ToulEmploi

Publié le lundi 13 février 2017 à 16h16min par Ingrid Lemelle

Artisanat : pourquoi la formation est-elle devenue si stratégique ?

Le nouveau président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Haute-Garonne a dévoilé sa « feuille de route ». Gros plan sur le volet formation, l’un des axes stratégiques des actions que Vincent Aguiléra souhaite mener auprès des artisans, en activité ou en devenir.

Vous estimez que la formation, initiale et continue, doit être l’un des axes stratégiques des actions de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Haute-Garonne. Pourquoi ?
Parce que bien que le savoir-faire des artisans reste fondamental, et même différenciant, il n’est plus suffisant. Nos métiers sont soumis à des mutations régulières, notamment sous l’effet du numérique, notre environnement évolue en permanence, en termes de modes de consommation, de développement durable ou encore de réglementations. Tout cela nécessite une adaptation de la part des artisans, en activité ou en devenir. Adaptation que nous devons accompagner et même anticiper.
La formation ne doit plus être perçue comme une charge, mais comme un investissement au service du développement de nos entreprises.

L’artisanat continue à pâtir d’un déficit d’image, pourtant vous rappelez que les métiers restent non seulement porteurs, mais que l’artisanat joue toujours pleinement son rôle d’ascenseur social. Les freins sont-ils toujours aussi puissants ?
Les mentalités évoluent, on l’observe sur les métiers de bouche, qui sont devenus beaucoup plus attractifs grâce à la multiplication des émissions télévisées. J’ai d’ailleurs suggéré que nous fassions la promotion de nos formations sur Youtube, car les jeunes ne lisent plus, ils regardent ! On constate aussi que les personnes en reconversion professionnelle sont beaucoup plus nombreuses à s’orienter vers l’artisanat, avec souvent un capital, et donc l’ambition d’apprendre un métier pour s’installer ensuite à leur compte. Mais des freins persistent oui. Au niveau de l’éducation nationale, des familles…

Comment comptez-vous les contourner ?
Je souhaite que nous fassions davantage la promotion de l’artisanat dans les établissements scolaires et les universités, que les artisans eux-même reçoivent les jeunes en stage d’observation, non pas pour leur confier, comme souvent, des taches inintéressantes, mais pour les accompagner dans leur quotidien et leur permettre d’avoir ainsi une vision d’ensemble de leur activité. Valoriser nos métiers n’est pas seulement une nécessité pour l’artisanat, c’est aussi une opportunité pour des jeunes, des demandeurs d’emploi ou des personnes en reconversion d’accéder au marché du travail (le taux d’emploi des apprentis est de 80% à l’issue de leur formation) et à des carrières évolutives (un apprenti sur deux devient chef d’entreprise).
Notre rôle consiste également à rapprocher l’offre et la demande, à faciliter la mise en relation entre apprentis et artisans. Nous le faisons déjà, avec notre bourse de l’apprentissage, mais nous devons aller plus loin. Nous comptons aujourd’hui un millier d’apprentis dans notre CFA, un peu plus de 2000 à l’échelle du département, ce qui me paraît trop peu au regard de nos 29.000 artisans.

L’offre de formation de la CMA 31 va-t-elle également évoluer ?
Oui, sur le volet formation continue, j’ai demandé à ce qu’un état des lieux soit réalisé, tant en termes de cursus suivis, que de localisation des stagiaires. Ils sont environ un millier chaque année en Haute-Garonne, ce qui me paraît là encore très faible. L’objectif n’est pas de continuer à étoffer un catalogue qui serait déconnecté des besoins, mais de faire remonter au contraire les besoins pour faire évoluer notre offre, qui doit combiner davantage de présentiel et de formation à distance. Des cursus que nous mettrons ensuite en place avec des organismes partenaires.
Concernant notre CFA, l’École supérieure des métiers de Muret, trois pôles sont particulièrement dynamiques (la mécanique, la boulangerie pâtisserie et les métiers de bouche), mais le pôle médical rencontre des difficultés de remplissage malgré la qualité de nos formations et de nos équipements. Cela pose question, et j’ai là aussi demandé à ce qu’un audit soit réalisé avant de faire évoluer éventuellement notre offre.

Vous souhaitez enfin améliorer la lisibilité des actions de la CMA 31, comment cela va-t-il se concrétiser sur le volet formation ?
Sur ce volet, comme pour le reste de nos actions, notre lisibilité reposera avant tout sur les élus. Je souhaite qu’ils soient sur le terrain, au plus proche des artisans, pour leur faire connaître nos services et nous faire remonter leurs problématiques. C’est grâce à cette relation de proximité que nous pourrons être plus « lisibles » et apporter des solutions existantes ou nouvelles, mais adaptées à nos artisans.
Propos recueillis par Ingrid Lemelle

Sur la Photo : Vincent Aguiléra a été élu président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Haute-Garonne fin 2016. Photo Hélène Ressayres - ToulEmploi.