ToulEmploi

Publié le lundi 23 avril 2012 à 18h10min par Ingrid Lemelle

La formation peut-elle nous sauver du chômage ?

Elle est coeur du Plan d’urgence pour l’emploi adopté récemment par le gouvernement. La formation est revenue (comme souvent en période de crise…) sur le devant de la scène. Son efficacité en matière de lutte contre le chômage serait telle qu’elle pourrait devenir un passage obligé pour certains demandeurs d’emploi. Mais avec quels (...)

La formation comme solution contre le chômage. Un message que le gouvernement répète à l’envi depuis plusieurs mois. Contre le chômage des jeunes, les mesures en faveur de l’alternance ayant été renforcées à plusieurs reprises pour ce faire. Contre la menace de licenciement qui pèse sur certains salariés, invités à conclure désormais un Contrat de sécurisation professionnelle (CSP) pour éviter de passer par la case chômage. Et bientôt peut-être contre le chômage tout court, la dernière proposition de Nicolas Sarkozy visant à imposer à « toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d’emploi de choisir une formation qualifiante dans un secteur d’avenir créateur d’emploi ». Sous peine d’être radiée…

« Former plutôt que licencier »

Une proposition qui n’a pas tardé à susciter de vives réactions, le président de la Région Midi-Pyrénées Martin Malvy ayant par exemple déclaré fin février : « Désigner les demandeurs d’emplois comme responsables du chômage ou tenter de faire croire que de la seule formation dépend la solution du problème relève tout simplement de la désinformation. » Si la formation ne peut certes pas éradiquer à elle seule le chômage, du moins peut-elle être une réponse à certaines situations, non ? En matière d’apprentissage par exemple, elle fait depuis longtemps ses preuves, la dernière étude réalisée par le CarifOref Midi-Pyrénées établissant à 77% d’apprentis en emploi ou en formation sept mois après la fin de leur formation. « Former plutôt que licencier » est également un concept qui fait son chemin depuis quelques années, l’Agefos PME lui ayant même dédié un dispositif dès 2009. En partenariat avec Pôle emploi, l’Opca a financé depuis plus de 1.800 parcours de formation en Midi-Pyrénées, dans le cadre de Conventions de reclassement personnalisé (ex CSP). Là encore avec succès, puisque le taux de retour à l’emploi des personnes concernées atteignait 64% en juillet 2011. Même efficacité constatée au niveau des dispositifs proposés par Pôle emploi. La Préparation opérationnelle à l’emploi (POE) notamment, laquelle permet de faire une formation pour accéder à un emploi. Le gouvernement vient d’annoncer qu’en 2011, 84,4% des bénéficiaires avaient « transformé l’essai » en France, dont 90% en CDI. Preuve s’il en est de l’efficience de la formation. Oui, mais…

Des moyens insuffisants

Une lecture plus attentive des enquêtes révèlent aussi certaines faiblesses. On y apprend par exemple que 30% des apprentis en emploi dans la région ne travaillent pas dans le secteur pour lequel ils ont été formés. Un taux qui atteint 51% dans les métiers tertiaires de bureau. Ou encore que 56% des bénéficiaires de CRP en Midi-Pyrénées estiment que leur situation financière s’est dégradée. Et si la formation conduisait à l’emploi, mais un emploi différent de celui qu’on aimerait occuper ou moins rémunéré qu’on le souhaitait ? « Cela reste un emploi, et ce n’est pas rien par les temps qui courent », répondront d’aucun. Certes. Mais ces deux exemples illustrent pourtant les limites de la formation suivie par défaut ou sous la contrainte. « Se former pour se former n’est pas une solution, confirme Annick Sénat, directrice Support aux Opérations à Pôle emploi Midi-Pyrénées Pour qu’un parcours soit une réussite, il doit répondre d’un côté aux besoins du marché et remporter de l’autre l’adhésion totale du demandeur d’emploi, le rôle de son conseiller étant justement de vérifier que c’est bien le cas. » Une adéquation difficile. Pôle emploi finance ainsi des formations correspondant aux besoins identifiés sur le marché de l’emploi régional, lesquels besoins sont généralement corollés à une désaffection des Français pour certains métiers ou secteurs. Même lorsqu’ils sont candidats, les demandeurs d’emploi n’ont en outre aucune assurance d’accéder à une formation. Faute de moyens suffisants. Pour l’instant, en France, seuls 13% des fonds de formation bénéficient à cette cible.

« Dans le cadre du Plan d’urgence pour l’emploi, notre enveloppe formation devrait augmenter cette année », indique Annick Sénat. Avec quels effets ? La seule certitude est mathématiques. Les demandeurs d’emploi qui partent en apprentissage ou en formation sortent en effet des listes de Pôle emploi.
Ingrid Lemelle

Photo DR.

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C’est le nombre d’Actions de formations conventionnées (AFC) que Pôle emploi Midi-Pyrénées prévoit de mettre à disposition des demandeurs d’emploi pour préparer une qualification professionnelle en 2012, soit plus de 13 millions d’euros engagés sur le financement pédagogique. Elles pourront être utilisées afin de lever les freins pour l’accès à l’emploi des publics les plus en difficultés comme les jeunes, les demandeurs d’emploi de longue durée ou les bénéficiaires du RSA. 20,5% viseront à accompagner les besoins du secteur de l’hôtellerie restauration, 12,1% sur celui de la production mécanique, 11,2% du transport et de la logistique… En 2011, 6.315 demandeurs d’emploi ont bénéficié de formations, dont 3.605 AFC, 1.361 Actions de formation préalable au recrutement (AFPR) et 613 Préparation opérationnelle à l’emploi (POE).

