ToulEmploi

Publié le lundi 24 septembre 2012 à 18h25min par Ingrid Lemelle

Exploitants agricoles recherchent actifs qualifiés

Le secteur reste très partiellement connu du grand public, qui ignore souvent son poids économique et ses opportunités en termes d’emplois. Une méconnaissance logique selon les participants à notre dernière table-ronde, qui regrettent notamment que peu d’offres émergent de ce secteur en tension qui aurait pourtant besoin de candidats qualifiés et (...)

D’après les chiffres présentés par Hélène Centène, animatrice de l’Association régionale pour l’emploi et la formation en agriculture (Arefa), en 2010, Midi-Pyrénées comptait 39.413 exploitants à titre principal, 8.380 employeurs et 49.000 salariés représentant plus de 12.0000 équivalents temps-plein. Trois départements concentrent principalement cette main d’œuvre : la Haute-Garonne, le Gers et le Tarn-et-Garonne. La région est par ailleurs marquée par son grand nombre de filières agricoles. « Selon la dernière enquête BMO, il s’agit du premier employeur potentiel de la région avec 14.321 projets de recrutement, a rappelé Annick Sénat, directrice support aux opérations à la direction régionale de Pôle emploi Midi-Pyrénées. Les métiers les plus recherchés sont ceux d’ouvriers agricoles, les viticulteurs et les maraîchers. Depuis le début de l’année, nous avons recensé 6.600 offres d’emplois pour 1.500 demandeurs d’emploi. Mais un gros volume de ces offres est lié aux saisons. Le pourcentage d’offre durable n’est certes que de 11%, une particularité du secteur. »
Une répartition des offres qui correspond, selon Hélène Centène, à celle des actifs, puisque seulement 14% d’entre eux sont en CDI. Samia Lay, chargée de mission formation / installation à la Chambre régionale d’agriculture (CRA) de Midi-Pyrénées, ajoute que « l’emploi est souvent caché. Les emplois durables passent rarement par Pôle emploi et beaucoup de postes permanents transitent uniquement par le bouche à oreille. » Une pratique que confirme Hélène Centène : « Les emplois hautement qualifiés en CDI ne font l’objet d’une offre qu’une fois que le réseau et le marché caché ont été testés. »

Des offres « cachées » et des problèmes de recrutement

Jean-Claude Lalane, président de la Commission paritaire régionale de l’emploi (CPRE) et président de l’Arefa dénonce depuis quelques années les difficultés de recrutement du secteur. « A une époque, les fils d’agriculteurs constituaient une relève naturelle. Sinon, dans les formations, grâce aux stages, nous avions le moyen de repérer en fin de BTS des jeunes prêts à travailler. C’est fini. Aujourd’hui, nous devons faire des efforts pour nous faire connaître. » C’est dans cet objectif que la CPRE, Arefa, et plus récemment la Chambre régionale d’agriculture, ont signé deux conventions avec Pôle emploi. « Nous allons mener des actions en direction de ces métiers pour mieux les connaître et les valoriser ensuite dans les offres et auprès des demandeurs d’emploi, explique Christine Mahenc, chargée de mission aux partenariats à Pôle emploi Midi-Pyrénées. Nous allons également multiplier les actions en faveur de la formation, notamment en achetant des sessions collectives, et nous misons sur les Préparations opérationnelles à l’emploi (POE) collectives, un nouveau dispositif qui nous permet de proposer aux demandeurs d’emploi des formations sur des besoins repérés. Ainsi, nous avons récemment créé une action pour les former à ciseler le Chasselas. »

Des besoins en compétences

« Les compétences recherchées sont bien souvent très précises, poursuit Christine Mahenc (à droite de la photo). Il y a ainsi des besoins identifiés sur la conduite d’engins agricoles ou encore la greffe du melon. » « Des formations, financées par le Conseil régional, existent déjà pour les tailleurs de vignes ou les ouvriers en arboricultures, signale, de son côté, Annick Sénat. Il faudrait les développer pour couvrir tout le territoire. » Hélène Centène rappelle que la conduite d’engin est une compétence transversale très recherchée dans toute la région : « L’agriculture évolue en effet vers plus de mécanisation. » Véronique Foulquier, agricultrice en Haute-Garonne, vice-présidente et responsable de la commission formation de la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, membre de la commission formation de la Chambre régionale d’agriculture de Midi-Pyrénées et présidente du lycée agricole de Ondes, constate elle aussi que les exploitations agricoles ont changé. « Elles ont aujourd’hui besoin de salariés polyvalents, et donc formés, de personnes de confiance auxquelles elles puissent confier du matériel souvent coûteux. » Pour Annick Sénat, « ce décalage entre, d’un côté la représentation du secteur et, de l’autre, le niveau de qualification réellement exigé, accroît les difficultés à pourvoir les postes. » Un frein qui se vérifie même pour les emplois saisonniers, comme le constate Hélène Centène. « Dans le Tarn-et-Garonne, nous avons du mal à pourvoir certaines offres demandant des compétences. »

Une offre de formation riche dans la région

La région compte pourtant une offre en formation très riche. Comme le rappelle Samia Lay, « en Midi-Pyrénées, on dénombre une quarantaine de lycées agricoles, une dizaine de CFA, et une vingtaine de centres de formation continue. En 2011, on recensait ainsi 26.000 élèves et 600 apprentis en formation initiale. Une offre qui démarre au niveau du stage de découverte des métiers de l’agriculture sur l’exploitation et atteint le niveau licence ou ingénieur. » Yves Moignard, salarié et secrétaire général de la CPRE, déplore à ce titre que peu de candidats se montrent intéressés par le stage de découverte. « Nous devrions travailler sur ce point et activer notre réseau, car nous avons vraiment besoin d’élargir le vivier de candidats pour trouver les compétences qui manquent aujourd’hui sur nos exploitations. » Samia Lay rappelle les actions de la CRA, notamment en faveur du développement de l’apprentissage. « Nous avons mis en place un service pour communiquer et informer sur ce sujet, mais aussi accompagner les agriculteurs dans la signature des contrats. Le message que nous essayons de faire passer c’est que l’apprentissage leur permet d’intégrer des jeunes qui seront les salariés de demain ou leurs futurs associés. Mais il faut les inciter à déposer leurs offres et à contribuer ainsi à son développement. Un réflexe qu’ils n’ont pas forcément. Sans compter qu’un contrat ne se formalise pas en un jour… »

