ToulEmploi

Publié le lundi 8 mai 2017 à 10h34min par Ingrid Lemelle

Informatique et numérique : un secteur programmé à recruter

Le secteur est très porteur en Occitanie. La région abrite en effet de nombreuses Entreprises de services numériques, mais aussi des start-ups qui témoignent chaque année de besoins très importants, comme plus largement, toutes les sociétés ou presque.

Qu’en est-il du marché de l’emploi en région dans ce secteur et quels sont les profils les plus recherchés ? Une enquête réalisée par le service statistiques, études et évaluation de Pôle emploi, en novembre dernier, permet, à Florence Mogé, chargée de relations entreprises à l’agence Pôle emploi Jolimont, qui se spécialise notamment dans ce secteur, de constater que le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) était de 4088 sur tous les codes Rom en lien avec l’informatique. Il est en baisse d’une centaine de personnes comparé à l’année précédente. Le secteur compte en tout 34.300 salariés dans l’ex-région Midi-Pyrénées.
Ce sont majoritairement des hommes (70%), qui habitent en Île-de-France (la région compte à elle-seule 47% de l’effectif national du secteur informatique). Ils travaillent dans une PME (73%), et ont quarante ans en moyenne. Ils exercent en CDI dans 95% des cas. Quant aux métiers les plus demandés, la réalisation de contenus multimédias arrive en première place, à égalité avec le développement informatique, puis viennent la maintenance et la bureautique. Tous codes Rom confondus, ce sont 1900 offres d’emploi qui ont été publiées en Midi-Pyrénées, dont 1500 pour le seul département de la Haute-Garonne, principalement dans l’étude et le développement informatique, la maintenance et la bureautique, et la relation commerciale. Si, certains demandeurs d’emploi ne trouvent pas de mission, malgré les besoins, c’est avant tout par manque de formation et d’information. « Le secteur informatique et numérique est marqué par une obsolescence très rapide des compétences si le candidat n’effectue pas une veille constante et ne se maintient pas », souligne Florence Mogé. « Un simple retard de six à huit mois dans l’obtention d’un premier poste peut déjà s’avérer dramatique. C’est un secteur qui va très vite. Les métiers évoluent rapidement. Il faut aussi être capable de recycler ses compétences. Nous essayons, en nous rapprochant de l’Afpa ou de l’école régionale du numérique, d’aider les candidats à qui il manque une brique de compétences (un langage par exemple) à se former. »

Un des moteurs de l’emploi cadre dans la région

Du côté de l’Apec, le constat est sans appel : un projet de recrutement sur cinq concerne l’univers du numérique ou de l’informatique. « C’est effectivement un des secteurs qui soutient le plus fortement l’emploi cadre dans la région. Mais, il concerne, dans notre sphère d’intervention, un public très particulier, celui des ingénieurs et des Bac +5 », explique Corinne Saurat, consultante services aux entreprises de l’Apec Occitanie. Le diplôme reste en effet une clé d’entrée essentiel pour les entreprises, qui l’exigent bien souvent. « Rares sont les autodidactes dans le domaine. Même les ESN le demandent, afin de répondre aux attentes de leurs clients. Elles représentent, d’ailleurs, à elles-seules plus de 80% des recrutements. Le développement, la mise en place de centre d’expertise pour accompagner les entreprises dans leur mutation digitale et la cybersécurité sont les principaux recruteurs. » Dans tous les cas, le marché de l’informatique et du numérique se porte bien pour les cadres aujourd’hui. C’est d’ailleurs un secteur qui a toujours recruté. « Nous accompagnons avant tout les salariés en poste pour sécuriser leurs parcours professionnels et les tenir informés de l’évolution du marché. Le regard de l’entreprise sur le demandeur d’emploi est dur dans le secteur informatique. Un CV trop longtemps en base ne sera pas étudié en priorité par exemple. »

