ToulEmploi

Publié le lundi 4 septembre 2017 à 17h57min par Ingrid Lemelle

Start-up, le nouvel Eldorado des candidats ?

Ils sont nombreux, jeunes diplômés ou salariés en poste, en quête d’aventure et de sens, à partir à l’assaut des pépites de demain. Il faut dire que les start-ups ont de solides arguments (cadre de travail idyllique, adrénaline à tous les étages…) Et quelques inconvénients…

Toulouse, fin du mois de juin, la température monte en journée autour de 35°. Au Village By CA, les startupeurs travaillent en bermuda, sans se soucier de l’opinion de leur patron, qui d’ailleurs, arbore bien souvent la même tenue. Il serait évidemment réducteur de résumer les jeunes pousses à leur cadre de travail, mais dans cet incubateur, les salariés disposent d’une salle de sport, de l’indispensable baby-foot, d’une balançoire et de multiples lieux où se poser pour réfléchir ou paresser. Voilà peut-être une des raisons qui explique que 35% des étudiants souhaitent rejoindre une start-up une fois diplômés (source étude JobTeaser décembre 2016). Delphine, 25 ans, recrutée en CDD par le Crédit Agricole pour gérer la communication des lieux, n’a d’ailleurs aucune envie de repartir travailler au siège derrière un bureau dans un cadre cloisonné. Elle envisage désormais de quitter le confort d’un CDI pour tenter sa chance dans une jeune pousse à Paris. « Si je ne tente pas l’aventure maintenant, je ne le ferai jamais. » Marion, elle, a rejoint Noova alors qu’elle venait d’obtenir son Master 2 en management. « J’ai tout de suite aimé l’esprit « venez comme vous êtes », le fait de ne pas être jugé sur les diplômes, mais sur ce qu’on peut faire. » Pour la jeune femmes, l’équipe de Noova et tous les éléments constituant l’At Home deviennent alors une seconde famille. Dans les incubateurs, les problématiques de chacun transcendent certes souvent le cadre de l’entreprise. Après avoir travaillé chez Cap Gemini, puis créé son activité en tant qu’indépendant Sylvain, 33 ans, a intégré Bleexo comme CTO (Chief technology officer). « J’apprécie la liberté qu’on me donne et l’ambiance des lieux. Si nous avons un souci, il est probable qu’il se soit déjà posé aux autres start-ups, nous nous entraidons pour le lever. »

Des salariés en quête de sens

Au-delà de la liberté et de la solidarité, les salariés de start-ups ont l’impression de donner un sens à leur travail, voire à leur existence. Nour, qui a rejoint Demooz dès sa sortie d’études, apprécie de « ne pas être qu’un numéro ». Elle cumule les casquettes de happyness officer, responsable clients et de chargée de l’événementiel. « Dans les start-ups, on peut être force de propositions, alors que dans un grand groupe, on sait par avance que nos idées n’aboutiront pas. On est aussi plus vite responsabilisé. J’avais par exemple déjà établi d’étroites relations avec des grandes comptes lorsque j’étais en stage. Par conséquent, je suis vite montée en compétences. » L’enthousiasme est partagé par les profils plus matures. Fabrice, la trentaine, a débuté dans une start-up lyonnaise, puis travaillé dans une SS2I avant d’être débauché par Apple. En janvier 2017, il rejoint MyFeelBack à Toulouse. « Les grandes entreprises fonctionnent en silo. Le potentiel de la personne n’est jamais totalement exploité. Dans une start-up, on a la liberté d’agir. Alors oui, dans une SS2I, je gagnerais probablement quatre fois plus, mais je serais aussi certainement en thérapie. » Julien est, quant à lui, salarié de Pangée. Toute l’informatique de cette start-up de l’IoT Valley repose sur ses épaules. « Ailleurs, je ne serais qu’une ressource X dotée d’une compétence Y. Je n’aurais aucune responsabilité. On me demanderait de faire des tâches unitaires, sans véritable vision sur mon travail. »

