ToulEmploi

Publié le lundi 7 mars 2016 à 17h34min par Ingrid Lemelle

Serge Lemaître, directeur de Pôle emploi LRMP : « 15.000 demandeurs d’emploi bénéficieront d’un accompagnement renforcé en 2016 »

Accompagnement intensif, personnalisation des services, multiplication des conseillers dédiés aux entreprises… Pôle emploi fait évoluer son offre. Le point sur les objectifs et les moyens de la direction régionale.

Quel bilan peut-on tirer de l’évolution du marché de l’emploi tout au long de cette année 2015 en Midi-Pyrénées ?
Le taux de chômage a progressé à un niveau supérieur à celui enregistré au plan national (10,1% en Midi-Pyrénées au second trimestre, contre 9,7% en France). La demande d’emploi a également continué à augmenter, mais au même rythme cette fois que dans le reste de la France. Quant aux offres collectées par Pôle emploi, elles ont diminué d’environ 8%, particulièrement dans le bâtiment bien sûr, mais aussi l’hôtellerie-restauration ou les services à la personne et à la collectivité, qui restent paradoxalement des secteurs pourvoyeurs d’emplois.
Tous ces indicateurs doivent d’ailleurs être interprétés avec précaution. Les demandeurs d’emploi sont certes plus nombreux, mais dans le même temps, Midi-Pyrénées reste l’une des rares régions qui affiche encore une évolution positive de l’emploi salarié. Si les offres d’emploi sont en repli, c’est aussi parce qu’en période de crise, la mobilité des salariés est moindre et les entreprises reçoivent davantage de candidatures spontanées.
Nous n’assistons donc pas à une diminution drastique des recrutements, le volume de déclarations préalables à l’embauche restant de l’ordre de 1,6 million (Intérim compris) dans la région en 2014. Le dynamisme du marché de l’emploi demeure une réalité en Midi-Pyrénées, seulement le manque de visibilité intime toujours les recruteurs à la prudence. Qui privilégient, de ce fait, les contrats de courtes durées…

Quels sont justement les secteurs qui recrutent toujours ?
L’industrie, aéronautique et plus largement la métallurgie, continue à soutenir le marché de l’emploi, notamment l’intérim. Les services à la personne (santé, action sociale…) et aux entreprises (transport, logistique, informatique…) également. Et puis, le commerce, même si nous observons un certain fléchissement depuis quelques mois.
2015 devrait s’inscrire dans une même tendance. Et l’évolution de la demande, elle, devrait continuer à progresser, mais à un rythme beaucoup moins marqué, les projections nationales estimant à 1,5% la croissance de la demande d’emploi, contre plus de 5% par exemple dans notre région l’année dernière.

L’Etat, la Région, les Opca, mais aussi vous-même, Pôle emploi, avez multiplié les dispositifs ces derniers mois pour faciliter les retours à l’emploi, avec quels effets ?
En matière de contrats aidés, et plus particulièrement d’emplois d’avenir, ils ont été très nets sur la demande d’emploi des moins de 25 ans, dont l’évolution a pu ainsi être maîtrisée.
Avec le concours de tous nos partenaires, et grâce à la qualité du travail de diagnostic qui a été réalisé en amont, le « Plan 30.000 » formations prioritaires pour l’emploi, devenu « Plan 100.000 » en 2014, a également permis à davantage de demandeurs d’emploi d’accéder à des formations assorties d’emplois. Une enquête a démontré que 58% des bénéficiaires du Plan 30.000 ont par exemple retrouvé du travail en Midi-Pyrénées, contre 53% au national. Un taux qui atteint même 97% dans le cas des Préparation opérationnelles à l’emploi individuelles, contre 83% en moyenne en France.
Au niveau de la direction régionale de Pôle emploi, plusieurs actions ont par ailleurs été expérimentées avec succès, à l’instar du recrutement sans CV, ou de la mise en place de l’accompagnement différencié.