Un problème d’image pour un beau métier

Reste que le principal frein demeure lié à l’image. « Pourtant, les conditions de travail ont changé, souligne Jean-Claude Lalane. Aujourd’hui, un ouvrier agricole travaille sur une machine à 100 ou 200.000 euros, climatisée et informatisée. Il faudrait pouvoir dire aux candidats à quel point c’est beau de travailler dans le vivant, leur parler de la qualité de vie… Il faut vraiment réussir à capter les jeunes, les former et les accompagner. Il n’est pas normal que nous ayons recours à la main d’œuvre étrangère pour répondre à nos besoins. Mais pour garder un bon salarié, il faut aussi le payer… » Un point de vue que partage Yves Moignard. « Lorsqu’un saisonnier fait l’affaire, il est embauché à temps plein pour une rémunération au ras des pâquerettes, alors qu’on gagnerait à le faire évoluer dans sa carrière, notamment aux techniques d’engin. Son travail n’est pas mis en valeur financièrement. » Véronique Foulquier revient également sur ce problème de reconnaissance. « Etre agriculteur est un métier d’avenir puisqu’il s’agit de nourrir la planète. Nous partons du brut, du vivant pour faire naître le produit et le faire vivre jusqu’au bout de la chaîne. Voilà une image valorisante de nos métiers. » Des métiers à responsabilités aussi, Samia Lay rappelant que « dans les exploitations de petite taille, le salarié est amené à remplacer le chef d’exploitation. On prépare ainsi les reprises. En Midi-Pyrénées, 60% des exploitants ont plus de 60 ans, et les opportunités de reprises comme de créations d’exploitations sont donc bien réelles. Des démarches que la Chambre régionale d’agriculture accompagne. » Hélène Centène regrette que « les adolescents ne voient que la pénibilité des métiers, les salaires et les horaires. Une image désastreuse à laquelle contribuent les médias qui ne parlent par exemple jamais du salariat permanent. »

Comment parer à ces problèmes de recrutement ?

Annick Sénat revient sur le manque de visibilité des offres en comparaison des besoins réels. « Il faut convaincre la profession de se rendre visible pour séduire les demandeurs qui cherchent à évoluer vers ce type de métiers dans le cadre d’une deuxième carrière. Seulement, ils ne voient que très peu d’offres en se rendant sur le site de Pôle emploi… C’est bien l’objet de notre travail avec l’Arefa et la Chambre régionale d’agriculture. » « Nous travaillons de notre côté à l’échelle des territoires, ce qui est intéressant du point de vue de la diversité des filières, détaille Christine Mahenc. Nous œuvrons en amont pour sécuriser les personnes dans le parcours de formation et leur permettre d’accéder à une activité durable. » Hélène Centène remarque également que la clé est bien le territoire. « Il rejoint en effet la production, les filières et les compétences, comme dans l’exemple précis du chasselas. » Une idée que valide Annick Sénat, « travailler par territoire est une approche intéressante pour promouvoir les métiers de l’agriculture. » Ce qui vaut également pour l’apprentissage, rappelle Samia Lay : « Si on n’amorce pas la pompe, ça ne marchera jamais. Il faut montrer que le secteur existe. Mais une autre difficulté qui se dresse entre l’emploi et les demandeurs est le problème de la mobilité. Il y a rarement des transports en commun à proximité des exploitations et s’il y en a, leurs horaires ont de fortes chances d’être inadaptés au travail. »

« Le secteur agricole a tout intérêt à se donner les moyens de se faire connaître ! »

En conclusion, l’ensemble des intervenants soulignent l’importance d’un travail de fond sur la visibilité des offres, l’anticipation des besoins des agriculteurs qui fonctionnent notamment par territoires, et celles des retours d’expériences d’exploitants agricoles sur leurs bonnes pratiques. Malgré ces écueils, tous affichent leur optimisme. Annick Sénat souhaite renouveler les engagements pris par Pôle emploi vis à vis de l’agriculture et souhaite structurer dans le temps les actions au plus près des besoins. Jean-Claude Lalane plaide pour que les repérages des offres d’emploi soient faits très en amont, en allant sur le terrain. « Les besoins existent et ils vont être croissants, le secteur agricole a donc tout intérêt à se donner les moyens de se faire connaître. » Yves Moignard enfonce le clou. « Nous avons les moyens de former pour avoir du personnel de qualité. Mais les agriculteurs doivent aussi devenir de vrais chefs d’entreprise capables d’investir dans l’humain. Or certains sont encore réticents à embaucher ou à faire du management. » Hélène Centène préfère revenir sur la logique de territoire qui doit primer selon elle sur celle des filières. « Plutôt que de saupoudrer des actions sur la région, il faut vraiment privilégier les territoires. » Samia Lay conclut enfin en rappelant que l’agriculture est un choix de vie. Une option que bon nombre d’entre nous méconnaissent. « L’enjeu est que cette information atteigne le grand public. »
Agnès Frémiot

Nous remercions la Maison Samaran, 18 place Victor Hugo à Toulouse, pour son accueil.

Photos Hélènes Ressayres – ToulEco.