Un échange gagnant / gagnant

S’ils n’ont a priori aucune difficulté à attirer les talents, tous les fondateurs de start-up reconnaissent cependant qu’un mauvais recrutement peut avoir une incidence désastreuse sur l’avenir de leur entreprise. Geoffrey Vidal, le créateur de Demooz, déclare avoir dû apprendre deux métiers en créant sa société : le recrutement et le management. « La clé pour une entreprise en hyper croissance, c’est la maîtrise du recrutement. » « Lors des entretiens, nous sommes attentifs à l’adhésion des candidats à notre projet. Nous proposons une solution grand public et sommes ainsi sensibles aux propositions d’amélioration qu’ils peuvent faire », poursuit Benoît Vinceneux, l’un des cofondateurs de NotreSanté. « Nous ne parions pas sur un diplôme mais sur un état d’esprit, tandis que les grands groupes recherchent les meilleurs profils, autrement dit ceux qui ont le plus de compétences », ajoute Geoffrey Vidal. « Les start-ups misent sur des personnalités, qui vont bien s’interfacer les unes aux autres », constate Mélodie Cazenave, chief digital officer chez Ludilabel. Pierre Guérin, le pdg de Noova, compte lui-aussi sur un bon feeling. « Nous avons des entretiens très informels et nous cherchons des sensibilités qui vont coller avec celles de l’équipe. » Et en cas d’erreur de jugement ? Bien qu’il n’ait eu qu’à se satisfaire de ses choix jusqu’à maintenant, Geoffrey Vidal confie avoir fait sienne cette devise : « hire smart, fire fast » (recrute intelligemment, vire vite). A méditer…

Un gros investissement personnel

D’ailleurs tout n’est pas « rose » dans les start-ups, à commencer par le salaire. De nombreuses entreprises mettent cependant en avant les parts sociales – l’équity - qu’elles accordent à leurs talents et pourraient un jour leur rapporter gros. De même que les opportunités d’évolution professionnelle, plus rapides que dans un société traditionnelle. Geoffrey, le pdg de Demooz, en plaisante à peine : « Si tu veux payer le crédit de ton appartement, la start-up n’est pas faite pour toi. En revanche, si demain tu veux t’acheter une maison, c’est le bon choix ! » Stéphane Jakubyszin, le pdg de Pangée, reconnaît qu’il faut parfois consentir à faire un petit effort, mais rappelle que dès que les levées de fonds sont réalisées ou que le chiffre d’affaires augmente, les rémunérations suivent. Il ne faut pas non plus compter ses heures, tous en témoignent. Sans amertume cependant. C’est ainsi, la start-up exige de l’investissement en temps et en énergie. Difficile, dans ces conditions, de concilier parfois vie privée et professionnelle. « La start-up demande un engagement fort, entier et total », résume Julien, le CTO de Pangée. D’ailleurs, les recruteurs ne s’en cachent pas. « Ici, on ne fait pas les 35 heures, il ne faut s’attendre à travailler énormément ! », déclare Pierre Guérin. Stéphane Jakubyszin affiche, lui, une certaine souplesse sur la question. « Nous ne sommes pas psychorigides sur les horaires. Peu importe si mon salarié prend le temps d’une pause baby-foot si ça lui permet de bosser ensuite à fond. »

Attention au burn-out !

Mélodie Cazenave, qui a commencé sa carrière professionnelle dans une jeune pousse, met pourtant en garde contre la tentation de rejoindre une entreprise innovante dès sa sortie de l’école : « Certains jeunes finissent en burn-out parce qu’ils n’arrivent pas à placer le curseur. J’ai fait partie de ceux-là…. L’expérience peut s’avérer difficile, voire décevante. » Benoît Vinceneux note également que les créateurs de start-up, portés par un développement hyper rapide, en oublient parfois de manager. Pas facile donc, et pourtant, à 37 ans, Mélodie Cazenave a choisi de renouer avec cet univers. « J’apprécie cette façon de fonctionner qui colle bien avec ma personnalité : tout le monde avance dans le même sens. Nous travaillons ensemble à un projet commun. » Un univers dans lequel « tout peut être chamboulé à n’importe quel moment » observe Nour, qui l’estime de ce fait, plus adapté aux jeunes. Quant au risque d’arrêt de l’activité, inhérent à tous ces projets qui « brûlent » beaucoup d’argent, il est intériorisé par l’ensemble des salariés et des créateurs, qui le balaient souvent d’une main. « C’est marche ou crève », s’amuse Geoffrey Vidal. Les startupeurs préfèrent en général miser sur le voyage que sur la destination. Delphine, sûre d’elle, conclut en indiquant qu’il faut prendre le risque de vivre une belle aventure. Alors… prêts à vous lancer ?
Dossier Agnès Frémiot

Sur les photos : Le cadre de travail fait partie des attraits des start-up, à l’instar de celui proposé par le Village by CA, la pépinière toulousaine qui soutient des projets à fort potentiel. Photos Hélène Ressayres.