre de transport (80% du ticket est payé par la collectivité et certaine collectivités sont même passées au transport gratuit), dans ce contexte, le vélo et son entretien pourrait être remboursé par la ville :-) !
    * Le principe de vélo en Libre service très populaire aujourd’hui est reconnu comme transport public car il est collectif, pour autant le service proposé dans le cadre du déplacement domicile travail convient particulièrement au habitants du centre ville qui généralement sont des personnes à haut revenu ... A-ton fait une étude socio éco sur l’usage du VLS ? En gros l’étalement urbain pousse les bas revenu vers l’extérieur des ville et la taxation sociale ciblé pour le transport public sert une principalement une population aisée (sans stigmatiser le Bobo).

    Nous travaillons avec mon équipe sur ces sujets, vous pouvez découvrir un certain nombre de solutions pour les entreprises ici www.gotoo.eu et pour les enfants ici www.feelway.fr ...

    N’hésitez pas à commenter si mes propos vous interpellent !

    Nicolas

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Source : https://www.toulemploi.fr/Pourquoi-une-indemnite-kilometrique-pour-les-trajets-velos,13074