Romain Cassagnes, une spécialisation par défaut

Le secteur bancaire recrute essentiellement des commerciaux. Une opportunité que Romain Cassagnes a décidé de saisir pour accéder à un emploi stable. En attendant de renouer peut-être avec ses premiers amours…

Le secteur bancaire, Romain Cassagnes ne l’avait jamais envisagé. « Après mon DUT Tech de Co, j’ai enchaîné plusieurs contrats dans la vente, et ça me plaisait. Et puis, je me suis retrouvé au chômage à l’issue d’un CDD dans la publicité… » Plusieurs mois de recherche d’emploi infructueuse plus tard, Romain doit pourtant se résoudre à l’évidence. « Les offres de commerciaux sont rarement publiées, les postes étant généralement pourvus par le bouche-à-oreille. »

Son conseiller Pôle emploi lui propose alors d’intégrer un tout nouveau programme. « Pôle emploi Midi-Pyrénées venait de signer un partenariat avec plusieurs banques et un Centre de formation de la profession bancaire. J’ai passé un entretien et j’ai été retenu pour faire un stage de trois mois de formation intensive. Je n’étais pas très enthousiaste, mais j’arrivais en fin de droits alors… Je me suis dit que j’avais rien n’à perdre. » Le jeune homme a au contraire tout à y gagner : un CDD, et très rapidement un CDI !

« Je travaille dans la même banque depuis deux ans, donc en cela, oui, on peut dire que la formation a été une chance, qu’elle m’a aidé à retrouver un travail et même un emploi durable. Pour autant, je ne sais pas si je resterai dans ce secteur qui n’est pas mon premier choix. C’est d’ailleurs les limites de la formation comme levier à l’emploi. Il faut tout de même qu’elle permette d’accéder à un poste dans lequel on peut s’épanouir, sinon, ça ne sert à rien. Dans le cas du stage que j’ai suivi, je sais par exemple que cinq des sept autres personnes avec qui j’étais ne sont restées au-delà de leur CDD… » Romain, lui, a préféré jouer la carte du pragmatisme.

Aujourd’hui, à 25 ans, il avoue ne pas se poser trop de questions. « Mais cela ne m’empêche pas de rester en veille. Je continue à regarder très souvent les offres et si demain, une proposition intéressante se présente, pourquoi pas ? Je sais que j’ai pris un risque, celui de m’enfermer dans un secteur, mais rester en postes plusieurs années est aussi un signe de stabilité apprécié par certains recruteurs… »
Ingrid Lemelle

Photo Hélène Ressayres - ToulEco.

Laurent Poignet, une réorientation pour changer de vie

Ouvrier devenu économiste en bâtiment par choix, Laurent Poignet est une exception qui confirme la règle : la formation qualifiante lui a ouvert une autre voie professionnelle.

Il a conscience « d’être un profil atypique et d’avoir un parcours étonnant ». « Sans expérience et après un mois dans ma nouvelle entreprise, j’ai déjà la responsabilité d’un budget de 2,5 millions d’euros ! » A l’aune de la quarantaine, Laurent Poignet, habitant de Carmaux dans le Tarn, est devenu économiste en bâtiment.

Une réorientation professionnelle qu’il a souhaitée dans un contexte peu commun à tous ceux qui l’ont accompagné lors de sa formation à l’Afpa de novembre 2010 à octobre dernier : « La plupart suivait cette formation d’économiste pour renouer avec l’emploi, raconte-t-il, ils étaient au chômage. Ce qui n’était pas mon cas. » C’est par lassitude de son métier de préparateur de commande dans une usine de profilé aluminium que Laurent Poignet décide de se trouver une nouvelle voie professionnelle. Il pousse la porte de l’Afpa à Albi, espérant postuler à une formation de métreur. Au regard de son bac scientifique, l’Afpa lui propose plutôt une formation qualifiante de niveau III, d’économiste donc, qui l’oblige à étudier pendant onze mois à Toulouse.

Laurent Poignet choisit de relever le défi et part en formation dans le cadre d’un CIF (Congé Individuel de Formation). « La formule est méconnue et peu pratiquée dans le monde ouvrier », souligne-t-il. Elle fait désormais des émules parmi ses anciens collègues : « Trois autres personnes de mon ancienne entreprise ont demandé à en bénéficier depuis mon départ », s’amuse celui qui est devenu un exemple. A peine quelques semaines après la fin de sa formation, Laurent Poignet recontacte les deux sociétés qu’il l’avait accueilli pendant ses périodes de stage. Bingo. L’une d’elles le recrute illico en CDI.

Il est désormais économiste dans une entreprise carmausine de maçonnerie qui se diversifie dans le second œuvre. D’où la création du poste qu’il occupe aujourd’hui. Un temps plein à 1.500 euros net par mois : « Sur l’année, je gagne moins qu’en tant qu’ouvrier du fait des heures de nuit et des week-ends travaillés à l’époque, et du 13e mois ; mais bon, ma vie au quotidien est totalement différente, et c’est ce à quoi j’aspirais, vraiment. »
Nathalie Malaterre

Photo Hélène Ressayres - ToulEco.