ToulEmploi

Publié le lundi 23 octobre 2017 à 18h29min par Ingrid Lemelle

C’est qui le patron ? L’intérimaire !

ToulEmploi a réuni des experts du marché du travail temporaire pour faire le point sur les besoins. Une table ronde qui confirme un net redémarrage des embauches, offrant ainsi de très belles opportunités à certains candidats. Nouveaux maîtres d’un jeu de plus en plus complexe…

Si l’analyse du travail temporaire permet de déterminer, avec quelques mois d’avance, les grandes tendances du reste du marché de l’emploi, l’avenir s’annonce radieux !

Du jamais vu depuis 10 ans

Car la croissance de l’intérim ne faiblit pas. Mieux, elle s’accélère depuis quelques mois, en France, comme en Occitanie. « L’évolution régionale est même supérieure à la moyenne nationale, puisqu’en juillet dernier, le nombre d’intérimaires avait progressé de 17% sur un an, contre une hausse de 13% au national », rapporte François Pires, responsable d’équipe au sein de Pôle emploi de Toulouse Borderouge, l’agence référente sur le secteur. Autre indicateur positif, cette « poussée » est généralisée : « Tous les secteurs d’activité en profitent, à commencer par le transport et la logistique, qui restent particulièrement demandeurs. » « C’est en effet le premier secteur à avoir repris dès 2016, et il ne s’est pas arrêté depuis. Le bâtiment a également très bien redémarré même s’il reste, à Toulouse, en deçà du niveau d’activité observé dans des villes comme Bordeaux et Montpellier », ajoute Bernard Petit, directeur de l’entreprise Au Boulot, spécialisée dans le recrutement, notamment en intérim, à Toulouse, Auterive et Mérignac. « Il faut d’ailleurs noter que c’est l’ex territoire de Languedoc-Roussillon qui performe le plus dans notre région. Le nombre de missions a évolué de 12,5% depuis le début de l’année, contre + 8% en Haute-Garonne, selon les données du Prism’emploi », déclare l’ancien président de la fédération des professionnels du recrutement et de l’intérim. Une analyse partagée par Pierre Lacazedieu, directeur de Michael Page Intérim Management à Toulouse : « Nous n’avions pas connu une telle croissance depuis 2007. »

Les profils « stars »

Porteur dans tous les secteurs, le marché du travail temporaire l’est-il pour tous les profils ? « Les chauffeurs poids lourds, les préparateurs de commande, ainsi que les caristes sont très recherchés et le volume de candidats clairement insuffisant pour répondre à la demande », répond François Pires. « Dans le bâtiment, on observe un réel déficit sur certains profils, tels que les électriciens », indique Bernard Petit. « Une pénurie qui s’étend à l’ensemble de l’activité d’ailleurs, de la prospection foncière à la commercialisation des biens, en passant par la construction, avec le conducteur de travaux par exemple », rapporte Pierre Lacazedieu. Du côté des cadres, Jules-François Rodriguez, manager de la filière informatique & télécom d’Expectra Sud-Ouest, rappelle la spécificité du marché régional. « Si je compare à Aquitaine, qui est un marché assez équilibré, le travail temporaire redémarre certes nettement en Languedoc-Roussillon, qui partait toutefois de très loin, tandis que Midi-Pyrénées reste un marché de cycles. De cols blancs lorsque Airbus est en phase de recherche et développement, et de cols bleus en période de production, ce qui est le cas actuellement, avec de forts besoins en chaudronniers, ajusteurs monteurs… En termes de profils cadres, ce sont donc ceux qui sont en charge de la bonne exécution de la production qui sont les plus demandés en ce moment, dans la qualité et la logistique notamment. Les besoins en professionnels de la logistique sont également soutenus par la très forte présence d’acteurs du secteur du commerce en ligne. La reprise entraîne enfin une nette augmentation de la demande en commerciaux, chargés d’affaires… les offres ayant progressé de 34% chez Expectra cette année. »

Les intérimaires ont la main

Ce revirement n’est pas sans conséquences. « Le marché s’est inversé et, aujourd’hui, notre client, ce n’est plus l’entreprise, mais le salarié intérimaire », déclare Bernard Petit. « C’est lui qui décide, et il n’hésite plus à quitter une mission du jour au lendemain si les conditions ne lui conviennent pas. Notre approche doit donc être différente, il faut séduire. » « C’est vrai que notre métier est davantage axé sur l’intérimaire, à qui nous devons proposer bien plus qu’un emploi, et ce, d’autant que les free-lances sont de plus en plus nombreux », confirme Jules-François Rodriguez. « Nous misons sur notre connaissance du marché local, notre relationnel, l’accompagnement et le conseil… » « Sur le placement du conjoint également, dans le cadre de la mobilité d’un couple. L’intérim peut être alors un bon moyen d’accéder au marché du travail », poursuit Pierre Lacazedieu, le directeur de Michael Page Intérim Management Toulouse notant d’autres effets bénéfiques pour les demandeurs d’emploi : « En attendant de trouver le candidat idéal, certaines entreprises ouvrent leurs postes en intérim à des profils seniors. Des postes de cadre de haut niveau en management de transition par exemple. Le recruteur est alors moins réticent à embaucher un senior qui, lui, a l’occasion de faire ses preuves. Mais d’une façon plus générale, c’est vrai que le marché est plus fluide : entreprises et candidats sont rassurés, les process de recrutement sont plus rapides, la mobilité est favorisée… »

Un secteur menacé

Cette dynamique réjouit bien sûr les professionnels du recrutement et de l’intérim. Mais elle les inquiète aussi. Satisfaire la demande devient certes problématique, voire impossible, sur certains postes pour lesquels le déficit de candidat est criant. « Nous avons deux leviers », explique François Pires. « Sourcer les candidats parmi les personnes qui viennent s’installer dans la région, et accompagner les demandeurs d’emploi qui acceptent de s’orienter vers des métiers à fort potentiel de débouchés. Nous cofinançons par exemple des Préparations opérationnelles à l’emploi collectives, c’est-à-dire des formations courtes pour qu’ils puissent accéder aux métiers de la fibre optique et de la logistique. Notre Méthode de recrutement par simulation, qui permet de sélectionner les personnes sur leurs habiletés, se révèle également très efficace pour se repositionner sur certains postes, de préparateur de commande notamment. » Mais pour d’autres professions, accessibles après une formation longue, nos experts déplorent le manque d’anticipation des pouvoirs publiques, qu’ils avaient pourtant alertés… Autre préoccupation des acteurs, l’équilibre économique fragile du secteur du travail temporaire. « L’incertitude quant au maintien des allègements de charges ou du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, menace certes le modèle économique de nombreuses entreprises, à commencer par celui des majors », observe Bernard Petit. « Nous sommes également amenés à en faire plus pour mettre en adéquation l’offre et la demande, à investir par exemple dans des outils Big data pour avoir une vision plus fine par métier. Tout cela demande du temps et de l’argent, alors même que nos marges sont relativement faibles », ajoute Jules-François Rodriguez. « Ce qui explique d’ailleurs que certains groupes tels que Randstad se diversifient… »
Ingrid Lemelle

Photos Hélène Ressayres - ToulEmploi.