Comment favoriser l’emploi des seniors ?

Marie-Cécile Amauger-Lattes et Isabelle Desbarats ont co-écrit l’ouvrage « Droit de l’emploi des seniors ». Marie-Cécile Amauger-Lattes, Maître de conférences en droit à l’Université de Toulouse I Capitole, revient, dans ce cadre, sur les moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’emploi des seniors.

Pourquoi avoir choisi de consacrer un ouvrage à cette thématique ?
Il y a quelques années, nous avions été mandatées par le Conseil d’orientation des retraite pour réaliser notamment une étude portant sur les modalités de rupture des contrat des seniors. En effet, historiquement la France se caractérise par une culture de cessation anticipée d’activité des salariés, avant l’âge de la retraite.
L’idée à la base était qu’en permettant aux préretraites de se développer, il en résulterait une augmentation de l’emploi des jeunes. Mais la France est finalement l’un des pays européens qui dispose d’un des plus faibles taux d’emploi des 55/64 ans et dans le même temps d’un faible taux d’emploi des jeunes. A cela s’ajoute le problème du vieillissement de la population et de ses conséquences sur le financement de notre système de retraite. Aujourd’hui, la culture de "la préretraite à la française" est devenue intenable et favoriser l’emploi des seniors est devenu un enjeu majeur. Voilà pourquoi, nous avons souhaité faire le point sur l’ensemble des outils existants en droit du travail pour favoriser l’emploi des seniors.

Qu’en est-il en France du taux d’emploi des seniors ?
En France, le taux d’emploi des 55/64 ans est passé, entre 2000 et 2009, de 29,4% à 38,2%. Cependant, si les résultats se sont améliorés pour les moins de 60 ans, le décrochage est spectaculaire pour les 60/64 ans : en 2009, le taux d’emploi des salariés de cette tranche d’âge n’était que de 17% en France, contre une moyenne européenne de 30,3%.

Quels axes retenez-vous pour favoriser l’emploi des seniors ?
Il faut tout d’abord agir sur les ruptures de contrat liées à l’âge. Il faut limiter les possibilités de cessation anticipée d’activité. La plupart des dispositifs de préretraites publiques et conventionnelles sont aujourd’hui fermés. Ceux qui demeurent sont principalement liés à l’état de santé des bénéficiaires (préretraites amiante, préretraites pénibilité, carrières longues et personnes lourdement handicapés).
Dans le même ordre d’idée, il faut encadrer les mises à la retraite d’office. Ainsi, l’âge à partir duquel un employeur peut décider seul de la mise à la retraite du salarié est fixé à 70 ans.

Vous évoquez également le maintien dans l’emploi des seniors, comment le mettre en place ?
Il passe tout d’abord par le maintien de leur employabilité. Les salariés doivent se former tout au long de la vie, et même après 45 ans. Il faut en ce sens mobiliser et développer les outils de la formation professionnelle continue, et favoriser les actions, qu’elles soient menées à l’initiative des entreprises ou des salariés eux-mêmes.
Il convient ensuite de travailler sur l’amélioration des conditions de travail et la préservation de la santé des salariés en prévenant les risques professionnels et la pénibilité.

Quels autre leviers voyez-vous ?
Un autre élément essentiel est le retour dans l’emploi des seniors qui ont perdu leur travail. C’est peut-être le levier le plus compliqué à actionner, tant, dans le contexte actuel, les préjugés sur les chômeurs de plus de 50 ans sont forts. Il existe plusieurs outils pour le mener à bien : les contrats aidés, le tutorat ou le cumul emploi – retraite.
Propos recueillis par Agnès Frémiot

« Droit de l’emploi des seniors » par Marie-Cécile Amauger-Lattes et Isabelle Desbarats. Editions : Lamy / Collection : Axe Droit.

Sur la photo : Marie-Cécile Amauger-Lattes, Maître de conférences à l’UTI Capitole. Photo Hélène Ressayres - ToulEco.

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Source : https://www.toulemploi.fr/Comment-favoriser-l-emploi-des-2397