ToulEmploi

Publié le lundi 17 août 2015 à 14h00min par Ingrid Lemelle

Comment jouer de la complémentarité des compétences ?

Article diffusé le 11 mai 2015

Et si la parité dans les équipes dirigeantes ouvrait des perspectives économiques ? A Toulouse, le colloque du 19 mai, pose le débat. Audrey Crespin, présidente d’ACTion 31, et organisatrice, brosse les enjeux d’un partage équitable du pouvoir.

Audrey Crespin, qu’est-ce qui fait la particularité du colloque que vous organisez ce 19 mai sur le thème : "Femmes Dirigeantes - Comment jouer de la complémentarité et de la diversité des compétences pour plus de performance dans l’entreprise ? »
Je suis partie de mon expérience personnelle, et de constats qui démontrent que les femmes embauchées à des postes de dirigeantes permettent d’augmenter la rentabilité des entreprises. On sort des sentiers battus du féminisme traditionnel, et on va sur des terrains qui peuvent aussi intéresser les hommes. Cette complémentarité dans les postes de direction est vraiment l’affaire de tous, parce que c’est un enrichissement humain et économique. Il y avait donc un message à faire passer. J’ai rencontré des personnes travaillant dans des secteurs différents, puisque selon les secteurs d’activités, la problématique varie. Les témoignages nous ont conduit à ce colloque-débat où vont intervenir sur scène des expériences diversifiées pour sensibiliser à cette thématique.

Parler de complémentarité, c’est promouvoir la différence comme une richesse ?
D’une manière générale nous voulons parler de la diversité des compétences. Embaucher des gens avec le même profil, c’est la facilité. Quand tout le monde vient de la même école, avec la même culture, le milieu se sclérose. D’autre part, les femmes peuvent être à des postes de dirigeantes sans forcément imiter les hommes. Ils ne sont pas l’image unique de réussite, elle a plusieurs visages. Malgré des évolutions notables, le plafond de verre qui empêche les femmes de gravir les échelons existe toujours. C’est une perte d’argent pour la société, et pour les entreprises.

Est-ce que les femmes dirigeantes n’ont pas également tendance à reproduire cette culture, en engageant à leur tour principalement des hommes ?

En effet. Il y a aussi cette question de rivalité féminine qui est entretenue par des entreprises patriarcales faites par des hommes pour des hommes, avec des méthodes d’évaluation professionnelle qui sont masculines. Il faut donc sensibiliser tout le monde, hommes et femmes. Il y a une réflexion également à poser en termes d’organisation du travail. On attache majoritairement aux femmes la contrainte familiale, il faut que les entreprises adaptent leur mode de fonctionnement à ces contraintes. L’idée du colloque est de faire témoigner ces entreprises qui sont exemplaires en termes d’égalité professionnelle.

Il semble que les progrès sont faibles, au regard des pays du Nord où les congés paternité longue durée sont installés depuis longtemps ?
Les lois sont en cours de réflexion, mais c’est sûr que l’on n’est pas précurseur. Les femmes sont en effet sanctionnées au niveau professionnel dès l’instant où elles s’absentent. De plus, les femmes sont à poste et niveau équivalents moins rémunérées que les hommes : les écarts peuvent atteindre 30% (chiffres Insee). Les hommes se réservent les secteurs les plus rentables, les plus intéressants, et on cantonne les femmes sur les postes les plus précaires.

La question des quotas ne risque-t-elle pas de biaiser les vrais critères, les vrais enjeux ? Homme ou femme, il faut trouver la bonne personne.
Le constat c’est que les femmes sont reconnues à poste équivalent pour être plus efficaces que les hommes. Mais les femmes, pour des questions sociales et culturelles, ne cherchent pas le pouvoir. Donc il faut que les femmes s’affirment par rapport à cette socialisation qui place la femme en retrait. Il faut les encourager : elles ont peu l’habitude de se mettre en avant, d’avoir une stratégie de carrière, de s’appuyer sur les réseaux. Quand les compétences de ces femmes seront reconnues, le système s’assouplira de lui-même. Il faut que l’entreprise fasse le choix d’une organisation du travail qui permette à la femme de concilier la vie privée et la carrière. Dans un premier de temps, il faut peut-être passer par des quotas parce que pour le moment, le système est verrouillé. Plus il y aura des exemples de femmes dirigeantes épanouies, plus on sera fortes et moins on sera isolées. Les femmes qui montent actuellement sont choisies par les hommes.
Propos recueillis par Virginie Mailles Viard

Pratique :
Le colloque aura lieu le 19 mai à 18h30, en salle Nougaro, CE AIRBUS.
Outre de nombreuses femmes dirigeantes, ce colloque animé par Martine Dubois-Inisan, réunira entre autres Accor, qui a affiché cet automne 41% de femmes en Conseil d’Administration, et BNP Paribas, qui montre un CA féminisé à 40%.
Plus d’infos sur www.linscription.com

Sur la photo : Audrey Crespin, présidente d’ACTion 31. Photo Hélène Ressayres - ToulEmploi.

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