Pour recruter, les entreprises font aussi appel aux cabinets de recrutement. Mais, selon Nicolas André, responsable du Pôle recrutement du Cabinet Corinne Cabanes & Associés, elles ne recherchent plus « des informaticiens » mais des compétences spécifiques : développement applicatif, digital, mobile, sécurité informatique ou Data Science. « Le terme d’informaticien est daté. Les candidats développent en général une expertise très poussée dans un domaine, et nous sommes sollicités pour des demandes très spécifiques dans des secteurs à forte tension avec pénurie de profils. » Le cabinet est donc amené, pour chaque requête, à lancer une étude sur l’état de l’art. Quelle est la technologie ? Où se situe-t-elle ? Où s’y forme-t-on ? Quel est le réseau d’entreprises qui l’utilise ? « Nous ciblons, en outre, le profil et nous évaluons la personnalité et la motivation des candidats, afin qu’ils aient les traits de caractère des salariés de l’IT. Nous serons ainsi sensibles à des détails dans un parcours, comme le suivi de Moocs ou de formations à distance. »

Les informaticiens à l’origine du portage salarial

L’expertise est justement l’un des points forts des consultants qui passent par le portage salarial. D’autant plus que, comme le précise Florence Jeulin, directrice de l’agence RH Solutions de Toulouse, ce sont des informaticiens qui ont créé ce système pour répondre à la demande de la profession en 1992. « Les consultants répondent à un besoin particulier d’une entreprise, et le portage permet de mettre en regard les compétences d’un spécialiste avec une problématique précise. Leur moyenne d’âge est de 42 ans et ils sont en général chefs de projet ou spécialisés dans la maîtrise d’ouvrage. » Toutefois, de nouveaux profils s’intéressent à cette organisation du travail : la jeune génération, qui apprécie de travailler en mode projet, et souhaite se lancer en free-lance, plutôt qu’en CDD ou en CDI. « Ils veulent travailler de façon autonome et se laissent donc séduire par le portage. » Du côté des entreprises, les ESN ont énormément de partenaires indépendants, qui peuvent leur prêter main forte sur un besoin particulier lors d’un appel d’offre. Nicolas André valide le profil entrepreneurial des candidats du secteur et leur appétence pour le travail en mode projet. « C’est d’ailleurs le critère numéro 1 dans un changement de poste, quitte à sortir de l’emploi salarié, le projet, ou la découverte d’une nouvelle technologie. »

Du côté de la formation, l’Afpa Balma compte deux filières phares dans le domaine du numérique et de l’informatique. « Celle de Technicien supérieur de support en informatique (T2si), qui mène à un niveau 3, équivalent Bac +2 est très demandée par les candidats », constate Lydie Mariette, manager de formation au centre Afpa de Balma. « Les autres filières qui attirent énormément sont celles du développement logiciel Web et mobile, avec une spécialité Android, et de concepteur développeur informatique. » Ces formations sont proposées aussi bien à distance qu’en présentiel. Le niveau exigé à l’entrée est un équivalent Bac, même si nous recrutons occasionnellement en dessous si nous constatons que les candidats sont très motivés. » Ce sont souvent des jeunes ayant une fibre pour le domaine qui rejoignent ces cursus. « Ils ont des périodes de stage assez longues, qui leur permettent de se faire une idée du secteur et pourquoi pas d’être pré-recrutés. » Le taux de réussite au titre est de 95% avec un taux d’embauche de 80%. Il faut cependant garder à l’esprit que les ESN ne sont pas forcément toutes ouvertes à ce type de profil, préférant parfois les ingénieurs. « Les choses changent progressivement et elles se tournent doucement vers les candidats qui ont les compétences et du potentiel. »

« Les attentes mutuelles sont en train de se croiser »

Pour Jérôme Chrétienne, responsable du secteur tertiaire et informatique de l’Adrar Formation, l’approche se fait désormais plus par compétences que par métier. « Nous avons collaboré à la création de l’École régionale du numérique en réfléchissant à la manière de faire coïncider les offres d’emploi non pourvues avec la demande. Nous avons souhaité aller à la rencontre des talents motivés, quels que soient leur âge et leur niveau de diplôme, afin de les amener, en dix à onze mois, à un Bac, un Bac + 2 ou un Bac + 3 dans le développement ou les réseaux. » Ainsi, un nouveau vivier de candidats est en train d’être formé aux métiers du numérique. « Nous commençons à avoir des retours concrets sur leur employabilité. La bonne nouvelle c’est que les entreprises ont ajusté leurs critères de recrutement. Dans le même temps, certains candidats se sont rendus compte qu’ils leur manquaient peut-être un an de formation pour atteindre un niveau plus significatif, qu’ils pouvaient réaliser par exemple en alternance. Les attentes mutuelles sont en train de se croiser. » Le taux d’insertion est de l’ordre de 86%. « Nous sommes ravis d’avoir ouvert concrètement l’accès aux emplois du numérique pour une majorité de personnes peu qualifiées et même aiguisé l’appétit à certaines, qui perçoivent cette formation comme une étape, désormais ouvertes à l’idée de réaliser une année ou deux de plus, afin d’attaquer des projets plus importants dans de plus grandes structures. L’acquisition des compétences et du savoir de base les remet vite en phase d’apprentissage. Ils auraient tout donné pour être technicien en douze mois et maintenant envisagent parfois même de devenir ingénieur. » Toutefois, il souligne qu’il n’est pas là pour « vendre du rêve ». « On ne devient pas développeur logiciel en six mois. On apprend à développer un site web dynamique et mobile. On peut ainsi s’ouvrir les portes des TPE et des PME, en devenant le couteau suisse multicompétences de ces petites structures. »

