ToulEmploi

Publié le lundi 25 mai 2015 à 15h08min par Ingrid Lemelle

Quelles alternatives au CDI « tradi » ?

Faute de décrocher un CDI, certains se tournent vers des dispositifs qui se révèlent d’excellentes alternatives, temporaires, transitoires ou durables. En témoignent les participants à notre dernière table ronde.

Le contrat à durée indéterminée… nombreux en rêve. De plus en plus rares sont ceux qui le décrochent… Pour 2015, les CDI ne représentent que 24% des intentions d’embauche des entreprises, selon la dernière enquête Besoins en main d’œuvre (BMO) de Pôle emploi Midi-Pyrénées. Des alternatives existent cependant, et sont parfois plus intéressantes.

Le nouveau CDI intérimaire

La première, récente, est le CDI intérimaire. Bernard Petit, président de Prism’emploi Midi-Pyrénées, revient sur l’origine de sa création : « L’accord de branche date de 2013. Nous avions initié une réflexion sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires, notamment la création d’un CDI à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays européens. En plus de la création du Fonds de sécurisation des parcours intérimaires (FSPI), qui correspond à un engagement de la profession de verser une cotisation supplémentaire pour permettre aux salariés de monter en compétences, le CDI intérimaire a donc été instauré. La profession s’est engagée à en créer 20.000 d’ici à 2017. En novembre dernier, 250 avaient été conclus, mais nous assistons depuis à un phénomène d’accélération, essentiellement chez les majors. Le principal frein, c’est a période de carence, durant laquelle le salarié intérimaire continue à être rémunéré par l’agence de travail temporaire. Elle ne doit pas durer trop longtemps… Le CDI intérimaire est donc proposé, pour l’instant, aux salariés qui ont des compétences particulières ou sont sur des missions longues : des ingénieurs, des professionnels des ressources humaines, des financiers… ou encore certains professionnels du BTP pour lesquels on enregistre une vraie pénurie, comme les grutiers par exemple. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas un levier de fidélisation. Nos salariés intérimaires les plus fidèles sont habitués à une certaine liberté et à un niveau de salaire, grâce aux indemnités de fin de mission… »

Le management de transition

Autre option, toujours dans le secteur du travail temporaire, le management de transition et l’intérim management. PageGroup, déjà présent à Toulouse, vient d’implanter à Bordeaux Michael Page Intérim Management, dont c’est précisément la spécificité. « La marque existe depuis 2006 à Lyon et Lille », souligne Pierre Lacazedieu, directeur Michael Page Toulouse. « Ses services sont de deux types : l’intérim management, pour les entreprises qui ont besoin de remplacer rapidement un cadre sur une période donnée (motif classique de l’Intérim comme le congé maternité, l’arrêt maladie ou l’accroissement d’activité), un cadre de haut niveau, directeur financier ou DRH par exemple. Et le management de transition, qui porte cette fois sur une période plus longue. Il est destiné à des dirigeants et des cadres confirmés experts dans leur domaine, qui se voient confier un projet de grande ampleur : conduite du changement, transformation organisationnelle… Nous distinguons vraiment les deux, le premier correspondant à une situation d’urgence, le second à la gestion de projets moyens ou longs termes. C’est une très bonne alternative pour les seniors en recherche d’emploi, conscients que leur expertise est un atout sur le marché du travail, mais que leur âge peut malheureusement également être un frein regrettable à la signature d’un CDI. Les entreprises, elles, sont encore nombreuses à méconnaitre le management de transition, mais nous avons commencé à en rencontrer certaines, et nous observons qu’elles sont intéressées… »