De quoi s’agit-il ?
Midi-Pyrénées a été l’une des premières régions à développer le « 100% Web », c’est-à-dire à mettre à la disposition des demandeurs d’emploi les plus à l’aise avec l’outil informatique des services leur permettant de faire leurs démarches à distance. Lancé sur les sites de Castelginest et Colomiers, en avril 2014, ce service sera proposé aux habitants du Tarn et aux demandeurs d’emploi cadres de de la Haute-Garonne, en février / mars, avant d’être prochainement déployé à l’échelle nationale.
Nous avons parallèlement renforcé le suivi des personnes qui en ont le plus besoin, tels les demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an, les seniors ou les jeunes. Grâce à une dotation du Fonds social européen, nous avons notamment augmenté le nombre de conseillers dédiés à ces derniers. Mais plus largement, ce sont 15.000 demandeurs d’emploi qui bénéficieront d’un accompagnement renforcé en 2015, en Midi-Pyrénées, contre 7000 l’année dernière.
Et pour les publics qui cumulent les difficultés d’accès à l’emploi, mais aussi des freins liés à la santé, au logement, à la situation financière… nous avons commencé à signer des conventions avec certains Conseil généraux pour associer nos compétences et apporter des réponses globales. Midi-Pyrénées se distingue là encore, puisque sur 18 départements qui avaient signé une convention fin 2014, quatre se situaient dans la région. Je pense que d’ici mars prochain, sept des huit départements proposeront cet accompagnement global.
Cette approche différenciée des publics s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la convention tripartite 2015-2018, que viennent de signer Pôle emploi, l’Etat et l’Unédic.

Pouvez-vous nous en rappeler les grands axes ?
Le premier porte sur un démarrage plus précoce et plus précis de l’accompagnement, grâce à une amélioration du diagnostic de la situation du demandeur d’emploi. Le second consiste à doubler d’ici la fin 2017, le nombre de bénéficiaires d’accompagnements intensifs, c’est-à-dire renforcé, global ou intensif pour les jeunes. Un objectif que Pôle emploi Midi-Pyrénées pourrait atteindre dès cette année. L’offre de services 100% web sera, je l’ai dit, généralisée pour les demandeurs d’emploi volontaires. Nous aurons par ailleurs, davantage de moyens pour innover et apporter des réponses spécifiques à des besoins identifiés à l’échelle de certains publics ou bassins d’emploi. Nous avons par exemple initié des actions en partenariat avec la société Wimoov ou l’AIL 46, dans le domaine de la mobilité. Dans les Hautes-Pyrénées, le Gers, le Lot, et prochainement l’Ariège, les demandeurs d’emploi présentant des freins à la mobilité pourront bénéficier de services : transports ponctuels, aide au permis de conduire, prêt ou réparation de véhicule, logement pour les saisonniers… Le but est vraiment de continuer à inscrire notre action au plus près des territoires.
Nous allons également adapter notre offre aux besoins des demandeurs d’emploi exerçant une activité réduite subie, que nous voyons par définition, moins souvent que ceux qui n’ont aucune activité, et qui sont malheureusement de plus en plus nombreux et dans une grande précarité.
Enfin, autre évolution majeure, la mise en place de conseillers dédiés principalement aux entreprises. Ils seront 180 cette année, en Midi-Pyrénées.

Quelles seront leurs missions ?
De traiter toutes les offres que nous confient les entreprises, mais aussi de faire de la prospection ciblée d’employeurs potentiels, en fonction des profils des candidats inscrits à Pôle emploi. Présents dans chaque agence, leur rôle consistera également à s’adresser aux TPE et PME, qui représentent 80% des embauches dans la région, afin de les sensibiliser à l’ensemble des services que nous pouvons leur apporter, et qu’ils méconnaissent malheureusement encore trop souvent. Certains sont assez classiques (aide à la définition de poste, à l’entretien du recrutement…), mais d’autres sont tout à fait innovants, et surtout, personnalisables, à l’image de la Méthode de recrutement par simulation (MRS). Cette innovation devrait contribuer à faire évoluer très sensiblement la qualité de nos services, car si Pôle emploi ne crée pas d’emploi, deux choses concourent au dynamisme du marché : l’accompagnement intensif des personnes en recherche d’emploi, et notre capacité à répondre rapidement aux besoins des entreprises.

Pôle emploi est également un opérateur des nouveaux dispositifs instaurés par la réforme de la formation professionnelle…
Oui, depuis le 1er janvier, les demandeurs d’emploi sont, comme tous les actifs, détenteurs d’un Compte personnel de formation, et peuvent bénéficier d’un Conseil en évolution professionnelle. Nos conseillers ont donc pour mission de les informer de leurs nouveaux droits, et dans le cas du CEP, d’assurer le service. Un outil de plus au service de notre accompagnement personnalisé.
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

Sur la photo : Serge Lemaître, directeur de Pôle emploi Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Photo DR.