Des correspondants numériques chez Pôle emploi

Pour accompagner les demandeurs d’emploi dans leur parcours, Pôle emploi est en train de mettre en place un système de correspondants spécialisés dans le domaine numérique dans chaque agence. « Ils proposeront des rencontres spécifiques aux primo inscrits, afin de leur présenter l’écosystème numérique toulousain et les différents dispositifs d’accès à l’emploi. L’objectif est d’accélérer leur retour dans la vie active et de permettre aux personnes à qui il manquerait des compétences de combler leurs lacunes », explique Florence Mogé. Pour chaque candidat, des entretiens individuels et collectifs seront proposés, afin de coconstruire un projet, d’apprentissage, ou de découvrir les outils digitaux de Pôle emploi.
L’Apec travaille, elle, à la mise en adéquation de l’offre et de la demande. « Nous aidons les entreprises, notamment les plus petites, à travailler leur image. Nous les éclairons également sur le marché et les canaux de sourcing des candidatures, qui ont le plus de rendement. Nous les aidons à formuler leur demande et à analyser leurs besoins, afin d’identifier le public qu’elles recherchent. » Nicolas André note, d’ailleurs, que l’acquisition de bons profils est de plus en plus complexe et qu’il faut se montrer innovant pour les intéresser. « Le travail de la marque employeur est dans l’air du temps. Les candidats veulent savoir dans quoi ils s’engagent et connaître l’entreprise, les projets qu’elle propose et les perspectives à long terme. Certains d’entre eux sont des super stars dans leur domaine et le moindre accroc dans le processus de recrutement peut les faire douter. » C’est dans cet ordre d’idée que l’Apec fait travailler les entreprises. Nicolas André poursuit en soulignant que les candidats auront à cœur de découvrir par exemple leurs futurs collaborateurs.
Du côté du portage, ces difficultés ne se présentent pas. « Nous intervenons pour apporter une solution flexible et rapide à la société qui a des besoins, mais qui ne souhaite pas recruter. » Toutefois, si la solution est de plus en plus reconnue, elle reste méconnue, notamment des petites entreprises à qui elle pourrait pourtant être utile. « Nous portons des Bac +5 qui interviennent par exemple sur le développement en Cobol. Personne ne les recruterait à temps complet, mais ils ont une activité pérenne grâce au portage pour intervenir à un moment précis. »

La formation, elle, se remet régulièrement à jour. « Nous allons ajouter le Python dans nos formations. Nous nous adaptons en fonction des demandes de l’écosystème. Nous allons également développer des cursus d’infographistes et de web designer et nous intéresser au Big Data », constate Lydie Mariette. « Nous entendons aussi faire monter nos stagiaires en compétences dans la cybersécurité. » Nicolas André valide que la Data science et la cybersécurité sont en quête de salariés. « Les entreprises peuvent s’appuyer sur des compétences voisines, comme les infrastructures et le réseau, pour faire monter en compétence très rapidement leurs équipes dans le domaine. » Jérôme Chrétienne constate que les enseignements sont désormais remis à jour chaque année et même parfois en cours de cycle. Il souhaite, de plus, les ouvrir davantage aux femmes « qui ont de magnifiques opportunités à découvrir dans le secteur et sont très demandées ».
Agnès Frémiot

Photos Hélène Ressayres - ToulEmploi.