Le travail temporaire d’insertion

Intérim encore, là aussi ciblé, mais vers ceux qui possèdent à l’inverse peu ou pas de qualification :« Le travail temporaire d’insertion existe depuis une trentaine d’années, rappelle Ann Guyader, directrice d’Aidal31. Nous avons une activité d’entreprise de travail temporaire classique, mais déployons, en plus, une pédagogie et des outils particuliers en matière d’accompagnement, notre mission et notre finalité étant l’insertion, objectif sur lequel nous sommes jugés. Nous travaillons en réseau, notamment avec Pôle emploi sur le sourcing des candidats, qui nous donne un agrément de 24 mois pour chaque personne confiée. Aidal31 est une agence généraliste, mais nous avons de nombreuses missions dans le secteur du bâtiment, activité portée par les clauses d’insertion des marchés publics. En combinant travail et accompagnement, le travail temporaire d’insertion permet de lever les freins et constitue ensuite un très bon tremplin pour rebondir vers un contrat de droit commun. Nous sommes d’ailleurs souvent le dernier maillon de la chaîne qui conduit à l’insertion professionnelle, avec de belles réussites. En 2014, nous avons par exemple enregistré 68% de sorties positives, c’est-à-dire que près de sept personnes accompagnées sur dix ont conclu un CDI ou un CDD de plus de six mois, ou ont intégré un parcours de formation. »

Les groupements d’employeurs

Travailler pour plusieurs entreprises via un groupement d’employeurs, un "GE", est une autre manière d’accéder à un temps plein durable. « Les groupement d’employeurs ne sont pas nouveaux, le concept existe depuis 30 ans ; Garonne Emploi, GE toulousain, a lui été créé il y a presque15 ans maintenant, mais les GE restent encore largement méconnus des entreprises comme des salariés », regrette son directeur, Philippe Guarch Ferrer. « Le GE Garonne Emploi est une association qui regroupe aujourd’hui 32 entreprises adhérentes qui fonctionnent en réseau. Notre travail, c’est le temps partagé, c’est-à-dire l’organisation du travail de nos salariés (40 équivalents temps plein) entre plusieurs entreprises adhérentes, qui peuvent avoir des besoins saisonniers ou en compétences à temps partiel. Nos salariés ne sont surtout pas des "sous-salariés", bien au contraire. Ce sont des personnes qui possèdent des compétences transférables, dans le domaine des ressources humaines, de la gestion, de la logistique ou de la qualité par exemple. Le travail à temps partagé propose une réponse au besoin de flexibilité des entreprises, ainsi qu’au besoin de stabilité des salariés. C’est une forme concrète de flexisécurité à la française. Si l’on devait résumer, le Groupement d’Employeurs permet de construire des emplois durables au service de la compétitivité et des territoires. »

Le VIE fait tomber les frontières

Le Volontariat international en entreprise (VIE), lui, s’adresse aux jeunes de moins de 28 ans. Il leur permet d’exercer une mission d’ordre scientifique, technique ou commercial, pendant 6 à 24 mois. Une chance pour les entreprises utilisatrices de se développer à l’étranger, mais aussi pour les volontaires d’acquérir une expérience, comme en témoigne Marie-Line Laval, directrice commerciale de Laselec : « Laselec est une entreprise toulousaine spécialisée dans la fabrication de machines de marquage de câble au laser UV pour l’industrie, l’essentiel de nos clients étant à l’étranger. Le Volontariat international en entreprise est une excellente opportunité pour les sociétés, à commencer sur le plan financier, puisqu’elles sont exonérées des charges sociales et qu’en Midi-Pyrénées, la Région assume également 50% du coût restant à l’entreprise. Ubifrance, qui conclut le contrat avec le jeune, prend en outre en charge toute la partie administrative et juridique et refacture à l’entreprise une infime partie des frais administratifs. C’est donc très intéressant pour l’entreprise, à condition de bien accompagner le VIE, mais aussi pour les jeunes qui peuvent débuter ainsi leur carrière à l’international. Les jeunes bénéficient en outre d’une rémunération intéressante et non imposable. Il est d’ailleurs parfois difficile de les garder ensuite, car compliqué de s’aligner sur la rémunération perçue pendant le VIE. Nous en sommes à notre 8e VIE depuis 2003, le premier est aujourd’hui directeur des opérations de notre filiale américaine… »

