ToulEmploi

Publié le lundi 2 décembre 2019 à 18h00min par Ingrid Lemelle

Airbus est-il entré dans « le nouvel âge des femmes au travail » ?

Après cinq années d’enquête au sein d’Airbus, Nathalie Lapeyre publie « Le nouvel âge des femmes au travail ». Elle y analyse les dynamiques de changement social portées par les jeunes générations de femmes cadres, ingénieures et manageuses de l’avionneur, mais aussi leurs (...)

Nathalie Lapeyre, vous êtes sociologue, professeure des universités à l’Université Toulouse-Jean Jaurès, membre du CERTOP CNRS, et auteur du « nouvel âge des femmes au travail ». Le constructeur Airbus est-il réellement entré dans ce nouvel âge ?
Avec cet objectif affiché de 20% de femmes à tous les échelons de la hiérarchie en 2020 (objectif 20-20), la politique volontariste d’égalité et de diversité des genres d’Airbus ouvre un espace des possibles. Elle a permis de sensibiliser les femmes qui ont eu accès à des dispositifs de formation tels que GROW (Growing opportunities for women) réservé à des profils à haut potentiel ou encore au réseau WIN (Women innovative network). Ces dispositifs vont faire réfléchir les femmes sur les mécanismes discriminatoires à l’œuvre dans l’entreprise et créer un système d’entraide pour échanger les informations.

Pour autant, vous pointez aussi des résistances à cette dynamique d’égalité professionnelle ?
Ce qui coince toujours relève structurellement de l’organisation du travail empreinte de domination masculine. Par exemple, quand un nouveau projet arrive dans un service, la responsabilité en sera naturellement confiée à un homme alors que le rôle de la femme sera plus d’en maîtriser les étapes, un peu comme une super assistante. Ainsi, ce sera l’homme qui communiquera sur les avancées du projet et en retirera les lauriers. Par ailleurs, certains services comme les RH concentrent beaucoup de femmes. Non seulement elles vont faire monter artificiellement les moyennes de féminisation dans l’entreprise mais au-delà, elles se retrouvent alors en concurrence entre elles. Autre mécanisme à l’oeuvre, pour des raisons d’équilibre vie professionnelle-vie privée, beaucoup de femmes jouent la mobilité horizontale, c’est-à-dire à un même niveau de responsabilité mais dans un service différent, plutôt que la mobilité verticale, avec plus de responsabilités dans le même service.

Où en est-on de l’objectif 20-20 à Airbus aujourd’hui ?
Je n’ai pas les chiffres exacts. Des progrès ont été accomplis. Les femmes ont aujourd’hui plus de clés mais elles doivent encore apprendre à se mettre en avant, à s’affirmer, être proactives et ne pas attendre, comme à l’école, que la bonne élève soit remarquée. Il faudrait placer plus de « role model » à tous les niveaux de la hiérarchie, y compris à la tête de grandes unités ou filiales et pas seulement au sommet de directions fonctionnelles. Car l’un des facteurs essentiels pour l’égalité professionnelle est dans la visibilité donnée aux femmes, en particulier à des fonctions prestigieuses.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

"Le Nouvel âge des femmes au travail", Nathalie Lapeyre, Presses de Sciences Po | Essai, 19 euros.

Photo Nathalie Lapeyre DR.