L’engagement qui rend service

Autre type d’engagement, axé cette fois sur des missions d’intérêt général, le service civique. S’il ne constitue pas un emploi à proprement parler, il a démontré qu’il contribue souvent à une meilleure employabilité des "volontaires. Grégoire Husson, responsable d’Unis-Cité à Toulouse, revient sur la nature du dispositif lancé en 2010 par Martin Hirsh : « Le service civique permet à des jeunes de 16 à 25 ans quels que soient leur niveau d’études ou leur expérience professionnelle de s’engager, auprès d’une association ou d’une collectivité pour effectuer une mission d’intérêt générale de six à douze mois dans divers domaines de la solidarité, l’environnement, le culturel dont l’action humanitaire ou l’aide d’urgence. Ils reçoivent une indemnité de 573 euros net par mois, et éventuellement un complément de 100 euros sur critères sociaux. Cet engagement correspond souvent à une période de transition pour les volontaires qu’il est nécessaire de bien accompagner (ils bénéficient d’un tutorat). Ils font alors souvent une "pause" avant de reprendre leurs études ou leur recherche d’emploi. Dans le cas d’Unis-Cité, qui a été créé par trois étudiantes de l’Essec en 1994, le taux de sorties positives est de 80%. La force du dispositif, c’est qu’il est clair, que l’indemnité est la même pour tous, et qu’il peut être associé à un statut d’étudiant et/ou salarié. Les missions menées reposent sur trois piliers : éveiller la citoyenneté des jeunes, les accompagner dans la construction de leur projet d’avenir, et leur faire découvrir des secteurs d’activités et des métiers. Les volontaires développent donc de nouvelles compétences, savoir-être et savoir-faire, qu’ils pourront valoriser lors de leur recherche d’emploi. »

Le portage salarial

Autre alternative, autre cible, avec le portage salarial, réservé aux métiers de la prestation intellectuelle (et aux personnes pouvant générer un minimum de prestations, la rémunération brute minimale hors indemnité étant fixée à 2378 euros par mois pour une activité équivalent temps plein). « On nous pose souvent la question de ce qui différencie le portage salarial des autres statuts, indique Stéphane Pélégry, directeur de l’agence RH Solutions à Toulouse. Le portage salarial donne à un indépendant la faculté de faire payer à une entreprise son statut de salarié. Le porté négocie ses missions qu’il facture à travers nous, transformant ainsi ses prestations en salaire. La société de portage, qui l’emploie en CDI ou en CDD, assurant l’habillage légal. Le porté évite ainsi le Régime social des indépendants (RSI), continue à cotiser au régime général de sécurité sociale, il est perçu comme un expert extérieur à l’entreprise, ce qui facilite son intégration… bref, le portage salarial ne présente que des avantages à l’indépendant, pourvu que celui-ci sache se vendre ! Il permet en outre aux entreprises d’externaliser une partie de leur masse salariale. D’où son succès. Elles sont en effet de plus en plus nombreuses à avoir recours à l’expertise d’indépendants par ce biais. »

Travailler pour les particuliers

Enfin, dernier "modèle", l’intervention directe chez des particuliers, qui prend généralement la forme d’une multiplication de contrats avec plusieurs employeurs. L’Agefos PME rassemble cinquante branches professionnelles, dont celle de ces particuliers-employeurs, qui emploie 1,7 millions de personnes en France. « Cela représente 3,5 millions d’employeurs et 11 milliards d’euros de cotisations sociales », rappelle Olivier Gérard, directeur d’Agefos PME Midi-Pyrénées. « Il s’agit donc d’un vrai secteur, qui regroupe principalement trois types d’activités : la dépendance, la petite enfance et l’entretien du cadre de vie. Travailler pour un particulier, c’est être acteur de son emploi, mais aussi en capacité de combiner des heures avec plusieurs employeurs, voire plusieurs contrats avec une entreprise et/ou une association, et donc d’avoir parfois plusieurs statuts. Mais c’est surtout l’opportunité de faire une vraie carrière ! Le salaire moyen est de 13 euros de l’heure, ce qui est appréciable. C’est enfin bénéficier de droits au sein d’une convention collective, au même titre que tout salarié, qu’il s’agisse des congés, de la formation… Un aspect que les particuliers-employeurs peuvent parfois encore omettre… »
Ingrid Lemelle

Photos Hélène Ressayres - ToulEmploi